mardi 7 février 2006
Entreprises, anti-démocratie, facteur d'instabilité
Par jcm, mardi 7 février 2006 à 22:17 :: Entreprises
Libre circulation des capitaux et mondialisation des échanges ont-elles placé un coin dans nos démocraties représentatives ?
Une nation est adossée à des valeurs symboliques, à un territoire sur lequel elle exerce sa souveraineté par un ensemble de moyens : il ne semble pas qu'une nation puisse exister sans valeurs symboliques, sans territoire, sans souveraineté et sans les moyens de l'exercer.
Que sont ces moyens ?
Ce sont tous les dispositifs par lesquels un état pourra exister, depuis la faculté de pouvoir se doter d'un gouvernement jusqu'à la capacité de financer ses actions en passant par l'élaboration de lois qui régiront les rapports entre les citoyens autant que le style des rapports entretenus avec les autres pays.
La capacité de financement d'un état implique en général un passage obligé par l'impôt : l'état doit se montrer capable de gérer dans l'esprit du plus grand intérêt général les flux financiers par lesquels la vie sera possible sur son territoire.
Il pourra interdire, réguler certains flux, laisser plus de liberté à d'autres flux : il se dote théoriquement des outils plus ou moins capables de lui permettre d'obtenir des résultats qui permettront à chaque citoyen d'accéder à un mode de vie correct.
On mesure aujourd'hui, et depuis trop d'années, combien cela est à la fois théorique et relativement inefficace : le chômage règne à un taux inacceptable, le nombre d'allocataires du RMI croît sans cesse, de plus en plus de travailleurs pauvres ne trouvent pas de logement, le nombre des SDF tend à la hausse...
Il y a donc en France, mais cela est également vrai dans d'autres pays, en Allemagne, en Suisse... des déséquilibres, des failles du système qui sont autant d'échecs de nos gouvernements : nos gouvernements n'ont pas su arbitrer en fonction du plus grand intérêt général, ce qui est un de leurs devoirs les plus impératifs.
Chômeurs, RMIstes, SDF, mais aussi toutes ces populations pauvres qui ne figurent dans aucun de ces trois chapitres mais néanmoins existent sont les mauvaises, les exécrables notes apposées sur le bulletin de nos gouvernants.
L'esprit dans lequel agissent nos gouvernants reflète plus ou moins l'esprit de ses électeurs : nos gouvernants sont fautifs, nous le sommes aussi dans une large mesure.
Il ne s'agit pas de se montrer (de temps en temps...) généreux et d'avoir de la compassion pour les populations défavorisées : il s'agit d'avoir un comportement juste, équitable, envers toutes les strates de population qui forment notre nation.
Ceci, bien sûr, dans le contexte mondial auquel notre pays ne peut échapper : il est une part du monde, il participe à ses échanges, tour à tour en bénéficie ou subit les conséquences d'échanges défavorables.
Un paramètre régulièrement mis en accusation face aux déséquilibres que nous constatons est cette fameuse ”croissance” de laquelle découlerait, si elle était toujours au rendez-vous à un taux suffisant (et donc élevé), un confort idéal pour tout le monde ou presque.
Cette croissance serait à la fois l'aliment et le reflet de l'activité du pays, dans un cycle auto-entretenu sur la base de ce seul ingrédient, auquel on ajouterait une vertu supposée caractériser le pays et ses habitants : le dynamisme.
Un pays dynamique connaît une bonne croissance, ses habitants sont des gens dynamiques, un pays qui n'a pas une croissance forte manque de dynamisme tout autant que ses habitants : un pays qui connaît des alternances de croissance forte et faible sera donc tour à tour dynamique ou atone, et l'on voit alors que les qualités intrinsèques de ses habitants ne seront jamais le dynamisme ou l'atonie.
Les habitants d'un pays en forte croissance ne sont pas des personnes dynamiques : ce sont des gens qui profitent de conditions favorables à leur plus ou moins grand enrichissement, parce-que ces conditions existent.
A l'inverse les citoyens d'un pays où régnerait une croissance faible ne sont pas des personnes intrinsèquement atones, incapables ou paresseuses (soupçonnerait-on certains chômeurs de cela ?) mais seulement des personnes qui ne parviennent pas à créer les conditions du confort auquel elles aspirent car elles ne trouvent pas la voie qui leur permettrait d'élever leur niveau de vie.
Ceci parce-que le gouvernement en place ne s'est pas montré capable de créer les ouvertures indispensables à l'existence de cette voie : la situation est bloquée, elle condamne à l'immobilisme.
Et nous revenons là à la mauvaise note sur le bulletin de nos gouvernants : ce sont les conditions d'exercice des activités, conditions sur lesquelles le gouvernement peut et doit travailler, qui se trouvent à la base de ce qui fera le plus ou moins grand confort partagé, un confort qui doit exister pour tous quelle que soit le niveau de croissance du moment.
Ce n'est donc pas un confort que l'on pourrait chiffrer en valeur absolue à une certaine somme d'une monnaie mais un confort qui refléterait un certain niveau d'équité et qui serait tel que, dans les conditions générales les plus défavorables, les moins bien pourvus pourraient continuer à vivre dignement, dans des conditions que chacun jugerait acceptables (ce qui est loin d'être aujourd'hui le cas).
L'un des moteurs essentiels de nos sociétés est l'entreprise : c'est par le biais de l'entreprise que se fait la ”création de richesse”, richesse qui est supposée profiter à tous les acteurs de l'entreprise, de l'actionnaire à l'employé.
Dans nos nations qui se montrent fortement attachées à leur régime démocratique nous remarquerons vite que l'entreprise n'applique en général jamais les principes de la démocratie.
L'influence de l'employé sur l'entreprise est du même ordre que celle de la machine : la défection du premier vaudra ce que vaut la panne de la seconde, et les deux seront évalués selon le même critère, leur productivité, avec le possible remplacement du premier par la seconde.
Cette interchangeabilité ne milite pas en faveur d'une éventuelle ”citoyenneté” de l'entreprise, au surplus celle-ci ne sera pas issue de la citoyenneté de ses employés.
Philosophiquement un citoyen dont l'attachement au principe de démocratie serait véritablement profond ne pourrait adhérer sans réticence au schéma de base de l'entreprise telle que nous la connaissons le plus souvent : la démocratie en est totalement absente, ce qui signifie en fait une dé-responsabilisation totale de l'employé vis à vis des actes et du devenir de l'entreprise.
Cette ”citoyenneté” d'une entreprise, pour autant qu'elle pourrait exister, devrait donc provenir d'une autre sphère que celle des employés : les dirigeants et les actionnaires en seraient-ils les acteurs ?
Ce pourrait être une option de leur part pour autant qu'ils seraient tous citoyens du même pays, dans le cas contraire ils pourraient au surplus se prétendre ”citoyens du monde”, avec une vision élaborée d'un tel statut et le souci affirmé d'œuvrer, d'abord et avant tout, pour le plus vaste intérêt général.
Car lorsqu'un citoyen prend la parole au nom de sa citoyenneté (et non en celui, par exemple, de sa corporation) ce doit être en principe avec un souci nettement marqué de l'intérêt général...
Mais nous avons vu que l'organisation de conditions équitables est du ressort des états : l'entreprise n'a aucune mission de cet ordre, elle doit, dans les conditions édictées par les états, se contenter d'être le lieu de production de richesses.
L'hypothèse selon laquelle les entreprises telles que nous les connaissons le plus généralement pourraient devenir ”citoyennes” ne semble pas tenable, ni non plus tenue : le domaine d'action de l'entreprise n'est plus la nation mais le monde, et l'on constate que les principaux devoirs auxquels obéissent aujourd'hui les entreprises consistent à assurer à la fois leur propre croissance et à rémunérer de façon aussi élevée que possible leurs dirigeants et leurs actionnaires, en jouant sur leur niveau de compétitivité dont la masse salariale est une variable d'ajustement.
Débrancher une machine et la revendre pour en acquérir une autre qui sera plus productive, licencier du personnel ici pour en employer d'autre ailleurs avec des salaires plus bas s'inscrit dans le même schéma d'équation, aussi bien qu'abandonner un secteur d'activité dont la rentabilité est jugée insuffisante par les actionnaires, même si cette rentabilité est positive.
Aucune démocratie, aucune équité, aucun partage équitable des revenus de l'entreprise ni aucun dispositif véritablement capable de permettre de faire participer équitablement tous les intervenants de l'entreprise aux
aléas, positifs comme négatifs, de sa vie.
L'entreprise est cette famille sauvage dans laquelle l'employé figure ce mauvais enfant dont on souhaiterait toujours se débarrasser car ”il coûte”.
Et toute entreprise dispose aujourd'hui d'assez grandes facilités pour y parvenir.
Entreprises et actionnaires ”capitalisent” à qui mieux mieux avec ce résultat, dénoncé par un certain nombre d'économistes, que leurs accumulations de capital sortent des circuits de l'économie et ne servent donc plus à générer de nouvelles productions de richesses : en général les entreprises utilisent ces capitaux à racheter leurs propres actions, afin à la fois de mieux échapper à des tentatives de rachat et de renforcer leur valeur boursière.
Ce ne sont donc plus des soucis de production de biens ou de services, richesses qui profiteraient éventuellement au plus grand nombre, qui forment la base des préoccupations des actionnaires et dirigeants d'entreprises mais le souci unique de leur propre enrichissement, et elles sont animées par des dynamiques d'accumulation et de stockage de capitaux au bénéfice de strates les plus aisées de la planète.
Ce mécanisme fonctionne ni plus ni moins que comme un système de drainage de très nombreuses petites économies (salaires et coûts de fonctionnement de plus en plus bas), dans lequel le produit que fabrique l'entreprise n'a plus que ce double rôle d'être un support à ces économies et de constituer le point d'entrée d'une part des capitaux vers les actionnaires, l'autre point d'entrée étant fait de la valorisation boursière.
Ce drainage provoque simultanément l'enrichissement des uns et la paupérisation des autres.
Et l'on en vient à penser que ce n'est pas la croissance qui poserait problème à certaines économies, mais bien plutôt cette possibilité dont disposent les entreprises de pratiquer de tels drainages.
Comment remédier à cela, peut-on se passer des entreprises, et dans ce cas dans quel type d'économie basculerait-on ?
Une économie planifiée de type soviétique ?
Nous avons vu ce qu'un tel système peut donner comme résultats et l'idée risque de ne pas susciter d'enthousiasmes démesurés, ne nous arrêtons donc pas à cette solution et observons qu'il en existe au moins une autre dans laquelle l'employé n'est pas infantilisé, qu'il jouit d'une responsabilité équitablement partagée entre TOUS les acteurs de l'entreprise, pour laquelle il est également actionnaire et donc ”décideur”, même si son pouvoir de décision est seulement une parcelle déléguée du pouvoir qui sera exercé in fine.
Comparons la géographie d'une telle entreprise, qui est de type SCOP (Société Coopérative Ouvrière de Production), à celle d'une entreprise semblable à la plupart de celles que nous connaissons, et que nous appellerons ”entreprises à groupes d'actionnaires externes”.
Ces dernières sont le siège d'une hyper-spécialisation : il y a une grande distance entre l'actionnaire et l'employé, même si celui-ci peut parfois détenir quelques actions de sa société, mais pour un niveau d'actionnariat qui n'a rien de significatif dans la mesure où il ne lui confère aucun pouvoir de décision.
L' entreprises à groupes d'actionnaires externes est constituée principalement de deux sphères distantes, celle des actionnaires pleinement responsables au niveau de la destination des capitaux générés par l'entreprise, l'autre sphère étant celle dont la seule vocation est de produire, sans la moindre parcelle d'un autre type de responsabilité (et qui doit donc être organisée dans l'optique de l'application de cette seule responsabilité, avec dé-responsabilisation totale vis à vis d'autres préoccupations afin qu'il ne puisse se produire d'interactions qui ne seraient pas profitables aux actionnaires).
Entre ces deux sphères les dirigeants constituent un lien, en fait un canal à double sens par lequel transiteront les flux de capitaux, avec une valeur positive croissante de la production vers l'actionnaire, et dans l'autre sens les directives des actionnaires.
L'instance dirigeante traduit ces directives, en fait l'exigence simple de l'actionnaire (accroître l'enrichissement), en dispositions susceptibles de les satisfaire.
Effectivement dans un tel schéma la masse salariale peut constituer une variable d'ajustement sur laquelle ou pourra jouer dans les limites que les états pourront juger acceptables, qu'il s'agisse ici de se conformer aux règles d'un état en particulier ou de respecter des dispositions internationales dont nous savons qu'elles laissent aux entreprises de très vastes libertés.
Ainsi l'on fermera une usine ici pour la transférer dans un pays au coût de main d'œuvre inférieur.
On considérera que l'implantation d'une nouvelle activité dans un pays où elle n'existait provoquera un enrichissement local bienvenu, au détriment de l'appauvrissement du lieu d'où l'on a supprimé cette activité, et le fait est indéniable en général.
Mais le développement, que l'on souhaiterait en général durable, doit-il consister à déshabiller Pierre pour habiller Paul ?
En sachant que demain on déshabillera probablement Paul car, ailleurs, Jacques sera devenu plus rentable...
La géographie d'une SCOP est plus simple encore : une seule sphère, un seul organisme qui a tout intérêt à préserver efficacement son équilibre interne en tenant compte des équilibres extérieurs desquels il dépend.
Un organisme dans lequel le partage est très poussé, qui ne s'accommodera de l'irresponsabilité de personne et dont pertes et profits seront équitablement partagés.
Par définition ce système ne se prête pas au licenciement dé localisateur : il ne le permet pas mais n'exclut pas la possibilité de collaborations avec l'étranger, l'ouverture d'implantations à l'étranger.
Une Scop peut donc participer au développement de pays moins avancés que les nôtres, mais toujours dans le cadre du type de structure qui leur est propre.
Une Scop peut donc avoir un développement multinational mais sans pouvoir se permettre les comportements que l'on pourrait reprocher aux multinationale conventionnelles : elles conserveront un actionnariat équitablement réparti, une structure dans laquelle les décisions seront collégiales et dans laquelle les collaborateurs seront co-responsables des décisions et du devenir de l'entreprise.
Une Scop ne se comportera donc jamais en prédatrice de son propre effectif, ni en prédatrice d'un lieu ou d'un pays, reproche que l'on pourrait faire à des entreprises venues s'implanter en certains lieux avec le bénéfice de grandes facilités financières de la part de collectivités territoriales puis ont pris la poudre d'escampette vers des territoires à coûts de main d'œuvre inférieurs.
Sans ancrage géographique définissable, le plus souvent sans autre identité véritable que leurs données financières (car les actionnaires peuvent être des structures financières variées et non des individus) les entreprises à groupes d'actionnaires externes cumulent tous les motifs à ne pas avoir de dimension citoyenne et lorsqu'elles souhaiteront s'en conférer une ce sera un effet cosmétique lié à une nécessité marketing (par exemple l'entreprise que l'on sait polluante mais qui se dote d'un département largement médiatisé de ”protection de la nature” sans pour autant mettre un frein à ses activités polluantes).
A l'opposé une Scop est ancrée dans la réalité du lieu où elle se trouve parce-que cette entreprise est à la fois la propriété et l'émanation de chacune de ses participants, et cela sur la base de ce qui constitue nos démocraties : exercice partagé de la souveraineté.
Exercice exigeant qui permet de partager le pire et le meilleur, l'effervescence des périodes de croissance et l'atonie des moments de récession : lorsque les temps seront difficiles pour une Scop ils le seront pour tous en son sein mais aucun club d'actionnaires ne pourra se payer sur le dos du personnel en liquidant les actifs.
Il semble donc que la structure d'entreprise qui offrirait les meilleures garanties de développement équilibré d'un territoire sur le long terme serait la Scop, structure qui, du fait de son ancrage et de son mode de fonctionnement, semble avoir toutes les chances de pouvoir être ”citoyenne”.
Le phénomène de prédation (drainage de capitaux) que pratiquent les entreprises à groupes d'actionnaires est bien connu de tous (même s'il n'est en général pas dénoncé comme tel) : les états, leurs dirigeants ne peuvent l'ignorer.
La taxation des flux de capitaux n'est pas à l'ordre du jour et nul ne voit se dessiner un stratagème qui permettrait de freiner ces drainages et de mieux répartir les bénéfices des entreprises, or si une entreprise peut enrichir elle peut à un autre moment appauvrir : elle n'est pas un facteur d'équilibre durable pour un territoire quel qu'il soit, puisqu'elle est très volatile, nomade.
Il est d'ailleurs curieux de constater que dans le monde entier s'est pratiquée depuis très longtemps une lutte contre le nomadisme, par fixation de frontières, tentatives plus ou moins bienveillantes de sédentarisation… et de voir à quel point on peut aujourd'hui non seulement se satisfaire mais se réjouir du nomadisme des entreprises "conquérantes" qui accroissent leur "compétitivité" en se délocalisant.
Si un gouvernement a pu parier pendant un certain temps que la volatilité des entreprises trouvera un équilibre, la compensation se faisant entre des entreprises qui se créent ou arrivent sur le territoire et celles qui le quittent, parce-que ce territoire dispose de certains atouts (par exemple haute qualité de la main d'œuvre, forte technicité...) il faut se rendre à l'évidence : un certain nombre de ces qualités fort appréciées des entreprises se généralisent et une qualité devenue majeure est le faible coût de la main d'œuvre.
Ce pari deviendra de plus en plus intenable, néanmoins il est indispensable de préserver des revenus pour une nation et ses habitants, de trouver des situations d'équilibre aussi équitables que possible, ce qui n'est à ce jour pas réalisé dans de très nombreux pays.
Et le jeu ne doit pas être conjoncturel, se faisant par exemple à renfort de barrières fiscales et douanières, subventions, exonérations... : il doit être structurel.
C'est la solidité des institutions et des structures sur lesquelles vit la société qui doit permettre la bonne tenue de cette société par tous les vents.
On s'étonne alors que les gouvernements successifs n'assurent pas la promotion et le développement d'entreprises de type Scop, qui offriraient un certain nombre de garanties de stabilité.
On s'étonne aussi que des gouvernements privatisent de façon plus ou moins ouverte des pans du secteur public (en sachant que l'actionnaire demandera toujours plus de dividendes et donc que l'évasion de capitaux sera forte, au détriment des employés comme à celui des utilisateurs du service) sans la moindre ouverture vers des structures de type Scop...
La Scop Mondragon
Les stratégies économiques émergeantes pourraient permettre à la fois d’élargir la démocratie et de faire progresser la protection de l’environnement.
Et la tentative d'OPA de Mittal Steel sur Arcelor devrait nous mettre la puce à l'oreille : il existe, et il existera de plus en plus, de très puissantes entreprises issues de pays hier pauvres.
Il va se produire un basculement mondial : les centres de richesse vont se déplacer de l'Occident vers l'Orient, nous assistons au début de ce mouvement.
La structure de nos sociétés, de nos systèmes financiers et entrepreneuriaux le permet, et ils ne sont pas basés sur des critères d'équité.
La France hier quatrième pays parmi les plus riches de la planète aurait régressé au 6 ou 7ème rang : ainsi risque-t-il d'en être de notre confort, en régression accélérée.
Il y a 30 ans un jeune trouvait son premier emploi stable en quelques mois au plus, aujourd'hui il lui faut plusieurs années en moyenne, et de nombreux autre indicateurs nous signalent un certain nombre de dégradations de notre société.
La menace de tensions croissantes sur le prix des matières premières et des énergies, qu'il faut considérer avec beaucoup de sérieux, nous laisse difficilement entrevoir un avenir radieux et d'autres causes pourraient participer à notre appauvrissement, notamment la multiplication des catastrophes ”naturelles” mais que nous participons à provoquer.
(225 milliards de dollars US)
Serait-il encore temps que nous reconsidérions certaines de nos façons d'agir et d'organiser notre avenir ?
Une nation est adossée à des valeurs symboliques, à un territoire sur lequel elle exerce sa souveraineté par un ensemble de moyens : il ne semble pas qu'une nation puisse exister sans valeurs symboliques, sans territoire, sans souveraineté et sans les moyens de l'exercer.
Que sont ces moyens ?
Ce sont tous les dispositifs par lesquels un état pourra exister, depuis la faculté de pouvoir se doter d'un gouvernement jusqu'à la capacité de financer ses actions en passant par l'élaboration de lois qui régiront les rapports entre les citoyens autant que le style des rapports entretenus avec les autres pays.
La capacité de financement d'un état implique en général un passage obligé par l'impôt : l'état doit se montrer capable de gérer dans l'esprit du plus grand intérêt général les flux financiers par lesquels la vie sera possible sur son territoire.
Il pourra interdire, réguler certains flux, laisser plus de liberté à d'autres flux : il se dote théoriquement des outils plus ou moins capables de lui permettre d'obtenir des résultats qui permettront à chaque citoyen d'accéder à un mode de vie correct.
On mesure aujourd'hui, et depuis trop d'années, combien cela est à la fois théorique et relativement inefficace : le chômage règne à un taux inacceptable, le nombre d'allocataires du RMI croît sans cesse, de plus en plus de travailleurs pauvres ne trouvent pas de logement, le nombre des SDF tend à la hausse...
Il y a donc en France, mais cela est également vrai dans d'autres pays, en Allemagne, en Suisse... des déséquilibres, des failles du système qui sont autant d'échecs de nos gouvernements : nos gouvernements n'ont pas su arbitrer en fonction du plus grand intérêt général, ce qui est un de leurs devoirs les plus impératifs.
Chômeurs, RMIstes, SDF, mais aussi toutes ces populations pauvres qui ne figurent dans aucun de ces trois chapitres mais néanmoins existent sont les mauvaises, les exécrables notes apposées sur le bulletin de nos gouvernants.
L'esprit dans lequel agissent nos gouvernants reflète plus ou moins l'esprit de ses électeurs : nos gouvernants sont fautifs, nous le sommes aussi dans une large mesure.
Il ne s'agit pas de se montrer (de temps en temps...) généreux et d'avoir de la compassion pour les populations défavorisées : il s'agit d'avoir un comportement juste, équitable, envers toutes les strates de population qui forment notre nation.
Ceci, bien sûr, dans le contexte mondial auquel notre pays ne peut échapper : il est une part du monde, il participe à ses échanges, tour à tour en bénéficie ou subit les conséquences d'échanges défavorables.
Un paramètre régulièrement mis en accusation face aux déséquilibres que nous constatons est cette fameuse ”croissance” de laquelle découlerait, si elle était toujours au rendez-vous à un taux suffisant (et donc élevé), un confort idéal pour tout le monde ou presque.
Cette croissance serait à la fois l'aliment et le reflet de l'activité du pays, dans un cycle auto-entretenu sur la base de ce seul ingrédient, auquel on ajouterait une vertu supposée caractériser le pays et ses habitants : le dynamisme.
Un pays dynamique connaît une bonne croissance, ses habitants sont des gens dynamiques, un pays qui n'a pas une croissance forte manque de dynamisme tout autant que ses habitants : un pays qui connaît des alternances de croissance forte et faible sera donc tour à tour dynamique ou atone, et l'on voit alors que les qualités intrinsèques de ses habitants ne seront jamais le dynamisme ou l'atonie.
Les habitants d'un pays en forte croissance ne sont pas des personnes dynamiques : ce sont des gens qui profitent de conditions favorables à leur plus ou moins grand enrichissement, parce-que ces conditions existent.
A l'inverse les citoyens d'un pays où régnerait une croissance faible ne sont pas des personnes intrinsèquement atones, incapables ou paresseuses (soupçonnerait-on certains chômeurs de cela ?) mais seulement des personnes qui ne parviennent pas à créer les conditions du confort auquel elles aspirent car elles ne trouvent pas la voie qui leur permettrait d'élever leur niveau de vie.
Ceci parce-que le gouvernement en place ne s'est pas montré capable de créer les ouvertures indispensables à l'existence de cette voie : la situation est bloquée, elle condamne à l'immobilisme.
Et nous revenons là à la mauvaise note sur le bulletin de nos gouvernants : ce sont les conditions d'exercice des activités, conditions sur lesquelles le gouvernement peut et doit travailler, qui se trouvent à la base de ce qui fera le plus ou moins grand confort partagé, un confort qui doit exister pour tous quelle que soit le niveau de croissance du moment.
Ce n'est donc pas un confort que l'on pourrait chiffrer en valeur absolue à une certaine somme d'une monnaie mais un confort qui refléterait un certain niveau d'équité et qui serait tel que, dans les conditions générales les plus défavorables, les moins bien pourvus pourraient continuer à vivre dignement, dans des conditions que chacun jugerait acceptables (ce qui est loin d'être aujourd'hui le cas).
L'un des moteurs essentiels de nos sociétés est l'entreprise : c'est par le biais de l'entreprise que se fait la ”création de richesse”, richesse qui est supposée profiter à tous les acteurs de l'entreprise, de l'actionnaire à l'employé.
Dans nos nations qui se montrent fortement attachées à leur régime démocratique nous remarquerons vite que l'entreprise n'applique en général jamais les principes de la démocratie.
L'influence de l'employé sur l'entreprise est du même ordre que celle de la machine : la défection du premier vaudra ce que vaut la panne de la seconde, et les deux seront évalués selon le même critère, leur productivité, avec le possible remplacement du premier par la seconde.
Cette interchangeabilité ne milite pas en faveur d'une éventuelle ”citoyenneté” de l'entreprise, au surplus celle-ci ne sera pas issue de la citoyenneté de ses employés.
Philosophiquement un citoyen dont l'attachement au principe de démocratie serait véritablement profond ne pourrait adhérer sans réticence au schéma de base de l'entreprise telle que nous la connaissons le plus souvent : la démocratie en est totalement absente, ce qui signifie en fait une dé-responsabilisation totale de l'employé vis à vis des actes et du devenir de l'entreprise.
Cette ”citoyenneté” d'une entreprise, pour autant qu'elle pourrait exister, devrait donc provenir d'une autre sphère que celle des employés : les dirigeants et les actionnaires en seraient-ils les acteurs ?
Ce pourrait être une option de leur part pour autant qu'ils seraient tous citoyens du même pays, dans le cas contraire ils pourraient au surplus se prétendre ”citoyens du monde”, avec une vision élaborée d'un tel statut et le souci affirmé d'œuvrer, d'abord et avant tout, pour le plus vaste intérêt général.
Car lorsqu'un citoyen prend la parole au nom de sa citoyenneté (et non en celui, par exemple, de sa corporation) ce doit être en principe avec un souci nettement marqué de l'intérêt général...
Mais nous avons vu que l'organisation de conditions équitables est du ressort des états : l'entreprise n'a aucune mission de cet ordre, elle doit, dans les conditions édictées par les états, se contenter d'être le lieu de production de richesses.
L'hypothèse selon laquelle les entreprises telles que nous les connaissons le plus généralement pourraient devenir ”citoyennes” ne semble pas tenable, ni non plus tenue : le domaine d'action de l'entreprise n'est plus la nation mais le monde, et l'on constate que les principaux devoirs auxquels obéissent aujourd'hui les entreprises consistent à assurer à la fois leur propre croissance et à rémunérer de façon aussi élevée que possible leurs dirigeants et leurs actionnaires, en jouant sur leur niveau de compétitivité dont la masse salariale est une variable d'ajustement.
Débrancher une machine et la revendre pour en acquérir une autre qui sera plus productive, licencier du personnel ici pour en employer d'autre ailleurs avec des salaires plus bas s'inscrit dans le même schéma d'équation, aussi bien qu'abandonner un secteur d'activité dont la rentabilité est jugée insuffisante par les actionnaires, même si cette rentabilité est positive.
Aucune démocratie, aucune équité, aucun partage équitable des revenus de l'entreprise ni aucun dispositif véritablement capable de permettre de faire participer équitablement tous les intervenants de l'entreprise aux
aléas, positifs comme négatifs, de sa vie.
L'entreprise est cette famille sauvage dans laquelle l'employé figure ce mauvais enfant dont on souhaiterait toujours se débarrasser car ”il coûte”.
Et toute entreprise dispose aujourd'hui d'assez grandes facilités pour y parvenir.
Entreprises et actionnaires ”capitalisent” à qui mieux mieux avec ce résultat, dénoncé par un certain nombre d'économistes, que leurs accumulations de capital sortent des circuits de l'économie et ne servent donc plus à générer de nouvelles productions de richesses : en général les entreprises utilisent ces capitaux à racheter leurs propres actions, afin à la fois de mieux échapper à des tentatives de rachat et de renforcer leur valeur boursière.
Ce ne sont donc plus des soucis de production de biens ou de services, richesses qui profiteraient éventuellement au plus grand nombre, qui forment la base des préoccupations des actionnaires et dirigeants d'entreprises mais le souci unique de leur propre enrichissement, et elles sont animées par des dynamiques d'accumulation et de stockage de capitaux au bénéfice de strates les plus aisées de la planète.
Ce mécanisme fonctionne ni plus ni moins que comme un système de drainage de très nombreuses petites économies (salaires et coûts de fonctionnement de plus en plus bas), dans lequel le produit que fabrique l'entreprise n'a plus que ce double rôle d'être un support à ces économies et de constituer le point d'entrée d'une part des capitaux vers les actionnaires, l'autre point d'entrée étant fait de la valorisation boursière.
Ce drainage provoque simultanément l'enrichissement des uns et la paupérisation des autres.
Et l'on en vient à penser que ce n'est pas la croissance qui poserait problème à certaines économies, mais bien plutôt cette possibilité dont disposent les entreprises de pratiquer de tels drainages.
Comment remédier à cela, peut-on se passer des entreprises, et dans ce cas dans quel type d'économie basculerait-on ?
Une économie planifiée de type soviétique ?
Nous avons vu ce qu'un tel système peut donner comme résultats et l'idée risque de ne pas susciter d'enthousiasmes démesurés, ne nous arrêtons donc pas à cette solution et observons qu'il en existe au moins une autre dans laquelle l'employé n'est pas infantilisé, qu'il jouit d'une responsabilité équitablement partagée entre TOUS les acteurs de l'entreprise, pour laquelle il est également actionnaire et donc ”décideur”, même si son pouvoir de décision est seulement une parcelle déléguée du pouvoir qui sera exercé in fine.
Comparons la géographie d'une telle entreprise, qui est de type SCOP (Société Coopérative Ouvrière de Production), à celle d'une entreprise semblable à la plupart de celles que nous connaissons, et que nous appellerons ”entreprises à groupes d'actionnaires externes”.
Ces dernières sont le siège d'une hyper-spécialisation : il y a une grande distance entre l'actionnaire et l'employé, même si celui-ci peut parfois détenir quelques actions de sa société, mais pour un niveau d'actionnariat qui n'a rien de significatif dans la mesure où il ne lui confère aucun pouvoir de décision.
L' entreprises à groupes d'actionnaires externes est constituée principalement de deux sphères distantes, celle des actionnaires pleinement responsables au niveau de la destination des capitaux générés par l'entreprise, l'autre sphère étant celle dont la seule vocation est de produire, sans la moindre parcelle d'un autre type de responsabilité (et qui doit donc être organisée dans l'optique de l'application de cette seule responsabilité, avec dé-responsabilisation totale vis à vis d'autres préoccupations afin qu'il ne puisse se produire d'interactions qui ne seraient pas profitables aux actionnaires).
Entre ces deux sphères les dirigeants constituent un lien, en fait un canal à double sens par lequel transiteront les flux de capitaux, avec une valeur positive croissante de la production vers l'actionnaire, et dans l'autre sens les directives des actionnaires.
L'instance dirigeante traduit ces directives, en fait l'exigence simple de l'actionnaire (accroître l'enrichissement), en dispositions susceptibles de les satisfaire.
Effectivement dans un tel schéma la masse salariale peut constituer une variable d'ajustement sur laquelle ou pourra jouer dans les limites que les états pourront juger acceptables, qu'il s'agisse ici de se conformer aux règles d'un état en particulier ou de respecter des dispositions internationales dont nous savons qu'elles laissent aux entreprises de très vastes libertés.
Ainsi l'on fermera une usine ici pour la transférer dans un pays au coût de main d'œuvre inférieur.
On considérera que l'implantation d'une nouvelle activité dans un pays où elle n'existait provoquera un enrichissement local bienvenu, au détriment de l'appauvrissement du lieu d'où l'on a supprimé cette activité, et le fait est indéniable en général.
Mais le développement, que l'on souhaiterait en général durable, doit-il consister à déshabiller Pierre pour habiller Paul ?
En sachant que demain on déshabillera probablement Paul car, ailleurs, Jacques sera devenu plus rentable...
La géographie d'une SCOP est plus simple encore : une seule sphère, un seul organisme qui a tout intérêt à préserver efficacement son équilibre interne en tenant compte des équilibres extérieurs desquels il dépend.
Un organisme dans lequel le partage est très poussé, qui ne s'accommodera de l'irresponsabilité de personne et dont pertes et profits seront équitablement partagés.
Par définition ce système ne se prête pas au licenciement dé localisateur : il ne le permet pas mais n'exclut pas la possibilité de collaborations avec l'étranger, l'ouverture d'implantations à l'étranger.
Une Scop peut donc participer au développement de pays moins avancés que les nôtres, mais toujours dans le cadre du type de structure qui leur est propre.
Une Scop peut donc avoir un développement multinational mais sans pouvoir se permettre les comportements que l'on pourrait reprocher aux multinationale conventionnelles : elles conserveront un actionnariat équitablement réparti, une structure dans laquelle les décisions seront collégiales et dans laquelle les collaborateurs seront co-responsables des décisions et du devenir de l'entreprise.
Une Scop ne se comportera donc jamais en prédatrice de son propre effectif, ni en prédatrice d'un lieu ou d'un pays, reproche que l'on pourrait faire à des entreprises venues s'implanter en certains lieux avec le bénéfice de grandes facilités financières de la part de collectivités territoriales puis ont pris la poudre d'escampette vers des territoires à coûts de main d'œuvre inférieurs.
Sans ancrage géographique définissable, le plus souvent sans autre identité véritable que leurs données financières (car les actionnaires peuvent être des structures financières variées et non des individus) les entreprises à groupes d'actionnaires externes cumulent tous les motifs à ne pas avoir de dimension citoyenne et lorsqu'elles souhaiteront s'en conférer une ce sera un effet cosmétique lié à une nécessité marketing (par exemple l'entreprise que l'on sait polluante mais qui se dote d'un département largement médiatisé de ”protection de la nature” sans pour autant mettre un frein à ses activités polluantes).
A l'opposé une Scop est ancrée dans la réalité du lieu où elle se trouve parce-que cette entreprise est à la fois la propriété et l'émanation de chacune de ses participants, et cela sur la base de ce qui constitue nos démocraties : exercice partagé de la souveraineté.
Exercice exigeant qui permet de partager le pire et le meilleur, l'effervescence des périodes de croissance et l'atonie des moments de récession : lorsque les temps seront difficiles pour une Scop ils le seront pour tous en son sein mais aucun club d'actionnaires ne pourra se payer sur le dos du personnel en liquidant les actifs.
Il semble donc que la structure d'entreprise qui offrirait les meilleures garanties de développement équilibré d'un territoire sur le long terme serait la Scop, structure qui, du fait de son ancrage et de son mode de fonctionnement, semble avoir toutes les chances de pouvoir être ”citoyenne”.
Le phénomène de prédation (drainage de capitaux) que pratiquent les entreprises à groupes d'actionnaires est bien connu de tous (même s'il n'est en général pas dénoncé comme tel) : les états, leurs dirigeants ne peuvent l'ignorer.
La taxation des flux de capitaux n'est pas à l'ordre du jour et nul ne voit se dessiner un stratagème qui permettrait de freiner ces drainages et de mieux répartir les bénéfices des entreprises, or si une entreprise peut enrichir elle peut à un autre moment appauvrir : elle n'est pas un facteur d'équilibre durable pour un territoire quel qu'il soit, puisqu'elle est très volatile, nomade.
Il est d'ailleurs curieux de constater que dans le monde entier s'est pratiquée depuis très longtemps une lutte contre le nomadisme, par fixation de frontières, tentatives plus ou moins bienveillantes de sédentarisation… et de voir à quel point on peut aujourd'hui non seulement se satisfaire mais se réjouir du nomadisme des entreprises "conquérantes" qui accroissent leur "compétitivité" en se délocalisant.
Si un gouvernement a pu parier pendant un certain temps que la volatilité des entreprises trouvera un équilibre, la compensation se faisant entre des entreprises qui se créent ou arrivent sur le territoire et celles qui le quittent, parce-que ce territoire dispose de certains atouts (par exemple haute qualité de la main d'œuvre, forte technicité...) il faut se rendre à l'évidence : un certain nombre de ces qualités fort appréciées des entreprises se généralisent et une qualité devenue majeure est le faible coût de la main d'œuvre.
Ce pari deviendra de plus en plus intenable, néanmoins il est indispensable de préserver des revenus pour une nation et ses habitants, de trouver des situations d'équilibre aussi équitables que possible, ce qui n'est à ce jour pas réalisé dans de très nombreux pays.
Et le jeu ne doit pas être conjoncturel, se faisant par exemple à renfort de barrières fiscales et douanières, subventions, exonérations... : il doit être structurel.
C'est la solidité des institutions et des structures sur lesquelles vit la société qui doit permettre la bonne tenue de cette société par tous les vents.
On s'étonne alors que les gouvernements successifs n'assurent pas la promotion et le développement d'entreprises de type Scop, qui offriraient un certain nombre de garanties de stabilité.
On s'étonne aussi que des gouvernements privatisent de façon plus ou moins ouverte des pans du secteur public (en sachant que l'actionnaire demandera toujours plus de dividendes et donc que l'évasion de capitaux sera forte, au détriment des employés comme à celui des utilisateurs du service) sans la moindre ouverture vers des structures de type Scop...
La Scop Mondragon
Les stratégies économiques émergeantes pourraient permettre à la fois d’élargir la démocratie et de faire progresser la protection de l’environnement.
Et la tentative d'OPA de Mittal Steel sur Arcelor devrait nous mettre la puce à l'oreille : il existe, et il existera de plus en plus, de très puissantes entreprises issues de pays hier pauvres.
Il va se produire un basculement mondial : les centres de richesse vont se déplacer de l'Occident vers l'Orient, nous assistons au début de ce mouvement.
La structure de nos sociétés, de nos systèmes financiers et entrepreneuriaux le permet, et ils ne sont pas basés sur des critères d'équité.
La France hier quatrième pays parmi les plus riches de la planète aurait régressé au 6 ou 7ème rang : ainsi risque-t-il d'en être de notre confort, en régression accélérée.
Il y a 30 ans un jeune trouvait son premier emploi stable en quelques mois au plus, aujourd'hui il lui faut plusieurs années en moyenne, et de nombreux autre indicateurs nous signalent un certain nombre de dégradations de notre société.
La menace de tensions croissantes sur le prix des matières premières et des énergies, qu'il faut considérer avec beaucoup de sérieux, nous laisse difficilement entrevoir un avenir radieux et d'autres causes pourraient participer à notre appauvrissement, notamment la multiplication des catastrophes ”naturelles” mais que nous participons à provoquer.
Selon le bilan annuel des catastrophes naturelles publié par le deuxième réassureur Swiss Re, les catastrophes naturelles et techniques ont entraîné des dommages totaux d'un montant de quelque 225 milliards de dollars US.
(225 milliards de dollars US)
Serait-il encore temps que nous reconsidérions certaines de nos façons d'agir et d'organiser notre avenir ?



