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dimanche 7 juin 2009

Surtout ne choquons pas, " positivons " !



Je n'ai rien d'autre à offrir que du sang, du travail, des larmes et de la sueur. " disait Sir Winston Churchill le 13 mai 1940 dans son allocution à la Chambre des Communes, trois jours après le déclenchement de l'offensive allemande du 10 mai 1940 appelée " bataille de France " qui fut l'invasion simultanée des Pays-Bas, de la Belgique, du Luxembourg et de la France.

Etait-il possible de promettre joie, repos et fête face à un tel événement, certes non.

Répondre à cette invasion nécessitait de mobiliser, de réunir autour d'une dynamique, celle de la guerre, dont on connaît trop bien les diverses conséquences.

La nécessité répondait à la menace que représentait une liberté laissée au Reich d'Hitler d'agir à sa guise en Europe.

Le danger était défini, ses contours connus, la décision était prise de l'affronter et les circonstances de l'affrontement ne pouvaient s'inscrire que dans un effort coûteux à tous points de vue.

La phrase de Churchill définissait clairement, en peu de mots, ce qui caractériserait l'avenir proche.

Quelle fut la réaction de nos voisins britanniques ?

Ils se mobilisèrent et réalisèrent tous les efforts indispensables pour tendre vers la défaite de l'envahisseur.

Ils ne se réfugièrent pas dans la peur, dans un repli sur soi qui les aurait conduits tôt ou tard vers une soumission à Hitler, car ils en refusaient la perspective.

Cette réaction peut être qualifiée de clairvoyante et de courageuse.


Serions-nous aujourd'hui dépourvus de telles capacités de compréhension de la situation et des ressorts nécessaires pour l'affronter ?

Certes nous ne sommes pas dans la perspective d'une invasion, de bombardements, de canonnades, mais nous savons tous que des dangers graves nous menacent, liés à la dégradation de notre environnement.

L'utilisation du " nous " pour désigner la cible de ces menaces peut être vue comme ambiguë : " nous ", en France, bénéficions encore d'un grand confort et d'une certaine stabilité dans suffisamment de domaines pour ne pas ressentir d'atteinte fortes à nos conditions de vie, ceci pour la moyenne d'entre nous.

Mais j'utilise ce " nous " dans la désignation de l'ensemble de l'humanité : l'humanité est d'ores et déjà durement affectée par cette dégradation de notre environnement.

Le " Forum humanitaire mondial " nous le rappelle : " 300 000 morts par an sont dues aux changements climatiques ". Le bilan dressé par le Forum humanitaire mondial dans son rapport intitulé « L'impact humain du changement climatique - anatomie d'une crise silencieuse", n’est pas une projection de plus, mais bel et bien un état de fait. " 




Ce qui affecte aujourd'hui les plus pauvres n'est pas uniquement la conséquence des changements climatiques mais plus largement un ensemble de phénomènes sanitaires, sociaux, économiques, énergétiques, de pollution, de comportements de prédation économique...

La liste des travers de nos sociétés serait longue à établir, leurs conséquences, si elles ne font pas l'effet d'une bombe, d'une invasion, d'un choc auquel il faudrait répondre avec force et dans l'immédiat, seront lourdes à supporter.

Mais ces travers ayant des effets absolument indéniables qui 'expriment par des dégradations sourdes, lentes et bien souvent irréparables il est absolument indispensable de les contrer sans tarder, on s'en convaincra par exemple en consultant cette liste d'articles sur les gaz à effet de serre.
, ou celle-ci sur l'état des espèces vivantes.

Nous nous trouvons donc face à une nécessité d'une ampleur au moins égale à celle de Mai 1940.

Face à elle suffira-t-il de gestes " écocitoyens " tels qu'on les nomme souvent, et qui consisteront plus ou moins à éteindre la lumière et le robinet après usage ?

Malheureusement non, même si la modification, de notre propre initiative, de nos comportements quotidiens aura peu ou prou d'impact.

Il nous faudra déployer des efforts autrement plus intenses, qui devront mobiliser avec force, détermination, constance, les gouvernements du monde et leur tâche ne sera pas facile.

Car il faudra parvenir à des consensus sur les décisions à prendre, consensus au niveau international mais aussi au sein de chaque pays si l'on doit s'en tenir à des régimes démocratiques, ce qui me semble indispensable.

Pour que ces décisions puissent être prises elles devront être fondées sur des constats et pensées de façon à infléchir le cours des choses avec l'efficacité requise, et ces fondements devront être l'émanation d'une élaboration partagée, émanant de chacun d'entre nous ou, pour le moins, susceptible de recueillir l'approbation de chacun d'entre nous.

Cela signifie que nous devrons être capables de voter en faveur de mesures qui présenteront un spectre d'avantages et d'inconvénients différent du spectre préexistant dans chaque domaine, les nouveaux inconvénients abolissant éventuellement ce que nous pouvions considérer auparavant comme des avantages et dont nous pensions qu'ils étaient acquis ad vitam aeternam.

Car nous ne corrigerons pas les travers de nos sociétés sans modifier certains de ses fonctionnements, sans remanier certains équilibres.

Loin de toute " dictature de l'écologie " telle que la redoutent certains nous pouvons effectivement réfléchir puis agir, mais cela implique que chacun d'entre nous soit clairement informé des tenants et aboutissants de chacun des élément qui devra être réévalué, remis en cause et modifié.

Cela implique que nous soyons réellement et sincèrement conviés à nous inscrire dans cette dynamique car il est probablement encore temps que nous renversions le cours de certaines évolutions négatives qui, si nous ne faisons rien, nous rattraperont avec de gravissimes conséquences.

Si cette dernière assertion est vraie (et voir l'évolution des émissions de gaz à effet de serre, en forte augmentation en dépit des efforts déjà réalisés, pourrait nous la faire considérer comme exacte dans ce domaine) il nous faut probablement quelques nouveaux Churchill plutôt que des alertes molles telles qu'il en surgit un peu partout.

Il nous faut un état des lieux clair, précis, sérieux, solidement fondé dans chaque domaine, accessible à tous et, pour cela, diffusé à divers niveaux de complétude, de l'étude scientifique au résumé à destination des écoles primaires.

Cet état des lieux ne pourra pas faire l'impasse sur les dangers que nous courrons car la lutte contre ces dangers sera la raison même de nos actions à venir.

On ne pourra donc pas dire, comme j'ai pu l'entendre, que l'évolution du climat pourra entraîner la fonte du permafrost et le relâchement massif de méthane, puissant gaz à effet de serre, dans l'atmosphère avec des conséquences potentiellement catastrophique.


On ne pourra le dire ainsi car les concentration en méthane dans l'atmosphère du grand nord ont été constatées depuis quelques années, suite logique de l'élévation des températures moyennes en ces zones : nous sommes bel et bien dans une situation potentiellement catastrophique à ce sujet.

Afin de permettre à nos concitoyens de " positiver ", afin de ne les " choquer " en rien faut-il se contenter de la première formulation ou devons-nous adopter la seconde ?

Avec en toile de fond de la pensée de qui choisirait la première l'idée qu'adopter la seconde susciterait de la peur " dans les chaumières " et ne pourrait conduire qu'à un repli sur soi incapacitant.

Une telle attitude n'est-elle pas l'expression du mépris, conscient ou non, qu'auraient certains " qui pensent savoir " vis à vis d'autres qui seraient supposés " savoir moins " et surtout que l'on imaginerait incapables d'accéder à un niveau suffisant de savoir et de compréhension des choses qu'on ne devrait surtout pas les informer avec trop de précision de ce qui représente de bien réels dangers ?

Churchill, en prononçant sa fameuse phrase, n'a pas considéré qu'une partie de son peuple serait à ce point hermétique au sens et pleutre au point qu'il ne devrait la délivrer qu'à un cercle restreint : c'est à la Chambre des Communes qu'il l'a dite, dans un discours public.

Devons-nous considérer aujourd'hui que les peuples sont à ce point amollis, intellectuellement affaiblis et somme toute réduits à des réactions instinctives de peur qu'ils ne seraient plus capables d'un courage tel que celui déployé par nos voisins au début de ce second conflit mondial ?

Répondre " oui " à cette question serait signer la mort de toute démocratie et ouvrir grand la voie à une terrible époque d'obscurantisme.

J'attends que l'on nous dise " Il faut garder en mémoire que nous nous trouvons à l’aube de l’une des plus grandes batailles de l’Histoire... Nous avons devant nous une feuille de route d’une terrible difficulté. ...Vous vous demandez quel est notre but ? Je vous répondrai en un seul mot : notre but c’est la victoire, la victoire à tout prix, la victoire en dépit de la terreur, la victoire quelque longue et difficile la route puisse t être ; parce que sans victoire, il n’y aura pas de survie. ... pas de survie pour l’héritage de notre Histoire selon lequel l’humanité progresse pas à pas vers son objectif. " (extraits du discours du 13 mai 1940).

Car la bataille pour que cesse l'amenuisement de la biodiversité – entre autres questions à l'ordre du jour – est très probablement une bataille pour notre survie à moyen terme, et comme je le rappelais plus haut la crise climatique est d'ores et déjà une crise humanitaire.

Quel est, quel sera le prix de notre non mobilisation, ou d'une mobilisation insuffisante ?

Très clairement ce sera chaque année, et pour longtemps, celui de la mort – évitable – d'une fraction plus ou moins importante de l'humanité, comme nous le constatons déjà.

Peut-il y avoir une " mobilisation soft " qui éviterait d'exposer clairement et dans toutes leurs dimensions et conséquences chacune des questions que nous devons régler, à seule fin de ne pas " choquer " ?

Répondre " oui " serait estimer que chacun peut construire un opinion que l'on reconnaîtrait comme fondée sans disposer de l'ensemble des éléments indispensables à l'élaboration d'une telle opinion : mission par définition impossible !

Or que constatons-nous aujourd'hui sinon une assez grande mollesse vis à vis d'une mobilisation qui nécessiterait une grande force ?

D'un côté certains croient qu'il suffira de se fier aux progrès techno-scientifiques pour résoudre la plupart de nos problèmes et qu'il faut par conséquent amplifier la vitesse de ces progrès.

Cela exclut évidemment un certain nombre d'aspects qui pèsent sur l'évolution de l'état du monde, comme celui de régulations internationales ou les aspects sociaux étroitement liés aux systèmes de redistribution des richesses : ne changeons rien à cela surtout !

On aura deviné que ces apôtres ne s'inscrivent pas dans la liste des moins favorisés du point de vue économique.

Ailleurs certains prônent un " changes toi toi-même pour faire changer le monde " : effectivement adopter un point de vue et des comportements différents sera d'autant moins néfaste que l'on aura été précédemment plus ou moins " prédateur ".

D'autres avancent qu'un enrobage bien sucré fera passer toutes les pilules (Home, des sucreries plein les yeux... ).

Malheureusement rien de cela ne suffira à initier les actions indispensables dans un temps qui nous est compté.

Alors, Sir Winston... ?

samedi 6 juin 2009

Home, des sucreries plein les yeux...

Voilà, j'ai participé à " un événement mondial " hier soir en me rendant dans une salle de cinéma pour voir le film " Home ".

Une plaquette pour gosses de riches qu'il faut amadouer par des douceurs : cela commence, puis finit, par une pub mondiale pour le luxe et quelques grandes surfaces.

N'oublions pas le " consommateur " et ce qu'il peut rapporter, surtout en ces temps de " crise ", et comme le film est plus que largement distribué de par le monde l'impact publicitaire ne devrait pas être mince, bon " coup de com' " pour celui qui l'a financé au nom de la sauvegarde de la planète.

On appelle cela " retour sur investissement ".

En ce tout début de film j'ai fait rire une partie de la salle, à l'instant de l'affichage de ces publicité, en m'esclaffant " Ah, bonjour François Pinault " : le public était donc très au courant de l'origine des fonds, cela signale qu'il est informé de bien des choses.

Premières véritables images du film : saisissantes, on survole un volcan, rase le sommet de son panache de gaz, dense et opaque, il y a un énorme relief dans ces très belles images, de la densité, des couleurs saisissantes, saturées, et tout au long du film il y aura ces qualités esthétiques.

Peu de critiques à émettre du côté prise de vue et pour moi qui n'avais pas mis les yeux devant un grand écran depuis au moins 20 ans ou presque, pour moi qui suis plutôt fasciné par l'observation de paysages, d'insectes... de "la nature " l'attrait de ce film aurait dû être fort et constant.

Une voix " sans qualité " égrène un monologue.

Cette voix ne choque pas, n'a aucune aspérité, elle n'emporte pas non plus, ni vers ceci ni vers cela, elle énonce, pourtant sans trop de platitude : il y a un peu d'intonation.

Les images défilent et je me dis : " c'est beau... c'est beau... c'est beau... ".

Oui, c'est beau de bout en bout, on est devant un fleuve de beau que l'on pense assez mouvementé au début, pendant la première demi-heure car se suivent des séquences qui ne se ressemblent pas, sans que nous soyons prévenus de la suite.

Un effet de surprise se manifeste donc mais plus le temps passe plus l'on s'attend à ce que la nouvelle image ne rappelle pas la précédente et l'on ne s'étonne plus, sauf lorsque la caméra s'attarde comme par exemple sur ces glaces arctiques : tiens, nous sommes encore sur la glace, toujours sur la glace depuis au moins 2 ou 3 minutes ?

La voix continue d'égrener...

Car ce qui tient lieu de scénario est ce couple que fait ce discours et la succession de séquences différentes, le premier étant supposé donner ce qu'il faut de continuité au second.

Aucun personnage dans le film, le premier rôle étant supposé être donné à " la planète ".

On a connu des films sans personnage, souvenons-nous de " Microcosmos " ou de " La marche de l'empereur ", au cours desquels il était difficile de s'ennuyer, un modèle du genre étant le fameux " Duel " de Spielberg (scénario écrit par Richard Matheson, un maître de la science fiction).

Dans ces trois film était présent ce qu'il fallait d'ingrédient pour donner un souffle auquel on ne pouvait résister, mais " Home " est un courant régulier de sirop de sucre duquel on se dégage les pieds et l'esprit avec assez de facilité pour en venir à somnoler.

Car il n'y a aucun relief auquel se raccrocher malgré le dénivelé que montrent certaines images...

Le contenu du discours est en général assez peu contestable, il énonce sur la surpêche, sur l'agriculture, sur l'exploitation minière, sur les coraux, sur l'état de la biodiversité... un certain nombre de faits probablement connus d'à peu près tous, au moins dans notre société dans laquelle chacun dispose de moyens de s'informer en dehors des grandes chaînes " d'information " (qui elles, sur certains points cruciaux, se contentent d'un strict " minimum syndical "...).

A moins que, plus curieux que la moyenne de mes contemporains, je sois beaucoup plus au courant qu'eux de l'état des choses ?

Cela m'étonnerait quand même.

J'ai donc assisté à une litanie de constats connus sur fond d'une indicible beauté coulant à robinet très grand ouvert mais sans que cela me donne à quelque moment l'impression que ce flot pourrait m'emporter.

Ni souffle ni aspérité, que du lisse, de l'insaisissable, de l'inappropriable.

Sur le plan sonore rien de remarquable ou qui ajouterait un véritable intérêt.

J'ai donc regardé couler cette rivière de sucre, me suis assoupi, attendu la fin puis ai quitté la salle en me sentant libéré et frustré.

Libéré d'avoir " accompli mon devoir " : à l'envie de voir une oeuvre dont je supposais qu'elle pourrait m'apporter... je ne savais quoi succédait le sentiment d'avoir " fait le nécessaire " pour pouvoir me prononcer sur ce qui avait été présenté comme un " événement ".

Le " beau " ou le " bien fait " ne saurait suffire, le " beau " sans plus, sans perspective, n'est rien plus que " beau " et si je reconnais de la beauté à un Botticelli je ne souhaite pas que l'on vienne un jour m'offrir " La Naissance de Vénus ".


La Naissance de Vénus (Botticelli)


C'est indubitablement un très beau tableau, un travail très bien fait, une oeuvre à laquelle je reconnais un certain souffle (hors des joues gonflées de Zéphyr !) mais qu'il me fatiguerait d'avoir chaque jour sous les yeux.

Du beau, créé, inventé et mis en scène par l'artiste : une véritable oeuvre d'art, ce que n'est pas le film.

Ce film est la copie du beau qui nous environne, une juxtaposition de fragments de beau finalement très hétérogène à moins que l'on accepte que " la voix " soit le ciment de ces fragments, la couture qui les relie, les unit, leur donne une cohérence forte capable de nous convaincre, plus encore : de nous emporter, de nous donner des ailes (car nous sommes au cinéma, prêts à " décoller " sous l'effet de quelques impulsions inattendues).

Oui " la Terre " est belle, elle fourmille de magnifiques paysages même si elle doit certaines de ses couleurs à de très graves endommagements dont nous sommes les auteurs (et les palettes de couleurs de certaines exploitations minières étaient fantastiquement belles).

Yann Arthus-Bertrand a copié ces éléments de " beau " et les a accolés, j'ai entendu dire qu'il avait commencé à tourner sans scénario établi et cela se révèle : il a bien fallu tenter de donner une cohérence au patchwork.

Ce n'est pas en essayant de " recoller des morceaux " que l'on produit de l'art, ce film en est la démonstration.

Les louables efforts d'Isabelle Delannoy, qui a écrit le discours, ont été mal récompensés car l'ensemble ne m'a convaincu de rien.

Efforts louables car il me semble que le principe de base du film consistait à présenter des réalités en tentant de faire lever un ferment qui nous pousserait à agir, face à une situation du monde qui demande effectivement que nous agissions, et sans présenter une vision pessimiste des choses.

Je n'ai eu aucun choc en voyant le film qui vient après celui d'Al Gore " An inconvenient truth ", qui portait une force indéniable.

J'attendais une force au moins égale, je ne demandais pas spécialement à être " choqué " mais au moins " mobilisé " ou encore un peu plus convaincu que je ne pouvais l'être en entrant dans la salle.

Rien de tel, seulement un courant de sucre à l'écoulement régulier...

Rien non plus à la hauteur des enjeux actuels sur une Terre intensément polluée de diverses façons et sur laquelle nous disposons essentiellement d'un modèle économique dont nous avons vu qu'il était la source de multiples dégradations, qui affecte aussi bien notre environnement qu'il nous affecte, chacun d'entre nous, dans notre quotidien, et risque de nous affecter plus durement encore dans l'avenir.

Un modèle économique qui nous aura conduit à un certain nombre de succès indéniables essentiellement au cours des 50 dernières années mais en faisant peser sur notre avenir de très sérieuses menaces.

Un modèle économique essentiellement basé sur l'exploitation et l'exacerbation des antagonismes, des mésententes ou des non ententes, des conflits conduits de façon de plus en plus masquée : on ne se saigne plus à coup de lames, ce qui produit de vilaines taches rouges, mais on s'entre étouffe économiquement, chacun amassant son tas de " richesses " à la hauteur de la longueur de ses dents et s'entourant d'autant d'assurances et de barrières que possible, maintenant de caméras et de portiques, afin que les " moins nantis " d'à côté ne puissent venir grappiller...

Cupidité, rapacité, cynisme sont les grands ressorts de notre monde de " consommateurs ".

D'indispensables consommateurs pour que cette cupidité puisse réellement s'exprimer dans toute son ampleur (car que deviendrait-elle si plus personne n'achetait, demain, et trouvait un moyen de vivre sans " consommer " ?).

Ah certes le film rappelle que 80% des ressources extraites profitent à environ 20% de la population mondiale, mais cela n'est pas nouveau, cela se dit et se répète depuis quelques dizaines d'années déjà.

Cela n'a pas empêché que la cupidité conduise à ce que la part des salaires dans le résultat des entreprises soit assez largement amputée au profit des actionnaires, et ceci dans le monde entier... passons...

Heureusement avant la pub finale, mais après deux heures quand-même (ce qui peut sembler long pour en venir à ce qui compte vraiment !) apparaît un mot essentiel, seul au milieu de l'écran : " ENSEMBLE ".

Cerise sur le flot de sucre il représente effectivement le critère essentiel de la survie de l'humanité dans des conditions aussi bonnes que possible : que nous sachions aussitôt que possible nous entendre et agir ENSEMBLE pour parvenir à vivre en harmonie avec " notre environnement " et sans continuer à le dégrader.

Car si nous pouvons nous voir, chacun, comme un élément de l'environnement des autres nous sommes en fait indissociables de " l'environnement " qui est finalement une partie de nous-même...

Nous sommes des autophages, des homophages, des cannibales : le serons-nous jusqu'à l'os ?

Ensemble ?









dimanche 26 avril 2009

Séquestration de patrons... et de salariés !

Nous en avons tous été informés, des patrons ont été séquestrés lors de récents " conflits sociaux " et une question s'est posée aux personnes retenues : doivent-elles ou non déposer plainte afin de faire jouer le justice ?

Car il est interdit de priver quelqu'un de liberté hors d'une décision de justice : seule " la justice " peut prononcer un enfermement et cet enfermement est une privation physique de liberté, un emprisonnement.

Nous avons vu, avec l'apparition du " bracelet électronique ", que l'enfermement, ou l'emprisonnement, pouvait avoir des contours variés.

Contours qui vont de la cellule de la prison à une zone délimitée dans l'espace et dans le temps hors de toute prison, le porteur d'un tel bracelet pouvant selon les cas être confiné à une zone plus ou moins réduite à sa résidence ou ses alentours, certaines périodes, peut-être, ouvrant ou non la possibilité de se déplacer dans une zone plus étendue (pouvoir se rendre à son travail ?).

Ainsi chacun peut éventuellement croiser, dans la rue, une personne " emprisonnée ", ce sera le cas pour certains prisonniers autorisés à travailler hors les murs du système carcéral et qui rejoignent leur cellule chaque soir.

Nous voyons donc ici qu'une " séquestration " est une réalité aux contours très flous dont la caractéristique principale est une privation de certaines libertés, une forme d'isolement plus ou moins poussée par rapport à l'ensemble de la société.

C'est exactement ce que nous dit le dictionnaire, d'ailleurs !

Séquestration :

"  Action de priver une personne de sa liberté en la maintenant enfermée, isolée du monde extérieur. "

" Fait d'être isolé ou de s'isoler, de se maintenir à l'écart de quelque chose "

" DR. PÉNAL. Action de priver illégalement et arbitrairement quelqu'un de sa liberté, ce qui constitue un délit ou un crime. "


On peut donc sans aucun doute affirmer que ces patrons séquestrés ont été isolés, maintenus à l'écart de quelque-chose, privés d'un certain nombre de leurs libertés.

Ce sont des personnes qui ferment des usines, pour un certain nombre rentables, sans se soucier du sort des salariés, ou en s'en souciant d'une façon insatisfaisante, d'une façon qui prive ces salariés de la possibilité de poursuivre le travail qui leur procurait un certain nombre de libertés, car d'un point de vue matériel les libertés que chacun de nous peut exercer dépendent étroitement des ressources que nous pouvons leur consacrer.

En effet la liberté de manger du poulet ou du caviar est celle que nous laisse le contenu de notre portefeuille.

Les premiers à priver certains autres de libertés ne sont-ils pas ces patrons lorsqu'ils ferment ces usines ?

Quelle raison de force majeure les pousse à agir de la sorte, la " pression " des actionnaires probablement : les patrons sont alors les bras armés de ces actionnaires, qui ne sont en fin de compte peut-être... personne car ce seront des fonds de pension ou quelques institutions sur auxquelles nous serions bien en peine d'associer un nom ou un visage.

Mais ces patrons et actionnaires n'en sont pas à leur coup d'essai, car depuis maintenant une vingtaine d'années ils ont " tiré sur les salaires " comme l'on dit, en les diminuant au profit des dividendes qu'encaisseront les actionnaires.

Or nous avons vu que l'étendue des libertés que nous pouvons exercer est directement proportionnelle au montant de ressources que nous pouvons y consacrer, et la principale ressource d'un salarié est son salaire.

De fait nous nous trouvons dans un système où certains disposent de la liberté de passer de temps à autre un week end à Rio tandis que d'autres devront se contenter d'un après midi de dimanche sur leur balcon, s'il fait soleil, faute de moyens à consacrer à un voyage plus lointain.

Et cette image est gentillette par rapport à la réalité d'un grand nombre de ménages qui se calculent au plus près pour savoir de combien de poulet ils pourront accompagner leurs pâtes.

Le montant de nos ressources délimite de façon très nette notre espace de liberté : la frontière de cet espace est l'endroit à partir duquel apparaît la réalité de notre séquestration.

Mais aujourd'hui il est parfaitement légal en non arbitraire de priver quelqu'un des ressources suffisantes pour que cette personne puisse manger tous les jours du poulet (ou l'équivalent) ou aller de temps à autre passer un week end à l'autre bout du monde.

Autrement dit il est parfaitement légal de verser un salaire très bas, qui ne permettra ni de se loger, ni de s'alimenter, ni de se soigner correctement – encore moins de partir en week end ou en vacances - et l'on m'accordera que de telles conditions valent une séquestration puisqu'elle clouent une personne dans un espace de libertés fortement restreintes.

De plus ce type de séquestration dure généralement nettement plus longtemps que celle – en général de quelques heures ou jours – que subira un patron en refus de négociation.

On doit alors se poser la question du bénéfice général que tire la société du fait que certains puissent s'y accorder de très fortes rémunérations tout en réduisant au minimum celle des personnes qui travaillent sous leur autorité.

Ce transfert de moyens, qui affectent directement le périmètre de liberté de chacun, des moins aisés vers les plus favorisés (ces inégalités profondes dans le domaine des revenus) est-il ou non profitable à la société ?

L'équilibre de notre société est-il mieux assuré lorsque ces inégalités sont fortes ?

C'est une question que nous ne pouvons éviter : y-a-t-il un meilleur équilibre général, qui profiterait finalement à tous, qui devrait son existence à un fort taux d'inégalité ?

Comme c'est toujours en scrutant ses limites que l'on mesure les inconvénients d'un phénomène profitons de la situation financière et sociale actuelle pour constater que ces inégalités fortes conduisent à des effets que nous devons déplorer : il n'est en effet pas question que je considère la séquestration de ces patrons comme un fait réjouissant.

Ce n'est ni réjouissant ni " juste " comme n'est ni réjouissant ni " juste " le fait que l'on puisse être rémunéré si faiblement qu'au simple fait de vivre ne se conjugue aucune véritable liberté au sens matériel du terme, réduisant la vie à un état de survie.

Cet état de très fortes disparités existe, nous le constatons et en vivons les conséquences : faut-il en attribuer la paternité aux seuls " patrons " ?

Non, en première ligne se trouvent ceux qui ont permis que de telles inégalités existent, s'aggravent, perdurent : nos gouvernants portent une responsabilité forte dans ce phénomène.

Mais ne nous exonérons pas, chacun, de la part que nous portons : si nous avions souvent manifesté, et avec assez de force, notre volonté d'une société plus équitable peut-être l'aurions-nous aujourd'hui ?

Il est toujours intéressant de sonder ce qui se cache derrière les mots, à quelles réalités ils renvoient : c'est ce que j'ai tenté de faire une fois de plus...
Le blug de l'encéphalugomme molle n'est pas un blog vitaminé : ce n'est qu'un blug, un blog des bugs, des bugs de l'intelligence. Vous savez cette merveilleuse chose indéfinissable qui a permis à l'homme de devenir le maître incontesté de la nature... Ici vous trouverez peut-être de gentilles horreurs et des raisonnements tordus : prudence...
Il est encore temps de fuir !
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