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dimanche 6 juillet 2008

L'insoluble équation des déchets nucléaires

" Douce France, cher pays de mon enfance... " : y aura-t-il quelqu'un pour fredonner ces mots dans 2000, dans 5000 ans, dans 15000 ans ?

Auront-ils franchi le temps et, en des époques que nul d'entre nous ne connaîtra, le terme de " France " aura-t-il encore un sens, figurera-t-il encore dans quelque lexique, quelque langage ?

Que seront devenues les langues que nous parlons aujourd'hui ?

Quels éléments de la mémoire de nos réalités actuelles auront franchi le temps ?

Erosion éolienne

Erosion éolienne, Coyote Buttes, Vermilion Cliffs National Monument, Arizona

Il nous est agréable et commode de penser que nos sociétés suivront une ligne bien tracée de développement et de progrès ad vitam aeternam, que nous aurons légué à nos descendants nos trésors, nos découvertes, nos savoirs, notre patrimoine et que ces legs seront les bases d'une vie qui leur sera douce.

Mais nous savons aussi que de très nombreux facteurs pourraient venir troubler ce scénario jusqu'à le renverser : quelles seront par exemple les conséquences à long terme des modifications du climat que nous avons induites, quelles seront les variations naturelles de ce climat, quels phénomènes géologiques lents, que nous ne détectons pas, pourraient profondément modifier la géographie et la géologie que nous connaissons actuellement ?

Nous n'avons aucune certitude sur ce que pourrait être l'avenir lointain de nos descendants, à aucun point de vue.

C'est dans ce contexte d'un futur indéchiffrable, inconnu, imprévisible qu'il nous faut inventer des solutions afin de stocker à très long terme dans des conditions de sécurité sans faille nos déchets nucléaires.

Des déchets dont la durée d'activité peut se chiffrer à une centaine de milliers d'années pour certains, des millions d'années pour d'autres.

A fin de nous rappeler que nos civilisations changent : " L’Homme moderne se distingue à partir de -100 000 ans BP en réalisant des colliers, en peignant dans des grottes ou des abris sous roches à partir de -35 000 ans... "

Nous souvenir aussi que le contexte dans lequel elles s'expriment n'est pas immuable : cette période de 100 000 ans correspond à celle des glaciations du Würm.

Nous connaissons aujourd'hui un facteur qui pourra aggraver de façon notable sinon prépondérante les évolutions naturelles : l'augmentation des concentrations en gaz à effet de serre (GES) de l'atmosphère peut nous réserver des scénarios inédits dans l'histoire récente et dont nous avons par conséquent beaucoup de difficultés à nous figurer les modalités.

De plus nous avons appris récemment un fait qui vient bouleverser notre croyance dans le fait que les très grandes inerties des systèmes climatiques nous assureraient un assez long délai de répit avant que les GES manifestent des effets majeurs : " Le climat a basculé de façon extrêmement brutale à la fin de la dernière période glaciaire "

Or il nous faut nous débarrasser de ces déchets radioactifs que nous avons créés et dont nous continuons à alimenter les stocks à un rythme qui va peut-être s'accélérer : le nombre de réacteurs commerciaux devrait atteindre environ 700 en 2030 contre 435 actuellement.

Il convient évidemment que nous sachions entreposer ces stocks dans des endroits sûrs, cette sûreté doit être autant que possible garantie tout au long de la période durant laquelle ces déchets présenteront un danger.

L'idée d'enfouir ces déchets dans des couches géologiques profondes et présentant de bonnes garanties de stabilité et d'étanchéité séduit mais ces deux caractéristiques indispensables peuvent-elle s'envisager sur des dizaines ou centaines de milliers d'années ?

Assurément non, quel que l'endroit étudié nous savons qu'il peut évoluer (failles, infiltrations d'eau, remaniements...) sans que nous soyons capables de le prévoir : le stockage profond est aussi incertain à long terme qu'une partie de roulette russe.

Certains militent donc pour un stockage superficiel, au sol ou à faible profondeur, stockage qui devra être surveillé, suivi au fil des milliers d'années s'il se fait au sol (comme cela est actuellement pratiqué) ou au minimum connu et identifiable s'il s'agit d'un stockage à faible profondeur (15 à 50 mètres comme il est envisagé de le faire en France) afin que l'on n'utilise pas les surfaces concernées pour n'importe quel type d'activité.

Mais comment transmettre la mémoire sur de telles périodes ?

Car nous avons le devoir de nous assurer que cette mémoire sera effectivement transmise !

" Le devoir de mémoire est une obligation réglementaire pour l’ANDRA qui doit répondre aux deux objectifs d’informer les générations futures sur l’existence et le contenu du site de stockage à terre des déchets radioactifs de faible et de moyenne activité de Digulleville. " (" Conservation et transmission de la mémoire ")

" Aux États-Unis, sur le site de WIPP (Waste Isolation Pilot Plant), dans l'État du Nouveau Mexique, réservé aux déchets d'origine militaire, les chercheurs qui travaillent sur plusieurs milliers d'années envisagent de graver des messages - écrits, symboles et dessins - sur de gigantesques blocs de pierre. " (" Qui se souviendra de nos déchets nucléaires enfouis? ")

" So, for humans many generations hence, the major languages, customs and symbols of today may be indecipherable, even though the threat from casks of plutonium- or caesium-tainted waste will still be lethal. " (" Toxic legacy: Scientists ponder task of labelling nuclear waste ").

Traduction : " Ainsi pour l'humanité qui vivra à de nombreuses générations de la nôtre les principaux langages, usages et symboles d'aujourd'hui pourraient être incompréhensibles même si le danger de fûts de déchets contenant du plutonium ou du césium demeurera mortel. "

En France " Les nouvelles technologies de l’information ayant une évolution jugée trop rapide sur l’échelle de temps considérée, l’ANDRA a retenu le papier «permanent» comme support de ces informations. ", ceci pour le site de " stockage à terre des déchets radioactifs de faible et de moyenne activité de Digulleville ".

" Durant environ une vingtaine de générations, un dispositif doit perdurer afin que nos descendants puissent comprendre les phénomènes observés et remédier aux éventuels problèmes. " : nous déduirons qu'il s'agit de déchets à " vie courte " susceptibles de présenter des dangers sur 30 x 20 = 600 ans.

Quels travaux de maintenance du site, face à des infiltrations d'eau que nous n'aurions pas prévues par exemple, pourraient s'avérer indispensables dans 3 siècles ?

Sommes-nous certains qu'il y aura à ce moment sur place une civilisation et des conditions qui rendront ces travaux possibles ?

Admettons un instant que ce " papier permanent " remplirait son office face à divers aléas envisageables pour cette période, il n'offre a priori pas de garanties évidentes pour des stockages à plus long terme.

Comme l'envisagent les américains en viendrons-nous à graver des blocs de pierre ?

Quelques soient les pictogrammes utilisés rien ne nous garantit qu'ils seront interprétés de la façon à véhiculer le message que nous souhaitons les voir porter, et rien, même la multiplication de symboles différents vecteurs à nos yeux d'un sens voisin, ne peut nous le garantir avec certitude !

Mais ce n'est pas le seul problème : rien ne permet d'affirmer que de " gigantesques blocs de pierre " demeureraient visibles (à moins que ce gigantisme atteigne des tailles démesurées !) !

Car que le climat bascule de façon brutale ou lente il n'est pas interdit de penser qu'un endroit où aurait été installé un site de stockage pourrait dans un certain avenir être couvert d'une épaisseur de sédiments telle que ces blocs deviendraient invisibles, et l'on sait que le vent peut créer des dunes de taille respectable par exemple.

Qui, alors, hésiterait à creuser un puits dans un paysage apparemment sain ?

Et pourrait alors atteindre un endroit aux radiations mortelles ?

Mais le vent peut également éroder : n'est-il pas plausible qu'un de ces centres d'enfouissement à faible profondeur soit un jour décapé par l'érosion et qu'en émergent les conteneurs de stockage des déchets plus ou moins éventrés par les " gigantesques blocs de pierre " déposés au dessus pour les signaler ?

Dans ce cas cette érosion attaquerait ces conteneurs fragilisés par les flux de radiations reçus au cours de très longues périodes et les matières radioactives plus ou moins pulvérulentes pourraient se disperser au gré du vent et de l'eau.

Un basculement brusque du climat, avec une température moyenne s'élevant de 10°C en quelques années, n'est pas à exclure, nous l'avons appris.

Stries laissées par l'abrasion d'un glacier

Stries glaciaires (Université de Cincinnati)

Imaginons que cela se produise dans 10 ans, que sera devenu le paysage français dans 20 ans ?

La France serait devenue un désert encore parcouru d'incendies sporadiques éliminant petit à petit tout ce que pourraient enflammer les éclairs d'un orage sec sans que personne ne tente plus d'éteindre ces feux : nous serions tous partis vers des contrées moins torrides, où coulerait encore de l'eau, où l'on pourrait cultiver, vivre...

Le " papier permanent ", mémoire des déchets de Digulleville, aurait-il été emmené dans la débâcle ?

Aurons-nous pris soin de transporter avec nous cette mémoire ?

Ne pourrait-elle pas être oubliée dans l'exode, ou finir dans le camion abandonné par manque de carburant au bord d'une route et que personne ne reviendra chercher, tant de priorités vitales monopolisant les énergies... ?

Un tel départ massif se ferait-il dans un climat de paix ou de guerre ?

Qui serait prêt à accueillir une soixantaine de millions de français, plusieurs centaines de millions d'européens, de maghrébins, d'africains... et leur barda ?

Un " état français " existerait-il encore ?

Afin que nous ayons une certitude plus grande que ce " papier permanent " véhiculera vraiment la mémoire qu'il porte tout au long de ces 6 siècles à venir il faudrait peut-être envisager d'en placer quelques exemplaires dans une contrée nordique ?

Bloc erratique transporté par un glacier

Bloc erratique

Imaginons maintenant que divers épisodes climatiques se soient succédés, plongeons de 50 000 ans dans l'avenir.

Nous avions consciencieusement enterré nous déchets nucléaires : ici et là un peu partout sur Terre des " zones interdites " marquées par de " gigantesques blocs de pierre " gravés avec application devraient être évitées.

Malheureusement ces étonnantes pierres sont vénérées, on se presse autour d'elles...

Dans certaines contrées une glaciation est passée, elle a déplacé ces stèles que l'on trouve souvent renversées à de grandes distances de leur lieu d'origine.

3000 mètres de glace ont raboté ces lieux, parfois profondément, les déchets encore très actifs ont été dispersés, réduits en galets, grains, poussières, boues et couvrent de très grandes surfaces (qu'est-ce qu'un enfouissement à 50 mètres de profondeur pour un inlandsis qui applique ses 2700 tonnes par mètre carré et traîne tranquillement comme d'énormes particules abrasives des rocs de toutes tailles pendant des siècles ?).

La glace a fondu, très lentement, et des peuples sont revenus dans ces contrées.

On s'arrache les figurines métalliques que nos ancêtres, qui devaient vouer un culte à la mort très voisin du nôtre, avaient disséminé un peu partout : ces petites têtes de mort un peu bizarres nous fascinent...

Dans certaines régions on meurt jeune, d'étranges maladies...

Dans un tel futur hypothétique où l'humanité aurait survécu à bien des aléas mais n'aurait pu conserver la mémoire de notre époque qu'au travers de quelques vestiges sibyllins personne peut-être ne pourrait porter d'accusations nominatives, sur des personnes ou des époques : au fond des oubliettes du temps notre mémoire perdue ne pourrait être honnie.

Au prétexte que nous ne serons peut-être pas universellement maudits pour l'éternité pouvons-nous vraiment nous permettre de taveler la Terre de souillures mortelles ?

Sommes-nous véritablement contraints à faire appel à une énergie nucléaire si dangereuse à court, moyen et long terme ?

dimanche 29 juin 2008

Nucléaire : conséquences pleinement assumées ?

S'il faut en croire le Directeur général adjoint de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Yury Sokolov, le nombre de réacteurs nucléaires dans le monde devrait augmenter de 60% d'ici 2030, ce qui porterait le nombre de réacteurs commerciaux à près de 700 contre 435 actuellement.

284 projets seraient actuellement à l'étude dans 56 pays : disposent-ils tous de structures de sécurité fiables qui sont une condition indispensable à la mise en oeuvre du nucléaire ?

Citons les propos de André-Claude Lacoste, président de l'ASN, repris pas " Le Monde " : "On ne peut imaginer une telle filière que si une autorité de sûreté nationale préexiste, a insisté M. Lacoste. Celle-ci n'a de sens que si elle est dotée de moyens et d'une indépendance minimale par rapport au pouvoir. On ne peut la constituer en recrutant des gens qui seraient des mercenaires : il faut un ancrage dans le pays en question." Le tout nécessitant une quinzaine d'années. ".

Dans " Il faut assurer la sûreté des nouveaux projets de construction de réacteurs nucléaires dans le monde " on lira : pour " un pays qui s'engage pour de longues années dans un programme nucléaire.... On aboutit ainsi à un délai minimum d'une quinzaine d'années avant que puisse démarrer l'exploitation dans de bonnes conditions d'un réacteur nucléaire de puissance. ".

Il semble que le gouvernement français soit décidé à ce qu'une certaine transparence règne avec cette " Installation du Haut Comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire " mais il sera également indispensable qu'un minimum de clarté soit également de mise dans tous les pays exploitant l'énergie nucléaire, clarté qui devra concerner tant les institutions mises de contrôle de cette activité (objectifs, moyens, composition, fonctionnement...) que les installations, leur état et leur fonctionnement.

Ceci parce-que le nucléaire comporte des risques qui ne peuvent être circonscrits à un pays : certains risques sont fortement mutualisés sans que l'on puisse se soustraire à cette mutualisation, c'est le cas pour un nuage radioactif indifférent aux frontières.

Mais il existe aussi des mutualisations décidées qui n'empruntent pas le circuit traditionnel des assurances eu égard à l'importance exceptionnelle du risque nucléaire dans ses manifestations extrêmes.

" Le régime d'assurance et d'indemnisation en cas d'accident nucléaire " nous apprend les dispositions prises, nous y voyons que " Le scénario aux conséquences potentielles les plus graves envisagé en France est celui de la fusion du cœur d'un réacteur nucléaire, entraînant le percement de la cuve. Les rejets radioactifs que produirait ce type d'accident seraient très limités en raison de sa dynamique lente et de la protection conférée par l'enceinte de confinement des réacteurs occidentaux. ".

On envisage donc probablement comme rejet un " tout petit " nuage radioactif mais peut-être pas tant que cela qui dépasserait à peine le grillage d'enceinte... (à cause d'une malencontreuse fissure dans le béton de confinement, qui serait le seul aléa imprévu dans un scénario d'accident ?) : rien d'alarmant !

" On considère cependant qu'il pourrait être nécessaire d'évacuer la population dans un rayon de cinq kilomètres autour de la centrale, avant que ne se produisent des rejets substantiels de radioactivité. Dans un rayon de dix kilomètres, il y aurait lieu de demander à la population de se mettre à l'abri à l'intérieur d'habitations ou de locaux fermés. " Voir : " Les risques majeurs ".

Dédommagements et réparations ont été prévus et révisés, puis transposés dans la loi française après signature de " Protocoles d'amendement de la Convention de Paris sur la responsabilité civile dans le domaine de l'énergie nucléaire et de la Convention de Bruxelles complémentaire à la Convention de Paris " le le 12 février 2004 : " Loi n°2006-686 du 13 juin 2006 relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire ".

Le montant d'indemnisation minimal garanti s'élève ainsi à 1,5 milliard d'euros sur lesquels 300 millions seraient fournis par les " parties contractantes ", c'est à dire les signataires des conventions : c'est ici qu'intervient la mutualisation de la couverture du risque.

Nous serions donc face à un risque assez mineur (grâce à l'excellent confinement de nos réacteurs) amplement couvert par des assurances sur-dimensionnées : " ...un coefficient multiplicateur de 20 a été attribué au nucléaire pour pondérer les coûts externes d'un accident, afin de tenir compte de l'aversion au risque du public, jugée plus importante pour le nucléaire à dégâts comparables. ".

On devra donc déduire de cela que le coût raisonnablement envisageable d'un accident nucléaire sera de 1,5 milliard d'euros / 20 soit 75 millions d'euros, le " prix de l'aversion " ayant été évalué à 1,425 milliard d'euros afin de calmer les réticents... et cela a été validé par l'ensemble des signataires des convention de Paris et de Bruxelles.

Ou... ne faut-il pas voir dans ce " salaire de la peur " la très grande incertitude dans laquelle nous nous trouvons vis à vis de l'hypothèse d'un accident nucléaire majeur ?

Aucun plan de gestion d'un accident nucléaire majeur !

En lisant " La phase post-accidentelle " sur le site de l'ASN on découvre que l'étendue des conséquences d'un accident peut dépasser le grillage de l'établissement concerné : " ...en 2005, l'ASN a lancé une réflexion globale en fédérant tous les acteurs concernés par le post-accidentel autour d’un comité directeur... ".

Dans " ...la diversité des domaines impactés par un événement radiologique ou nucléaire... " on trouvera les indices qu'on envisage aussi la possibilité d'un accident de grande ampleur : "
  • réhabilitation en milieu bâti ;
  • vie dans les territoires ruraux contaminés ;
  • agriculture et eau ;
  • évaluation des conséquences radiologiques et dosimétriques ;
  • suivi sanitaire des populations ;
  • indemnisation ;
  • gestion des déchets ;
  • produits contaminés et terres contaminées ;
  • organisation des pouvoirs publics. "


Contrairement à ce que l'on pourrait déduire à la lecture de " Le régime d'assurance et d'indemnisation en cas d'accident nucléaire " qui nous décrit des accidents aux implications minimes nous nous apercevons que des impacts d'assez grande ampleur sont envisagés, jusqu'à nécessiter l'examen de la question de l'organisation des pouvoirs publics.

Lisons : " En cas d’accident de gravité moyenne, la gestion au niveau local pourrait être assurée par une structure territoriale de droit commun comprenant le préfet appuyé sur les services déconcentrés et sur une équipe interministérielle déportée assurant les relais avec les administrations centrales. Il ne sera toutefois pas possible de renforcer la préfecture en cas d’accident grave sauf à augmenter considérablement son effectif. ... Le rôle de cette structure sera, au niveau central, de traiter de l’impact national de l’événement (économie, agriculture, implications internationales, mouvements de population…)."

Ce fameux comité, nommé Codirpa (pour Comité Directeur Post Accidentel) , examine " différents cas d’accidents " et nous rappelle que " Jusqu’à présent, seule la phase d’urgence est prise en compte dans l’organisation des pouvoirs publics, notamment au travers de la directive interministérielle du 7 avril 2005 et des plans déclinés par les préfectures. "

C'est avouer qu'il manque, et depuis longtemps, quelques étapes cruciales dans notre système de sécurité nucléaire !!!

Ainsi en date du 21 novembre 2007 le Codirpa proposait " pour la gestion de la phase post- événementielle :
  • une phase de transition (semaines/jours/mois) qui concernera la levée des actions de protection d’urgence, le nettoyage des zones contaminées ainsi que la préparation des actions à long terme. La phase de transition s’inscrit dans la continuité de la phase d’urgence.
  • une phase de gestion des conséquences à long terme (mois/années) qui concernera l’application du plan de gestion des conséquences à long terme de l’événement (élaboré avec l’ensemble des acteurs pendant la phase de transition). "


Actuellement, avec 58 réacteurs nucléaires en activité, nous n'aurions donc aucun plan de gestion des suites d'un accident, ceci 20 ans après Tchernobyl !!!

Mais pourquoi faire l'effort de construire plans et procédures si ces dispositifs ne correspondent à aucune nécessité réelle (les accidents nucléaires seraient relativement bénins en France) ?

Pour la seule satisfaction intellectuelle ?

Vue satellite de la centrale nucléaire de Gravelines


Des calculs rassurants, mais...

" Le cahier des charges de l'EPR impose à cet égard une probabilité de fusion du cœur inférieure à 1 sur un million par an (3,6 10-7soit un gain de 15 sur la génération actuelle) et sa conception offre une protection renforcée contre les accidents graves (notamment les rejets à l'extérieur de la centrale). " lit-on dans " Le régime d'assurance et d'indemnisation en cas d'accident nucléaire ".

Effectivement, la probabilité semble faible mais elle ne signifie ni qu'une fusion du cœur est impossible ni qu'elle n'aura pas lieu demain plutôt que dans un million d'années.

En outre même si l'on nous affirme que le confinement rend improbables (" une protection renforcée contre les accidents graves " et non une protection absolue) des fuites importantes de matières radioactives l'incertitude demeure sur ce qui pourrait réellement se passer, et la seule façon de le savoir (de valider les calculs, en fait) consisterait à réaliser un certain nombre d'expériences de fusion du cœur en vraie grandeur (suffisamment pour établir des statistiques utilisables), ce qui ne semble ni vraiment... prudent ni financièrement imaginable.

Les travaux du Codirpa ne répondent donc pas à une simple curiosité ou au seul souci de rassurer la population en lui affirmant que " tout a été prévu " mais à l'établissement de processus de gestion de crise absolument indispensables... et qui nous font défaut depuis quelques décennies !

Par ailleurs il faudrait savoir précisément sur quelles bases cette probabilité fût établie.

Evolutions possibles de nos sociétés

On a tenu compte des caractéristiques d'une installation devant fonctionner correctement dans une fourchette de situations donnée, cette fourchette inclut-elle des évolutions non linéaires de nos sociétés et de leur environnement, des phénomènes extrêmes qui ont été jusqu'à maintenant improbables mais dont on peut estimer que le risque qu'ils surviennent ne cesse de croître ?

Car nous sommes aujourd'hui dans une phase d'incertitude plus forte que jamais vis à vis d'un certain nombre de phénomènes environnementaux, politiques, sociaux...

Dans l'événementiel immédiat nous sommes frappés par une crise énergétique dont rien ne laisse prévoir qu'elle s'apaisera bientôt, et divers prévisionnistes envisagent un prix du baril de pétrole de 170 à 200 dollars pour l'été 2008.

Manifestations de pêcheurs, de routiers, d'agriculteurs, de viticulteurs, de taxis, d'ambulanciers... parfois accompagnées de violences : nous avons vu cela pour un pétrole à moins de 140 dollars, qu'en sera-t-il pour un prix nettement plus élevé qui pourrait paralyser des pans entiers de notre économie alors que les marges de manœuvre de l'état et de l'Europe s'amenuiseront en proportion de la hausse du baril ?

La sécurité nucléaire sera-t-elle parfaitement assurée en cas de blocage durable de tous nos axes routiers, ports, aéroports, dépôts de carburants, d'émeutes majeures... ?

De très grandes grèves ne mettraient-elles pas cette sécurité en péril ?

Du côté des dérèglements climatiques nous sommes probablement soumis à des périls à court, moyen et long terme qui, tous, sont susceptibles d'affecter le bon fonctionnement des centrales nucléaires.

Souvenons-nous de cette nécessité d'arroser l'enceinte extérieure du réacteur de Fessenheim, lors de la canicule de 2003, car la température limite de fonctionnement était atteinte, tandis que l'on relevait la température des rejets fluviaux d'un certain nombre de centrales au mépris des écosystèmes aquatiques déjà surchauffés et que l'EDF achetait de l'électricité à l'étranger afin d'assurer un approvisionnement correct du pays (" Canicule et augmentation de la consommation électrique : un cercle vicieux " " Une canicule exceptionnelle pendant l’été 2003 (Ministre déléguée à l’industrie) ").

Le 10 Septembre 2005 un cyclone tropical de classe 1 se dirigeait vers le Portugal et menaçait de déferler vers l'Europe.

Nommé " Vince " il s'est disloqué au large du Maroc, mais le fait doit être noté : c'est la première fois que l'on mentionne un tel phénomène depuis que l'on détient des relevés météorologiques réguliers (début du XIX ème siècle).

Quelles seraient les conséquences directes (force des vents et intensité des précipitations) et indirectes (désorganisation momentanée de nombreux services, impact sur les télécommunications, les réseaux électriques...) d'un tel cyclone sur l'Europe ?

Au terme de quelques années de cruelles surprises climatiques pourraient nous affecter gravement : il vient d'être découvert que des élévations de température moyenne de 10°C environ s'étaient produites en quelques années il y a environ 10 000 ans : " Le climat a basculé de façon extrêmement brutale à la fin de la dernière période glaciaire "

Parmi les sources d'inquiétude, la fonte des permafrost qui provoquent en montagne des effondrements (" La fonte des gels éternels ") mais surtout libère d'énormes quantités de méthane susceptibles d'engendrer un forçage climatique qui pourrait conduire à une désertification assez rapide de l'Europe...

Les prévisions d'évolution des besoins énergétiques de la planète (et des émissions de gaz à effet de serre liées) ne peuvent nous rassurer (par exemple : " Annual Energy Outlook 2008 ").

Quoi qu'il en soit nous avons infiniment peu de chances d'échapper à un fort réchauffement, probablement nettement supérieur à 3°C en 2100, quelles que soient nos politiques pour l'entraver, et le seuil de 2°C au dessus des moyennes de l'époque pré-industrielle est désormais hors de notre portée (" Carbon Scenarios ") : cela aura des conséquences sur nos systèmes énergétiques, en particulier les valeurs limites considérées pour les calculs de sécurité pourraient être largement dépassées.

Est-il vraiment raisonnable de persister dans l'option nucléaire face à de telles hypothèses d'événements déstabilisants ?

Serions-nous tous correctement indemnisés ?

En cas d'accident majeur que se passera-t-il, et la zone à évacuer n'excéderait-elle vraiment pas le rayon de 5 km envisagé dans les documents officiels ?

Dépourvus de plans de gestion post-accident nous connaîtrons des situations probablement très difficiles, de dangereuses détresses : comment réagir, que faire face à des situations inédites, inconnues, pour lesquelles nous ne disposons d'aucun mode d'emploi ?

En attendant que le Codirpa ait terminé ses travaux, qu'ils se soient traduits par des dispositions et dispositifs opérationnels on peut imaginer que des pertes humaines, matérielles et environnementales plus importantes que ce qu'elles devraient être dans le contexte d'un accident correctement géré se produiront, puisque les mécanismes qu'il s'agit de mettre au point auraient essentiellement pour objectif de les minimiser.

Cette absence aujourd'hui réelle de mécanismes de gestion des suites d'un accident augmenterait donc le coût global d'un accident majeur.

Donner une estimation de ce coût est difficile mais nous pouvons examiner quelques pistes de réflexion.

La centrale de Gravelines (" ...il a été détecté que ce réacteur avait été privé durant un an de la commande automatique d'un circuit assurant son refroidissement en cas d'accident... ") est située à vol d'oiseau à 16 km de Dunkerque (70 000 habitants) et 20 de Calais (80 000 habitants) : on peut présumer qu'un accident majeur aurait de fortes conséquences sur l'une, l'autre ou ces deux agglomérations selon le régime des vents et leur stabilité.

Combien coûterait l'évacuation totale de ces 2 agglomérations et des communes situées dans le même rayon, la surveillance des lieux, l'hébergement d'urgence d'environ 200 000 personnes à une distance raisonnable du lieu de l'accident, puis leur rapatriement après 15 jours, un mois, ou plus ?

La région de Gravelines


A 100 euros par jour et par personne " tous frais compris " le montant s'élèverait à 300 millions d'euros.

Toute l'activité économique de cette région serait stoppée durant cette période.

Son PIB était de 91 milliards d'euros en 2006 (" Comptes régionaux annuels : les séries de la base 2000 (1990-2006) "), soit une perte de 3,73 milliards d'euros au moins pour 15 jours et ainsi de suite...

On voit que l'indemnisation maximale de 1,5 milliard d'euros pourrait vite s'avérer d'une maigreur qui tend au famélique, et seul est pris en compte dans ce scénario le coût d'une évacuation et du manque à gagner.

Quel serait le coût supplémentaire pour la décontamination d'un secteur de 10 km de diamètre centré sur les réacteurs ?

Dans " La catastrophe nucléaire de Tchernobyl, 20 ans après " on lit : " ...les dépenses additionnées des trois pays excèdent certainement 500 milliards de dollars. ".

Et le " coût humain " ?

Pour faire un mauvais calcul mais qui illustre un peu les limites de la garantie chiffrée à 1,5 milliard d'euros, c'est le prix d'un accident dont la gravité voisinerait 500 / 1,5 = 333,33, soit le 1/300ème de la gravité de Tchernobyl...

Accepter de payer très, très cher peut-être...

Pour disposer aujourd'hui d'une énergie qui nous est présentée comme très bon marché il nous faut accepter l'hypothèse que nous pourrions devoir payer demain (ou dès ce soir ?) d'un prix exorbitant les conséquences d'un accident certes assez improbable mais dont l'occurrence n'a rien d'impossible, avec un risque croissant en proportion des troubles divers que peut connaître notre société.

Un accroissement du nombre des réacteurs dans le monde se heurtera à bien des obstacles, par exemple on lit dans " La pénurie de main-d'œuvre menace la filière nucléaire " : " Si aucune mesure n'est prise, le secteur nucléaire risque d'être confronté à une pénurie de main-d'oeuvre qualifiée, tant pour assurer le contrôle et le fonctionnement des centrales existantes que pour en construire de nouvelles. ", puis : " D'ici à 2015, 40 % des équipes EDF d'ingénierie et de production devront être renouvelées. " et 2015 est dans 7 ans, un délai très court !

L'expérience d'un accident d'une gravité " moyenne " pousserait vraisemblablement les primes d'assurances du nucléaire à la hausse.

L'augmentation du prix de toutes les énergies affectera le cours de l'uranium, cette pénurie de main d'œuvre et la nécessité d'attirer des travailleurs dans cette filière augmentera probablement le coût salarial : les projections que nous faisons actuellement sur l'évolution comparée des prix de l'électricité de diverses filières devront être révisées, la compétitivité du nucléaire risque d'en souffrir.

Tout ira bien... tant que tout se passera bien, sinon...

Peut-être aurions-nous finalement intérêt à examiner de très très près l'ensemble des solutions énergétiques qui s'offrent à nous et ne présentent pas de tels risques, quitte à payer pendant quelques temps notre électricité un peu plus cher ?

Le temps que deviennent compétitives certaines autres filières, qui produiront de toutes façons bientôt de l'électricité à un prix très bas, " progrès " oblige !

vendredi 20 juin 2008

Qu'y a-t-il dans l'huile de moteur dans l'huile de tournesol et... dans la mayonnaise ?

Avec cette affaire on est probablement dans le " classé X ", une sorte de porno alimentaire où l'on découvre des dessous pas très nets de l'industrie alimentaire et des instances de contrôle...

Mouillons-nous donc les fesses...

Bandons nos arcs, pointons une flèche amère vers l 'Ania , Saupiquet, Unilever, Carrefour Promodès et Auchan, sans oublier la DGCCRF!

Car vous le savez peut-être, sinon voici l'occasion de l'apprendre, de l'huile de tournesol frelatée a été livrée dans plusieurs pays dont la France.

Elle provenait d'Ukraine et contenait... de l'huile moteur !

Pour avoir des détails sur cette affaire je vous invite à lire " Bon appétit, assaisonné d'huile frelatée ! " , un article très explicite, et " URGENT, A DIFFUSER : Huile de moteur dans les produits de supermarchés " , un article très documenté.

Mayonnaise...


Je ne souhaite ni les copier ni les plagier, mais les compléter d'une question : que contenait donc cette " huile moteur " ?

Etait-elle neuve, totalement neuve, ou contenait-elle une partie d'huile moteur recyclée ?

Y trouvait-on dioxines, PCB, métaux lourds, molécules toxiques comme des précurseurs du cancers, du benzène, des perturbateurs endocriniens, des HAP et autres fluides suspects ?

Ce serait quand même bon à savoir, histoire de donner quelques pistes aux toubibs qui soigneront nos cancers et autres affections...
Le blug de l'encéphalugomme molle n'est pas un blog vitaminé : ce n'est qu'un blug, un blog des bugs, des bugs de l'intelligence. Vous savez cette merveilleuse chose indéfinissable qui a permis à l'homme de devenir le maître incontesté de la nature... Ici vous trouverez peut-être de gentilles horreurs et des raisonnements tordus : prudence...
Il est encore temps de fuir !
? i n t e l l i b l u g
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