dimanche 6 juillet 2008
L'insoluble équation des déchets nucléaires
Par jcm, dimanche 6 juillet 2008 à 18:52 :: General
" Douce France, cher pays de mon enfance... " : y aura-t-il quelqu'un pour fredonner ces mots dans 2000, dans 5000 ans, dans 15000 ans ?
Auront-ils franchi le temps et, en des époques que nul d'entre nous ne connaîtra, le terme de " France " aura-t-il encore un sens, figurera-t-il encore dans quelque lexique, quelque langage ?
Que seront devenues les langues que nous parlons aujourd'hui ?
Quels éléments de la mémoire de nos réalités actuelles auront franchi le temps ?
Mais nous savons aussi que de très nombreux facteurs pourraient venir troubler ce scénario jusqu'à le renverser : quelles seront par exemple les conséquences à long terme des modifications du climat que nous avons induites, quelles seront les variations naturelles de ce climat, quels phénomènes géologiques lents, que nous ne détectons pas, pourraient profondément modifier la géographie et la géologie que nous connaissons actuellement ?
Nous n'avons aucune certitude sur ce que pourrait être l'avenir lointain de nos descendants, à aucun point de vue.
C'est dans ce contexte d'un futur indéchiffrable, inconnu, imprévisible qu'il nous faut inventer des solutions afin de stocker à très long terme dans des conditions de sécurité sans faille nos déchets nucléaires.
Des déchets dont la durée d'activité peut se chiffrer à une centaine de milliers d'années pour certains, des millions d'années pour d'autres.
A fin de nous rappeler que nos civilisations changent : " L’Homme moderne se distingue à partir de -100 000 ans BP en réalisant des colliers, en peignant dans des grottes ou des abris sous roches à partir de -35 000 ans... "
Nous souvenir aussi que le contexte dans lequel elles s'expriment n'est pas immuable : cette période de 100 000 ans correspond à celle des glaciations du Würm.
Nous connaissons aujourd'hui un facteur qui pourra aggraver de façon notable sinon prépondérante les évolutions naturelles : l'augmentation des concentrations en gaz à effet de serre (GES) de l'atmosphère peut nous réserver des scénarios inédits dans l'histoire récente et dont nous avons par conséquent beaucoup de difficultés à nous figurer les modalités.
De plus nous avons appris récemment un fait qui vient bouleverser notre croyance dans le fait que les très grandes inerties des systèmes climatiques nous assureraient un assez long délai de répit avant que les GES manifestent des effets majeurs : " Le climat a basculé de façon extrêmement brutale à la fin de la dernière période glaciaire "
Or il nous faut nous débarrasser de ces déchets radioactifs que nous avons créés et dont nous continuons à alimenter les stocks à un rythme qui va peut-être s'accélérer : le nombre de réacteurs commerciaux devrait atteindre environ 700 en 2030 contre 435 actuellement.
Il convient évidemment que nous sachions entreposer ces stocks dans des endroits sûrs, cette sûreté doit être autant que possible garantie tout au long de la période durant laquelle ces déchets présenteront un danger.
L'idée d'enfouir ces déchets dans des couches géologiques profondes et présentant de bonnes garanties de stabilité et d'étanchéité séduit mais ces deux caractéristiques indispensables peuvent-elle s'envisager sur des dizaines ou centaines de milliers d'années ?
Assurément non, quel que l'endroit étudié nous savons qu'il peut évoluer (failles, infiltrations d'eau, remaniements...) sans que nous soyons capables de le prévoir : le stockage profond est aussi incertain à long terme qu'une partie de roulette russe.
Certains militent donc pour un stockage superficiel, au sol ou à faible profondeur, stockage qui devra être surveillé, suivi au fil des milliers d'années s'il se fait au sol (comme cela est actuellement pratiqué) ou au minimum connu et identifiable s'il s'agit d'un stockage à faible profondeur (15 à 50 mètres comme il est envisagé de le faire en France) afin que l'on n'utilise pas les surfaces concernées pour n'importe quel type d'activité.
Mais comment transmettre la mémoire sur de telles périodes ?
Car nous avons le devoir de nous assurer que cette mémoire sera effectivement transmise !
" Le devoir de mémoire est une obligation réglementaire pour l’ANDRA qui doit répondre aux deux objectifs d’informer les générations futures sur l’existence et le contenu du site de stockage à terre des déchets radioactifs de faible et de moyenne activité de Digulleville. " (" Conservation et transmission de la mémoire ")
" Aux États-Unis, sur le site de WIPP (Waste Isolation Pilot Plant), dans l'État du Nouveau Mexique, réservé aux déchets d'origine militaire, les chercheurs qui travaillent sur plusieurs milliers d'années envisagent de graver des messages - écrits, symboles et dessins - sur de gigantesques blocs de pierre. " (" Qui se souviendra de nos déchets nucléaires enfouis? ")
" So, for humans many generations hence, the major languages, customs and symbols of today may be indecipherable, even though the threat from casks of plutonium- or caesium-tainted waste will still be lethal. " (" Toxic legacy: Scientists ponder task of labelling nuclear waste ").
Traduction : " Ainsi pour l'humanité qui vivra à de nombreuses générations de la nôtre les principaux langages, usages et symboles d'aujourd'hui pourraient être incompréhensibles même si le danger de fûts de déchets contenant du plutonium ou du césium demeurera mortel. "
En France " Les nouvelles technologies de l’information ayant une évolution jugée trop rapide sur l’échelle de temps considérée, l’ANDRA a retenu le papier «permanent» comme support de ces informations. ", ceci pour le site de " stockage à terre des déchets radioactifs de faible et de moyenne activité de Digulleville ".
" Durant environ une vingtaine de générations, un dispositif doit perdurer afin que nos descendants puissent comprendre les phénomènes observés et remédier aux éventuels problèmes. " : nous déduirons qu'il s'agit de déchets à " vie courte " susceptibles de présenter des dangers sur 30 x 20 = 600 ans.
Quels travaux de maintenance du site, face à des infiltrations d'eau que nous n'aurions pas prévues par exemple, pourraient s'avérer indispensables dans 3 siècles ?
Sommes-nous certains qu'il y aura à ce moment sur place une civilisation et des conditions qui rendront ces travaux possibles ?
Admettons un instant que ce " papier permanent " remplirait son office face à divers aléas envisageables pour cette période, il n'offre a priori pas de garanties évidentes pour des stockages à plus long terme.
Comme l'envisagent les américains en viendrons-nous à graver des blocs de pierre ?
Quelques soient les pictogrammes utilisés rien ne nous garantit qu'ils seront interprétés de la façon à véhiculer le message que nous souhaitons les voir porter, et rien, même la multiplication de symboles différents vecteurs à nos yeux d'un sens voisin, ne peut nous le garantir avec certitude !
Mais ce n'est pas le seul problème : rien ne permet d'affirmer que de " gigantesques blocs de pierre " demeureraient visibles (à moins que ce gigantisme atteigne des tailles démesurées !) !
Car que le climat bascule de façon brutale ou lente il n'est pas interdit de penser qu'un endroit où aurait été installé un site de stockage pourrait dans un certain avenir être couvert d'une épaisseur de sédiments telle que ces blocs deviendraient invisibles, et l'on sait que le vent peut créer des dunes de taille respectable par exemple.
Qui, alors, hésiterait à creuser un puits dans un paysage apparemment sain ?
Et pourrait alors atteindre un endroit aux radiations mortelles ?
Mais le vent peut également éroder : n'est-il pas plausible qu'un de ces centres d'enfouissement à faible profondeur soit un jour décapé par l'érosion et qu'en émergent les conteneurs de stockage des déchets plus ou moins éventrés par les " gigantesques blocs de pierre " déposés au dessus pour les signaler ?
Dans ce cas cette érosion attaquerait ces conteneurs fragilisés par les flux de radiations reçus au cours de très longues périodes et les matières radioactives plus ou moins pulvérulentes pourraient se disperser au gré du vent et de l'eau.
Un basculement brusque du climat, avec une température moyenne s'élevant de 10°C en quelques années, n'est pas à exclure, nous l'avons appris.
La France serait devenue un désert encore parcouru d'incendies sporadiques éliminant petit à petit tout ce que pourraient enflammer les éclairs d'un orage sec sans que personne ne tente plus d'éteindre ces feux : nous serions tous partis vers des contrées moins torrides, où coulerait encore de l'eau, où l'on pourrait cultiver, vivre...
Le " papier permanent ", mémoire des déchets de Digulleville, aurait-il été emmené dans la débâcle ?
Aurons-nous pris soin de transporter avec nous cette mémoire ?
Ne pourrait-elle pas être oubliée dans l'exode, ou finir dans le camion abandonné par manque de carburant au bord d'une route et que personne ne reviendra chercher, tant de priorités vitales monopolisant les énergies... ?
Un tel départ massif se ferait-il dans un climat de paix ou de guerre ?
Qui serait prêt à accueillir une soixantaine de millions de français, plusieurs centaines de millions d'européens, de maghrébins, d'africains... et leur barda ?
Un " état français " existerait-il encore ?
Afin que nous ayons une certitude plus grande que ce " papier permanent " véhiculera vraiment la mémoire qu'il porte tout au long de ces 6 siècles à venir il faudrait peut-être envisager d'en placer quelques exemplaires dans une contrée nordique ?
Imaginons maintenant que divers épisodes climatiques se soient succédés, plongeons de 50 000 ans dans l'avenir.
Nous avions consciencieusement enterré nous déchets nucléaires : ici et là un peu partout sur Terre des " zones interdites " marquées par de " gigantesques blocs de pierre " gravés avec application devraient être évitées.
Malheureusement ces étonnantes pierres sont vénérées, on se presse autour d'elles...
Dans certaines contrées une glaciation est passée, elle a déplacé ces stèles que l'on trouve souvent renversées à de grandes distances de leur lieu d'origine.
3000 mètres de glace ont raboté ces lieux, parfois profondément, les déchets encore très actifs ont été dispersés, réduits en galets, grains, poussières, boues et couvrent de très grandes surfaces (qu'est-ce qu'un enfouissement à 50 mètres de profondeur pour un inlandsis qui applique ses 2700 tonnes par mètre carré et traîne tranquillement comme d'énormes particules abrasives des rocs de toutes tailles pendant des siècles ?).
La glace a fondu, très lentement, et des peuples sont revenus dans ces contrées.
On s'arrache les figurines métalliques que nos ancêtres, qui devaient vouer un culte à la mort très voisin du nôtre, avaient disséminé un peu partout : ces petites têtes de mort un peu bizarres nous fascinent...
Dans certaines régions on meurt jeune, d'étranges maladies...
Dans un tel futur hypothétique où l'humanité aurait survécu à bien des aléas mais n'aurait pu conserver la mémoire de notre époque qu'au travers de quelques vestiges sibyllins personne peut-être ne pourrait porter d'accusations nominatives, sur des personnes ou des époques : au fond des oubliettes du temps notre mémoire perdue ne pourrait être honnie.
Au prétexte que nous ne serons peut-être pas universellement maudits pour l'éternité pouvons-nous vraiment nous permettre de taveler la Terre de souillures mortelles ?
Sommes-nous véritablement contraints à faire appel à une énergie nucléaire si dangereuse à court, moyen et long terme ?
Auront-ils franchi le temps et, en des époques que nul d'entre nous ne connaîtra, le terme de " France " aura-t-il encore un sens, figurera-t-il encore dans quelque lexique, quelque langage ?
Que seront devenues les langues que nous parlons aujourd'hui ?
Quels éléments de la mémoire de nos réalités actuelles auront franchi le temps ?

Erosion éolienne, Coyote Buttes, Vermilion Cliffs National Monument, Arizona
Mais nous savons aussi que de très nombreux facteurs pourraient venir troubler ce scénario jusqu'à le renverser : quelles seront par exemple les conséquences à long terme des modifications du climat que nous avons induites, quelles seront les variations naturelles de ce climat, quels phénomènes géologiques lents, que nous ne détectons pas, pourraient profondément modifier la géographie et la géologie que nous connaissons actuellement ?
Nous n'avons aucune certitude sur ce que pourrait être l'avenir lointain de nos descendants, à aucun point de vue.
C'est dans ce contexte d'un futur indéchiffrable, inconnu, imprévisible qu'il nous faut inventer des solutions afin de stocker à très long terme dans des conditions de sécurité sans faille nos déchets nucléaires.
Des déchets dont la durée d'activité peut se chiffrer à une centaine de milliers d'années pour certains, des millions d'années pour d'autres.
A fin de nous rappeler que nos civilisations changent : " L’Homme moderne se distingue à partir de -100 000 ans BP en réalisant des colliers, en peignant dans des grottes ou des abris sous roches à partir de -35 000 ans... "
Nous souvenir aussi que le contexte dans lequel elles s'expriment n'est pas immuable : cette période de 100 000 ans correspond à celle des glaciations du Würm.
Nous connaissons aujourd'hui un facteur qui pourra aggraver de façon notable sinon prépondérante les évolutions naturelles : l'augmentation des concentrations en gaz à effet de serre (GES) de l'atmosphère peut nous réserver des scénarios inédits dans l'histoire récente et dont nous avons par conséquent beaucoup de difficultés à nous figurer les modalités.
De plus nous avons appris récemment un fait qui vient bouleverser notre croyance dans le fait que les très grandes inerties des systèmes climatiques nous assureraient un assez long délai de répit avant que les GES manifestent des effets majeurs : " Le climat a basculé de façon extrêmement brutale à la fin de la dernière période glaciaire "
Or il nous faut nous débarrasser de ces déchets radioactifs que nous avons créés et dont nous continuons à alimenter les stocks à un rythme qui va peut-être s'accélérer : le nombre de réacteurs commerciaux devrait atteindre environ 700 en 2030 contre 435 actuellement.
Il convient évidemment que nous sachions entreposer ces stocks dans des endroits sûrs, cette sûreté doit être autant que possible garantie tout au long de la période durant laquelle ces déchets présenteront un danger.
L'idée d'enfouir ces déchets dans des couches géologiques profondes et présentant de bonnes garanties de stabilité et d'étanchéité séduit mais ces deux caractéristiques indispensables peuvent-elle s'envisager sur des dizaines ou centaines de milliers d'années ?
Assurément non, quel que l'endroit étudié nous savons qu'il peut évoluer (failles, infiltrations d'eau, remaniements...) sans que nous soyons capables de le prévoir : le stockage profond est aussi incertain à long terme qu'une partie de roulette russe.
Certains militent donc pour un stockage superficiel, au sol ou à faible profondeur, stockage qui devra être surveillé, suivi au fil des milliers d'années s'il se fait au sol (comme cela est actuellement pratiqué) ou au minimum connu et identifiable s'il s'agit d'un stockage à faible profondeur (15 à 50 mètres comme il est envisagé de le faire en France) afin que l'on n'utilise pas les surfaces concernées pour n'importe quel type d'activité.
Mais comment transmettre la mémoire sur de telles périodes ?
Car nous avons le devoir de nous assurer que cette mémoire sera effectivement transmise !
" Le devoir de mémoire est une obligation réglementaire pour l’ANDRA qui doit répondre aux deux objectifs d’informer les générations futures sur l’existence et le contenu du site de stockage à terre des déchets radioactifs de faible et de moyenne activité de Digulleville. " (" Conservation et transmission de la mémoire ")
" Aux États-Unis, sur le site de WIPP (Waste Isolation Pilot Plant), dans l'État du Nouveau Mexique, réservé aux déchets d'origine militaire, les chercheurs qui travaillent sur plusieurs milliers d'années envisagent de graver des messages - écrits, symboles et dessins - sur de gigantesques blocs de pierre. " (" Qui se souviendra de nos déchets nucléaires enfouis? ")
" So, for humans many generations hence, the major languages, customs and symbols of today may be indecipherable, even though the threat from casks of plutonium- or caesium-tainted waste will still be lethal. " (" Toxic legacy: Scientists ponder task of labelling nuclear waste ").
Traduction : " Ainsi pour l'humanité qui vivra à de nombreuses générations de la nôtre les principaux langages, usages et symboles d'aujourd'hui pourraient être incompréhensibles même si le danger de fûts de déchets contenant du plutonium ou du césium demeurera mortel. "
En France " Les nouvelles technologies de l’information ayant une évolution jugée trop rapide sur l’échelle de temps considérée, l’ANDRA a retenu le papier «permanent» comme support de ces informations. ", ceci pour le site de " stockage à terre des déchets radioactifs de faible et de moyenne activité de Digulleville ".
" Durant environ une vingtaine de générations, un dispositif doit perdurer afin que nos descendants puissent comprendre les phénomènes observés et remédier aux éventuels problèmes. " : nous déduirons qu'il s'agit de déchets à " vie courte " susceptibles de présenter des dangers sur 30 x 20 = 600 ans.
Quels travaux de maintenance du site, face à des infiltrations d'eau que nous n'aurions pas prévues par exemple, pourraient s'avérer indispensables dans 3 siècles ?
Sommes-nous certains qu'il y aura à ce moment sur place une civilisation et des conditions qui rendront ces travaux possibles ?
Admettons un instant que ce " papier permanent " remplirait son office face à divers aléas envisageables pour cette période, il n'offre a priori pas de garanties évidentes pour des stockages à plus long terme.
Comme l'envisagent les américains en viendrons-nous à graver des blocs de pierre ?
Quelques soient les pictogrammes utilisés rien ne nous garantit qu'ils seront interprétés de la façon à véhiculer le message que nous souhaitons les voir porter, et rien, même la multiplication de symboles différents vecteurs à nos yeux d'un sens voisin, ne peut nous le garantir avec certitude !
Mais ce n'est pas le seul problème : rien ne permet d'affirmer que de " gigantesques blocs de pierre " demeureraient visibles (à moins que ce gigantisme atteigne des tailles démesurées !) !
Car que le climat bascule de façon brutale ou lente il n'est pas interdit de penser qu'un endroit où aurait été installé un site de stockage pourrait dans un certain avenir être couvert d'une épaisseur de sédiments telle que ces blocs deviendraient invisibles, et l'on sait que le vent peut créer des dunes de taille respectable par exemple.
Qui, alors, hésiterait à creuser un puits dans un paysage apparemment sain ?
Et pourrait alors atteindre un endroit aux radiations mortelles ?
Mais le vent peut également éroder : n'est-il pas plausible qu'un de ces centres d'enfouissement à faible profondeur soit un jour décapé par l'érosion et qu'en émergent les conteneurs de stockage des déchets plus ou moins éventrés par les " gigantesques blocs de pierre " déposés au dessus pour les signaler ?
Dans ce cas cette érosion attaquerait ces conteneurs fragilisés par les flux de radiations reçus au cours de très longues périodes et les matières radioactives plus ou moins pulvérulentes pourraient se disperser au gré du vent et de l'eau.
Un basculement brusque du climat, avec une température moyenne s'élevant de 10°C en quelques années, n'est pas à exclure, nous l'avons appris.

Stries glaciaires (Université de Cincinnati)
La France serait devenue un désert encore parcouru d'incendies sporadiques éliminant petit à petit tout ce que pourraient enflammer les éclairs d'un orage sec sans que personne ne tente plus d'éteindre ces feux : nous serions tous partis vers des contrées moins torrides, où coulerait encore de l'eau, où l'on pourrait cultiver, vivre...
Le " papier permanent ", mémoire des déchets de Digulleville, aurait-il été emmené dans la débâcle ?
Aurons-nous pris soin de transporter avec nous cette mémoire ?
Ne pourrait-elle pas être oubliée dans l'exode, ou finir dans le camion abandonné par manque de carburant au bord d'une route et que personne ne reviendra chercher, tant de priorités vitales monopolisant les énergies... ?
Un tel départ massif se ferait-il dans un climat de paix ou de guerre ?
Qui serait prêt à accueillir une soixantaine de millions de français, plusieurs centaines de millions d'européens, de maghrébins, d'africains... et leur barda ?
Un " état français " existerait-il encore ?
Afin que nous ayons une certitude plus grande que ce " papier permanent " véhiculera vraiment la mémoire qu'il porte tout au long de ces 6 siècles à venir il faudrait peut-être envisager d'en placer quelques exemplaires dans une contrée nordique ?
Imaginons maintenant que divers épisodes climatiques se soient succédés, plongeons de 50 000 ans dans l'avenir.
Nous avions consciencieusement enterré nous déchets nucléaires : ici et là un peu partout sur Terre des " zones interdites " marquées par de " gigantesques blocs de pierre " gravés avec application devraient être évitées.
Malheureusement ces étonnantes pierres sont vénérées, on se presse autour d'elles...
Dans certaines contrées une glaciation est passée, elle a déplacé ces stèles que l'on trouve souvent renversées à de grandes distances de leur lieu d'origine.
3000 mètres de glace ont raboté ces lieux, parfois profondément, les déchets encore très actifs ont été dispersés, réduits en galets, grains, poussières, boues et couvrent de très grandes surfaces (qu'est-ce qu'un enfouissement à 50 mètres de profondeur pour un inlandsis qui applique ses 2700 tonnes par mètre carré et traîne tranquillement comme d'énormes particules abrasives des rocs de toutes tailles pendant des siècles ?).
La glace a fondu, très lentement, et des peuples sont revenus dans ces contrées.
On s'arrache les figurines métalliques que nos ancêtres, qui devaient vouer un culte à la mort très voisin du nôtre, avaient disséminé un peu partout : ces petites têtes de mort un peu bizarres nous fascinent...
Dans certaines régions on meurt jeune, d'étranges maladies...
Dans un tel futur hypothétique où l'humanité aurait survécu à bien des aléas mais n'aurait pu conserver la mémoire de notre époque qu'au travers de quelques vestiges sibyllins personne peut-être ne pourrait porter d'accusations nominatives, sur des personnes ou des époques : au fond des oubliettes du temps notre mémoire perdue ne pourrait être honnie.
Au prétexte que nous ne serons peut-être pas universellement maudits pour l'éternité pouvons-nous vraiment nous permettre de taveler la Terre de souillures mortelles ?
Sommes-nous véritablement contraints à faire appel à une énergie nucléaire si dangereuse à court, moyen et long terme ?







