Le Dictionnaire de l'Académie définit ainsi un "carburant" : "Mélange d'hydrocarbures utilisé pour l'alimentation des moteurs thermiques.". Le terme de "biocarburant" désigne donc des hydrocarbures (et selon cette définition l'hydrogène seul ne pourrait être nommé carburant car ne contenant pas de carbone le combustible "hydrogène" n'est pas un hydrocarbure) destinés à être utilisés dans des moteurs, ce qui ne limite pas leur utilisation au seul secteur des transports.
En effet un générateur électrique actionné par un moteur thermique nécessitera l'utilisation d'un carburant au même titre qu'un véhicule, tandis qu'une chaudière brûlera un combustible... qui pourra être exactement le même produit.
Mais l'agriculture peut aussi produire des combustibles pour divers types de chaudières avec coproduction éventuelle d'autres substances valorisables : c'est le cas d'une production combinée de compost et de méthane à partir de biomasse verte.
Est-il globalement plus intéressant de fabriquer des biocarburants, ou des biocombustibles, et dans quelle mesure ces deux types de productions pourraient se faire en parallèle et en synergie ?
On pourra assigner plusieurs objectifs à une utilisation plus importante des biocombustibles.
Produire sur son propre sol une ressource substituable à une matière première importée aura un effet positif sur la balance du commerce extérieur.
Or il pourrait être envisagé d'importer de l'éthanol brésilien, tiré de la canne à sucre : cette solution est-elle vraiment intéressante sur le plan énergétique (aucune influence positive d'une telle importation sur le trafic maritime et routier, et perte d'une source de diminution de l'émission des gaz à effet de serre par cette non diminution des transports) ?
Sans influence sur la balance du commerce extérieur cet éthanol brésilien nous priverait également de la création d'un grand nombre d'emplois et ne permettrait pas de donner un élan supplémentaire à notre agriculture : il semble qu'il faudrait abandonner cette hypothèse.
Il sera bon, sur cette question, d'adopter une vision globale et de considérer l'ensemble des conséquences possibles d'une production de biocarburants afin de mieux optimiser les filières retenues et leurs impacts sur d'autres paramètres de notre économie.
Par exemple la production d'huiles végétales (pressage à froid d'oléagineux) peut générer un sous produit qui est aussi un bon aliment pour le bétail : le tourteau (de tournesol ou de colza...) qui pourrait se substituer à du soja importé.
Il faudra aussi examiner de près les conditions dans lesquelles seront cultivées les espèces destinées à la production de ces biocarburants car, nous le savons tous, l'agriculture la plus généralement pratiquée en France est une forte consommatrice de produits dérivés du pétrole ou du gaz.
Or diminuer les émissions de gaz à effet de serre consiste à diminuer l'utilisation des hydrocarbures d'origine fossile : cela implique une diminution de tous les intrants agricoles obtenus à partir de substances fossiles.
Dès que la température devient printanière les avis de pollution (à l'ozone et différentes espèces chimiques toxiques) se multiplient.
Or il est acquis que certains biocarburants s'avèrent meilleurs de ce point de vue que les dérivés du pétrole : il faudrait tenir compte de ce paramètre, mais aussi examiner de près les pollutions qui pourraient être imputable à une agriculture intensive de végétaux destinés à la fabrication de carburants.
Car l'état des eaux de surface et souterraines en France, c'est bien connu, n'est pas bon et l'agriculture est largement responsable de cette pollution des eaux.
Un accroissement des surfaces cultivées (par exemple par la suppression des jachères) pourra entraîner un accroissement de la pollution de l'environnement : ce serait un coût social insupportable à mettre au compte des biocarburants car la situation est déjà grave.