! d e s p u n a i s e s d a n s l a t ê t e
?

Intelliblug

Aller au contenu
Aller au menu
Aller à la recherche

samedi 21 octobre 2006

Scénario de croissance pour atteindre la croissance zéro (la décroissance ?)

Les politiques nous parlent de la croissance sous toutes ses coutures, se piquent tous de l'aiguillonner : à oublier le "dé" ils finiront par se blesser...

Quels habits préparent-ils au monde de demain, sur la base d'un monde de maintenant déjà très profondément déséquilibré à de nombreux points de vue, avec cette croissance continue, forte et perpétuelle dont nous savons tous qu'elle est impossible à terme, quelle que soit la couture sous laquelle on l'examine ?

Un monde plus pollué, aux climats de plus en plus bouleversés et de plus en plus vide d'espèces tandis que les humains y seront de plus en plus nombreux, et donc selon le schéma actuel de plus en plus nombreux à gaspiller des ressources limitées ?

Un océan surpêché aux eaux de plus en plus acides (CO2 oblige) et donc de moins en moins productif, avec des stocks de morue qui ne se renouvellent toujours pas depuis plus de 20 ans en dépit d'une diminution de la pression de pêche sur cette espèce, et des stocks de nombreuses autres espèces en diminution constante parfois pêchées jusqu'au delà de leur taux de renouvellement...

En limitant la pression de pêche sur la morue les institutions internationales ont organisé la décroissance d'un secteur : il faut bien voir qu'elles y ont été contraintes par la raréfaction extrême de la ressource, et cette limitation de la pression de pêche aurait dû intervenir plusieurs dizaines d'années plus tôt.

Cette limitation est donc intervenue à un moment où le déraisonnable avait déjà été atteint : la "raison humaine" a été prise en défaut, c'est une faillite de notre fameuse intelligence.

Et un tel "déraisonnable" est peut-être déjà dépassé dans un certain nombre d'autres cas, d'autres domaines, ce qui doit nous conduire à modifier profondément nos relations à ces domaines, nos façons d'agir, et à remettre en cause un certain nombre de nos "besoins".

Si le monde a eu pendant un temps aujourd'hui révolu "besoin" d'un certain tonnage annuel de morue, il a de fait revu ce "besoin" à la baisse, par la force des choses : il faudra qu'il en soit ainsi pour d'autres poissons, et pour d'autres besoins de toutes sortes.

Et le monde a survécu à cette décroissance effective des pêches et ventes de morue : si toute décroissance n'est pas "mortelle" la décroissance de la stabilité du monde, déjà si mal affirmée, risque de l'être.

Et cette stabilité du monde repose en grande partie sur la conception que chacun peut se faire de ses "besoins", dont la satisfaction se résoud dans une course à l'appropriation "d'avantages" dont d'autres ne pourront pas bénéficier, ou dont ils bénéficieront à un moindre niveau.

Oui, certains poissons sont coûteux, et tout le monde ne peut pas s'offrir une brandade de morue chaque jour, ni 200 grammes de steack.

De même toutes les familles du monde ne pourront posséder 2 ou 3 voitures sous peine d'un accroissement de très nombreuses pollutions, et ceci même si la pile à combustible devenait la règle.

Cela revient à dire que certains niveaux de croissance et de développement ne seront pas envisageables pour une part importante de l'humanité : il lui faudra savoir vivre sans.

Mais ce que cette part de l'humanité devra accepter sous la forme d'un renoncement, nous serons également contraints d'y venir tôt ou tard avec plus ou moins de difficultés, de blessures, de frustrations : il n'y a de frustration que dans ce que nous refusons d'admettre...

Nous y viendrons tôt si nous agissons avec raison afin d'éviter les phénomènes qui nous y contraindraient, tard si nous laissons se développer ces phénomènes, qui sont assez bien illustrés par ce qu'il se produit dans le secteur de la pêche.

Soit nous anticiperons des contraintes à venir, qui seront fortes, en modifiant de façon raisonnable et raisonnée nos modes de vie, soit nous devrons affronter des difficultés importantes sans s'y être préparés.

C'est une façon de dire que, dans bien des cas, il nous reste un peu de temps afin de mettre en place des solutions différentes.

Depuis environ deux siècles nous n'avons pas été formés à envisager un monde sans croissance - et sans les batailles qu'elle engendre.

Il faudra que nous y venions : ce ne sera pas nécessairement facile, comme fût difficile pour les pêcheries de morue la diminution importantes des flottes, des emplois, et il ne serait pas possible de passer du jour au lendemain d'un monde de croissance à un monde sans croissance, celle-ci s'évaluant à l'évolution du Produit Intérieur Brut de chaque pays.

Le passage de la croissance continue à une croissance nulle devra se faire en tenant compte d'abord et avant tout de nos besoins essentiels : s'alimenter, se soigner, se cultiver, se chauffer... vivre en somme.

Il est au moins un secteur ou nous devons - nous nous y sommes engagés - mettre en place des dynamiques de décroissance : la décroissance de nos émissions de gaz à effet de serre qui, aujourd'hui, avec les technologies à notre disposition dès maintenant, rime avec la décroissance de notre consommation d'énergies fossiles (nous devrions peut-être nous inquiéter des impacts de ces émissions : Le Groenland perd 100 milliards de tonnes de glace par an et j'en profite pour placer un lien vers un blog que j'aime bien).

Il nous faut donc renoncer à utiliser ces énergies fossiles dans un certain nombre de cas, c'est l'un de nos renoncements prioritaires, auquel correspondra une diminution du PIB pour la part liés à ces énergies.

Un débat a récemment eu lieu sur cette question sur Carnets de Nuit et j'ai notamment lu sous la signature de Casabaldi : "un point de PIB supplémentaire implique un accroissement des émissions de GES" (GES = Gaz à Effet de Serre).

Dans un autre message José rapportait des propos d'Alain Lipietz : "Je suis pour un modèle de développement soutenable, qui permet de satisfaire les besoins des générations présentes, sans compromettre la capacité des générations suivantes à satisfaire les leurs.

Qu'est-ce que ça veut dire du point de vue croissance et décroissance ? Ça veut dire qu'il va y avoir des choses qui vont croître et d'autres qui vont décroître. Le temps libre doit croître, la consommation de biens matériels privés, en général elle doit décroître, mais la consommation des transports en commun, elle doit croître. Comme la plupart de ces transports sont électriques, si vous voulez faire décroître la consommation de pétrole, il faut accroître la consommation d'électricité...
".

Notre utilisation des énergies fossiles est en grande partie dédiés au chauffage (logements, bâtiments de toutes sortes, eau chaude sanitaire) et aux transports.

Faut-il abandonner toute idée de nous chauffer, de disposer d'eau chaude et d'utiliser des moyens de transport autres que mus par une énergie musculaire ?

Probablement pas, et il semble qu'un certain nombre de contradictions (citées ci-dessus et d'autres) doivent être résolues.

Parvenir à un taux de croissance nulle tout en bénéficiant de conditions de vie correcte et en réduisant notre consommation d'énergies fossiles ne se fera pas sans une révision profonde de nos modes de chauffage et de transports.

J'ai introduit dans ce débat la question de la temporalité : "...on ne peut envisager de calculs sérieux (humainement, socialement acceptables) sans intégrer une certaine temporalité : le temps que prendra le changement de direction, la substitution d'une solution par une autre.".

Il nous faut donc changer ce qui doit l'être pour divers motifs et cela ne sera possible qu'au fil du temps, et non du jour au lendemain, cela au moins est certain.

Implication de cette certitude : nous pouvons programmer, planifier nos actions, nos interventions, en prévoir les impacts à chaque étape, en estimer le résultat final à l'échéance fixée.

Nous pouvons et devons être maîtres de ce type de processus qui s'étalera sur des dizaines d'années, afin d'éviter des impasses comparables à celle de ce stock de morue qui persiste à ne pas se renouveler.

Dans cette optique j'ai émis des propositions (par exemple : Codevi verdâtre, jeunes des banlieues et d'ailleurs, chômeurs...).

La transformation du bati existant à des normes énergétiques privilégiant les énergies renouvelables apparaît bien comme une nécessité urgente, de même que la multiplication de transports en commun "flexibles" afin de se substituer à l'utilisation solitaire du véhicule particulier.

Ces deux changements de cap ne se résoudront pas sans une croissance économique de certains secteurs, parallèle à la décroissance des secteurs auxquels ils se substitueront.

D'un point de vue macro-économique comment les choses se passeront-elles ?

Prenons le cas du bâtiment : le passage aux énergies renouvelables, conduit de façon massive afin d'obtenir des résultats probants en moins de 30 ou 40 ans, impliquera des mesures susceptibles de rendre cette transformation possible pour la plupart des budgets.

Il faudra agir sur la fiscalité, trouver des ressources complémentaires peut-être (taxation progressive des installations neuves utilisant fioul, charbon et gaz ?) afin de dépasser le taux de changement actuel des équipements de chauffage, qui semble s'établir à environ 2% l'an (FRANCE : perspectives énergétiques pour 2050 (pdf)).

Mais il ne s'agira pas ici d'un simple transfert entre un type de "chaudière" et un autre, dont on pourrait penser que l'impact serait nul sur le PIB.

Le passage à des normes environnementales plus strictes implique des travaux complémentaires importants, portant essentiellement sur l'isolation.

Pour tous les locaux :

- Isolation des murs extérieurs par l'intérieur
- Isolation des murs extérieurs par l'extérieur
- Isolation des planchers sur locaux non chauffés
- Isolation des planchers sur l'extérieur
- Isolation des terrasses
- Isolation des planchers sous combles
- Isolation des parois sur locaux non chauffés
- Pose de doubles vitrages
- Remplacement des fenêtres
- Pose des doubles fenêtres
- Calfeutrement des portes
- Calfeutrement des fenêtres
- Diminution de la VMC
- Arrêt de l'extraction en inoccupation
- Extraction particulière pour locaux spécifiques

Pour les locaux publics, usines...

- Régulation : thermostats performants
- Programmation : programmateurs centralisés avec horloges de ralentis, par zone, par bâtiment...
- Programmation par courant porteur
- Détecteurs de présence
- Contacteurs de fenêtres
- Compteurs divisionnaires
- Remplacement des appareils vétustes
- Diminution de la surpuissance par remplacement des convecteurs et abaissement de la puissance souscrite.

Il faut donc envisager qu'une politique volontariste dans ce domaine aura des effets sensibles sur la croissance du PIB pendant tout le temps où cette politique sera déployée, mais aussi des effets sur l'emploi (supplément de travail important par rapport aux dynamiques constatées aujourd'hui), sur le financement des retraites, du chômage, de la santé...

Cette politique aurait des effets de plus en plus bénéfiques et importants sur nos factures énergétiques et pourraient provoquer, par un appel important à un supplément de main d'oeuvre (100 000 emplois nouveaux par an sur plusieurs années ?), une sorte de renouveau social.

Les 2 ou 3 dizaines d'années pendant lesquelles se produirait cette transformation de l'habitat verraient la croissance liée à cette activité croître fortement puis diminuer progressivement pour diverses raisons et nous laisserait, à l'aboutissement, avec un parc immobilier très fortement indépendant des énergies fossiles, dont nous aurions donc organisé la décroissance.

Au cours de cette période nous aurions aussi appris beaucoup, affinant nos techniques, nos méthodes, la recherche nous aurait peut-être ouvert des voies nouvelles dans les domaines de l'énergie et de l'isolation et nous bénéficierions de logements confortables qui ne gaspilleraient guère et dont le coût de chauffage aurait nettement diminué (avantage en terme de pouvoir d'achat des ménages).

Mais également nous aurions pu mettre à profit cette durée afin de mieux imaginer les conditions pour lesquelles nos économies, le monde, pourraient se passer de cette croissance continue, perpétuelle et destructrice.

Ce scénario que je propose, transposable à d'autres secteurs que le bâtiment, me semble donc présenter plusieurs atouts.

Il ne produira pas immédiatement une diminution nette des émissions de gaz à effet de serre ni une décroissance, ou une fin de la croissance (que l'on devrait souhaiter et que l'on redoute) car généraliser à marche forcée une isolation de haute qualité des bâtiments, qui ne se serait pas faite à un tel rythme sans cette initiative, sera à l'origine d'un supplément temporaire d'émissions de gaz à effet de serre, probablement (il faudrait calculer cela, je ne l'ai pas fait).

Mais son impact positif à terme sur ces émissions sera très fort, et je ne vois aucun autre moyen de parvenir à cela, qui est un objectif de tout premier ordre.

Psychologiquement ce scénario pourra avoir un impact important en nous orientant petit à petit vers une société où l'idée d'économiser l'énergie sera devenue un réflexe : faire entrer cette "valeur" dans les moeurs.

Très stimulant, socialement, financièrement, intellectuellement, ce scénario aurait aussi la forme d'un laboratoire d'idées : je n'ai aucun doute sur le fait qu'il aiguillonnerait de nombreuses imaginations et qu'il serait l'origine de progrès applicables dans d'autres secteurs, avec effet tache d'huile.

Il nous laisserait enfin pas mal de temps pour mettre progressivement en place des indices complémentaires au PIB, comme l'indice de "Bonheur National Brut" ou d'autres, qui accèderaient tranquillement au devant de la scène et pourraient tirer ce PIB et la concommitante croissance vers quelques oubliettes : tout se passe d'abord et avant tout dans les esprits tant que ce sont les esprits qui dictent aux bras ce qu'ils doivent faire !

Entre le rêve (de certains) d'une croissance nulle et le rêve (d'autres) d'une croissance forte se trouvent les conditions dont nous devons nous accommoder : l'ensemble des caractéristiques de notre planète et ce qu'elle peut nous procurer, les libertés de mouvement qu'elle nous autorise, celles qu'elle ne nous permet pas, celles qu'elle ne nous permettra plus.

Voilà ce que nous devons apprécier, mesurer, évaluer... et qui doit nous servir de table d'orientation.

Toutes les routes ne nous seront pas permises, celles que nous empruntons aujourd'hui ressemble à une impasse : imaginons donc la négociation d'un virage et d'un changement de voie acceptable et supportable par tous, au bénéfice de tous (dans le sens du respect de l'intérêt général, qui peut donc s'inscrire à l'encontre de ceux qui, légalement ou non, agisse contre cet intérêt) !

Reste à clarifier le point d'interrogation de mon titre : croissance nulle ou décroissance ?

jeudi 12 octobre 2006

Quand la décroissance fait un bide... et un tabac avec Al Gore et ailleurs

Après la projection aux élus français de "An inconvenient truth", le fameux film d'Al Gore sur les changements climatiques, la première question posée à l'ex vice président US porta sur la relation entre la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre et la croissance économique.

C'est ce que nous relate José, auteur de cette question, dans son compte rendu de cette soirée : In bide with Al Gore.

Il écrit "Al Gore... botte longuement en touche sur la croissance. Il fait une réponse sur les actions individuelles et le militantisme qui me semble totalement à côté du sujet...".

Eh oui, l'un des principaux indices de la "bonne santé" de nos économies est ce fameux taux de croissance, qui doit toujours s'inscrire à une hausse assez soutenue.

C'est également l'indice de l'accroissement de la mauvaise santé de notre planète jusqu'à maintenant, puisque l'essentiel de notre croissance depuis longtemps repose sur la consommation de carbone fossile, avec dissémination de ce carbone dans l'atmosphère.

Si le taux moyen de transformation de ce carbone en services ou produits s'est notablement accru au fil du temps il reste vrai que nous consommons, nous tous terriens réunis, de plus en plus de ressources énergétiques fossiles et qu'un taux annuel de croissance de cette consommation de 2% au moins est souvent retenu pour les décennies à venir.

Or il serait impératif pour la survie de nombreuses espèces, la nôtre comprise à terme peut-être, pour éviter des phénomènes climatiques violents, mais aussi pour assurer la stabilité de nos climats dans une fourchette de conditions qui permettent à une agriculture absolument indispensable à notre survie de se maintenir, que nous divisions nos émissions de gaz à effet de serre par 4 en assez peu de temps.

Cette division est donc une décroissance forte de nos émissions, ce qui correspond probablement à une décroissance tout aussi forte des industries qui nous procurent ces énergies fossiles, à moins que nous devenions capables de les utiliser sans relâcher le carbone dans l'atmosphère : on nous promet que ce sera possible, peut-être, dans certaines conditions, un jour...

Mais vue l'urgence d'agir sur la réduction de nos émissions nous ne pouvons nous permettre d'attendre que sciences et techniques aient tenu leurs "promesses", qui ne sont que des voeux pieux (nous disposons avec la fusion nucléaire d'un excellent exemple de ces "promesses" perpétuellement reconduites : Non à Iter).

Il faut donc commencer à organiser très sérieusement la décroissance de notre demande en énergie, ceci dans la mesure où nous savons que même un recours massif à la biomasse ne saurait couvrir notre consommation actuelle ou future.

On le voit le terme "décroissance" peut-être uilisé de multiples façons selon le contexte, on voir aussi dans l'évitement pratiqué par Al Gore que la notion de "décroissance" est mal perçue, mal ressentie, mal comprise peut-être.

A ce que j'en sais pourtant Al Gore aurait lui-même été l'artisan d'une figure de la décroissance lorsqu'il a interrompu les activités liées au tabac de son exploitation familiale suite au décès de sa soeur d'un cancer du poumon.

Une décroissance totale de l'activité liée au tabac à l'échelon de cette exploitation, une décroissance dont je ne saurais chiffrer le taux (qui dépend des volumes d'affaires respectifs) pour la région, peut-être comblée par une production accrue par d'autres et ailleurs mais néanmoins une décroissance réelle à un certain échelon.

Une décroissance motivée par la raison et qui a probablement nécessité une certaine imagination afin de mettre en place une solution de reconversion, garante de la probabilité d'un revenu satisfaisant et pérenne.

Restons un instant dans le tabac : le projet d'une interdiction de fumer dans les lieux publics s'inscrit dans le projet de réduire la consommation générale de tabac, ce qui correspond "mécaniquement" à un objectif de faire décroître toutes les activités liées au tabac.

Nous sommes donc au coeur d'une initiative de décroissance dans un domaine bien déterminé, initiative qui n'est pourtant jamais désignée de cette façon, peut-être parce-que l'objectif initial porte sur la santé, la décroissance des industries du tabac étant seulement une conséquence.

Et gageons que si tous les partisans de l'abstention tabagique apprenaient que, de par le monde, le nombre de fumeurs décroissait de 10 ou 20% par an ils s'en montreraient très satisfaits : ce serait une décroissance très significative des industries du tabac.

Il existe donc dans notre monde ordinaire et chez nos élus des partisans qui s'ignorent de certaines formes de décroissance et ils s'appuient sur la raison pour les justifier.

Au rythme où nous l'utilisons, les réserves mondiales de platine nous laisseraient une soixantaine d'années avant épuisement : nous serons confrontés un jour à certaines décroissances forcées, qui n'émaneront pas de notre raison mais de l'épuisement de certaines ressources.

Certaines figures de "la décroissance" nous seront donc imposées.

Pouvons-nous imaginer une décroissance brute, concernant tout ce qui nous est utile ou indispensable ?

Il ne le semble pas : cela signifierait par exemple, en cas d'augmentation de la population d'un pays, de se contenter d'une masse toujours plus faible d'aliments et du même nombre de logements (détruirait-on des logements pour coller au sain dogme d'une décroissance forcée, continue, perpétuelle ?) quelle que puisse être cette augmentation : on subodore donc que la notion de "décroissance" doit donc être examinée de près, et que l'hypothèse d'une croissance nulle (la fameuse "Croissance 0" d'Alfred Sauvy) mérite la même prudence.

Pas de dogme donc mais de la mesure à tous points de vue, mesure qui ne pourra émerger que d'évaluations besoins / possibilités / nuisances toujours renouvelées.

Il faut donc que nous sachions adapter nos productions à la réalité de nos besoins, et la division par 4 de nos émissions de gaz à effet de serre devra probablement nous conduire à une caractérisation de nos besoins selon le dégré de leur nécessité et le volume d'émissions de GES qu'ils engendrent.

Avons-nous "besoin" que des yachts qui consomment quelques centaines de litres de fuel à l'heure soient construits et sillonnent nos mers, avons-nous "besoin" que des pelouses soient tondues alors qu'elles n'ont pas même poussé de 2 cm (Les tondeuses à gazon sont 100 fois plus polluantes que les voitures), avons-nous besoin d'acheter des produits en "dosettes" très consommatrices en emballage superflu alors qu'ils existent dans des conditionnements moins dommageables à notre environnement, avons-nous "besoin"... et l'on pourrait multiplier les exemples.

Nous avons, par contre, grand besoin de nous lancer dans des milliers d'actions qui nous permettront à plus ou moins brève échéance de consommer - et de rejeter - moins de carbone fossile dans l'atmosphère.

Dans "Codevi verdâtre, jeunes des banlieues et d'ailleurs, chômeurs..." j'évoque la transformation du bâti existant pour le rendre aussi indépendant que possible des énergies fossiles.

Et termes de "croissance / décroissance" cela revient à faire décroître de façon massive l'utilisation des énergies fossiles (et donc le chiffre d'affaire des industries liées à ces énergies) pour faire croître l'utilisation d'énergies renouvelables.

A ce schéma ne correspond pas, au moins pour quelques dizaines d'années, une décroissance de l'activité globale du pays et du PIB, bien au contraire, du fait que cette conversion nécessitera la création de très nombreux emplois, la conduite de nombreux travaux de modernisation, d'adaptation, l'investissement en masse dans des matériaux, du matériel...

C'est donc un schéma de "croissance / décroissance" très sélectif, qui devra répondre aux choix que nous aurons établis par raison, de la même façon que cela se fait en réalité pour le tabac.

J'en déduirai donc que certaines formes de décroissance sont très souhaitables, car elles nous serons bénéfiques d'un point de vue environnemental, et que par surcroît elles pourront devenir la source d'une croissance économique qui serait très favorable à un rééquilibrage social de notre pays.

Le débat "croissance / décroissance" mérite donc d'être examiné de très près !

dimanche 5 mars 2006

Croissance ou décroissance, mythe du "durable" et de "l'équitable" ?

Ici les partisans d'une croissance forte, là ceux d'une décroissance maîtrisée, ailleurs les adeptes d'un "développement durable" prêchent, chacun pour sa paroisse, et avancent leur vision de la meilleure voie d'évolution du monde qu'ils ont imaginée.

On entend ici que la décroissance, volontaire et raisonnée, sera équitable (mais qu'est-ce qui nous pousserait à instaurer plus d'équité, soudainement, le jour où nous aurions volontairement moins de biens disponibles alors qu'en période de pléthore cette équité ne semble pas vraiment nous soucier ?) tandis qu'une récession, subie, s'attaque prioritairement aux plus faibles, ce qui me semble assez réel.

On entend ailleurs qu'un monde équilibré (mais de quelle stabilité cet équilibre est-il doté ? Il semble qu'elle est vulnérable et que l'équilibre se tient constamment aux limites de sa rupture) ne serait possible que par une croissance régulière.

Ailleurs on nous explique que les ressources disponibles sont à ce point limitées que nous ne pourrons maintenir un rythme de croissance comparable à celui de ces dernières années que pour quelques décennies au plus.

Il semblerait effectivement que la comparaison des "réserves prouvées" d'un certain nombre de matières premières à la courbe de leur consommation tracent des limites infranchissables à quelques décennies pour le pétrole (20, 40 ans ?), le cuivre (80, 120 ans ?), le platine (40, 60 ans ?), l'uranium (15, 40 ans ?)...

Une fois le dernier gisement épuisé il deviendra réellement plus que difficile de soutenir la croissance de l'industrie extractive du cuivre ou de n'importe quelle ressource du sous sol, tout le monde s'accordera sur ce point et par conséquent sur le fait que nous devrons subir des décroissances forcées par des états de faits absolument insurmontables.

Si aujourd'hui les réserves encore disponibles nous laissent la possibilité de choisir la date de cette échéance il serait indispensable aux partisans d'une décroissance librement choisie de convaincre le monde de faire ce choix dès maintenant, car les possibilités de le faire plus tard s'amenuisent de jour en jour...

Mais il est aussi indispensable que les partisans d'une croissance continue et soutenue nous expliquent clairement à la fois ce que nous ferons lorsque nous n'aurons plus de cuivre ou de platine, et ce qui justifie qu'ils maintiennent leur insatiable appétit face à la certitude que l'absence de certaines matières premières rendra la vie de nos enfants (peut-être de ceux qui naissent à ce moment même) plus difficile qu'elle ne l'est pour nous.

Qui sont ces partisans d'une croissance continue et soutenue ?

Des théoriciens, des politiques, des gens de la rue comme vous et moi, qui se sentent d'une façon ou d'une autre menacés par le spectre d'une décadence économique, cela pour moins de 2 milliards des habitants de cette terre.

Ce sont également pour plus de 4 milliards d'entre eux des personnes qui voudraient accéder au niveau de confort moyen dont bénéficient les 2 premiers milliards, même un niveau de confort à 50% de cette moyenne représenterait un colossal progrès pour beaucoup d'entre eux.

Cela fait beaucoup de pétrole, de cuivre, de platine, d'uranium... peut-être plus que les réserves connues.

Par ailleurs nous savons que les 2 milliards les plus aisés ont un niveau de consommation à ce point élevé qu'il est simplement tout à fait impossible d'imaginer un niveau d'équité pour lequel tous les habitants de la planète bénéficieraient d'un niveau de vie équivalent à celui d'un occidental moyen.

L'empreinte écologique moyenne de ce dernier nécessiterait que nous disposions d'au moins 5 à 6 planètes équivalentes à la Terre pour que cela soit possible : certains imaginent d'aller chercher des compléments sur la Lune ou sur Mars.

Outre que cela nécessiterait des technologies dont nous ne disposerons pas avant très longtemps, cette idée ne tient pas du simple fait que ces deux objets célestes ne sont pas les 4 à 5 terres qui nous font défaut, et qu'ils ne semblent pas être vraiment "équivalents" à la Terre.

Notre salut, à moyen, court et relativement long terme, demeure sur Terre avec les ressources limitées qu'elle nous offre.

Par conséquent une conclusion s'impose : la poursuite du développement des pays les plus développés, et la poursuite de la "croissance" (vue de la façon la plus traditionnelle et la moins restrictive qui soit dans les moyens qu'elle convoque) dans ces pays s'oppose à ce que la croissance des pays les moins développés puisse être forte et parvienne à offrir aux habitants de ces pays un confort équivalent au nôtre.

Et la croissance de pays moins riches que les nôtres s'oppose, selon le même principe et à plus ou moins long terme, à ce que notre développement se poursuive.

De facto, aussi longtemps que "développement" signifiera "forte consommation" de biens de toutes sortes et vu la raréfaction des ressources permettant de fabriquer ces biens il y aura un monopole du confort chez les plus riches, car les plus riches disposent aussi des plus grandes facilités à se procurer un supplément de confort.

Aussi longtemps que la richesse restera le seul support à la conquête d'un supplément de développement, sans la moindre régulation, le développement des moins riches demeurera très lent et l'équité ne régnera pas dans le monde.

A moins que l'on assiste soudainement un jour à un phénomène de redistribution équitable des richesses dans le monde, ce qui semble assez improbable, seules des règles visant à empêcher le sur développement afin de provoquer les conditions de l'avènement d'un développement homogène de par le monde pourront mener à une certaine équité.

Les partisans d'un marché très libre nous affirment que la "mondialisation" parviendra à cet effet, et l'on peut effectivement constater qu'ici ou là certains pays, pensons par exemple au Brésil, se développent dans ce cadre.

Certes mais ce sont des pays qui disposent du levier de développement sous la forme d'un certain nombre de richesse (agricoles, forestières, minières ou autres) qu'ils peuvent valoriser sur la scène concurrentielle du marché mondial avec un certain nombre de succès.

Un pays par trop dépourvu de certaines richesse ne pourra rien valoriser et le système des marchés tel qu'il se pratique peut également ruiner un pays disposant d'un potentiel élevé de richesses mais assujetti aux diktats des cours mondiaux (voir les grands producteurs de café par exemple).

En outre les partisans d'un marché mondial très libre ne nous expliquent pas ce qui se passera aux limites, et nous en approchons, lorsque certaines matières premières très raréfies mais indispensables "en l'état actuel des connaissances" seront devenues inabordables aux moins riches, puis au commun des mortels.

Certes nous pouvons imaginer que "la science" nous fournira des possibilités de substitution, mais nous ne tisserons pas des milliers de kilomètres par an de conducteurs électrique avec l'imagination d'un substitut : il faudra qu'il existe réellement avec de réelles qualités opérationnelles, et cela vaut pour de nombreux produits aujourd'hui très présents dans notre quotidien.

La "foi dans la science" ne peut en rien nous servir de certitude.

L'équité ne découlera pas du libre jeu des "lois du marché".

L'équité ne sera pas possible aussi longtemps que les pays les plus riches maintiendront un niveau de consommation tel que constaté actuellement et elle ne pourra devenir une réalité qu'à la condition que ces pays divisent "environ par 6" (en moyenne) leur niveau de consommation.

La "durabilité du développement" est une hypothèse d'école qui ne résiste pas à l'analyse si les pays les plus développés aujourd'hui veulent poursuivre leur développement dans un système où le développement s'accompagne obligatoirement d'une croissance de la consommation (Wikipédia : développement durable).

Parvenir à "l'équitable - durable"

Il faut donc imaginer des modalités d'amélioration d'un certain nombre de conditions inacceptables dans un esprit de grande économie (ce qui est un beau défi social, scientifique, technique, politique...) tout en limitant nos exigences dans le domaine de ce qui n'est pas vital (c'est à dire absolument indispensable à notre vie, autre joli défi, ne serait-ce que pour définir cet "indispensable"), et que ce processus devienne la définition du "développement durable", que l'on aura dès lors intérêt à nommer "développement partagé" ("shared development" et... à propos comment en sanscrit ?).

Un tel processus correspondrait à une décroissance des volumes produits et échangés mais il serait aussi la source d'une croissance très forte dans le développement de ces solutions très économes que nous ne pratiquons généralement pas aujourd'hui mais seraient devenues indispensables.

Mais nous voyons bien aujourd'hui que tel n'est pas le chemin que nous empruntons (Les murs de la honte) : on s'emmure et la hache de guerre, lorsqu'elle n'est pas déterrée, n'est jamais bien profondément enfouie dans le sol...

Le blug de l'encéphalugomme molle n'est pas un blog vitaminé : ce n'est qu'un blug, un blog des bugs, des bugs de l'intelligence. Vous savez cette merveilleuse chose indéfinissable qui a permis à l'homme de devenir le maître incontesté de la nature... Ici vous trouverez peut-être de gentilles horreurs et des raisonnements tordus : prudence...
Il est encore temps de fuir !
? i n t e l l i b l u g
.
.
.