Comment s'est comportée, depuis longtemps, une grande majorité de l'humanité vis à vis des mers et océans ?

De façon très systématique, routinière mais hautement organisée, comme une cueilleuse avide, un prédateur destructeur, un ravageur, comme le riverain d'une décharge qui avait l'agréable propriété de n'émettre aucune odeur putride.

Nous connaissons maintenant depuis assez longtemps les divers résultats de ces comportements : mers et océans sont des milieux pollués, de façon plus ou moins intense, plus ou moins visible selon les lieux, et de plus en plus dépourvus de vie.

Nous connaissons... ou nous ignorons parfois les conséquences de certains comportements : quels impacts a pu avoir l'abandon aux fonds marins de dizaines de milliers de tonnes de déchets radioactifs, parfois à 2 encablures de nos côtes ?

Une question parmi tant d'autres...

Aujourd'hui la hausse des cours du pétrole " jette les pêcheurs dans la rue ", en France d'abord puis peut-être bientôt dans toute l'Europe.

Ils bloquent les ports, les dépôts de carburant, se permettent de détruire du poisson en pillant des commerces, ou de distribuer ce poisson " au public ", de distribuer parfois le carburant de stations service qu'ils investissent : des actions de vol et de recel auxquelles " l'état de droit " dans lequel nous sommes supposés être ne trouve apparemment rien à redire...

On comprend la détresse financière d'une profession dont la rentabilité est depuis longtemps menacée par la raréfaction des " stocks " d'espèces marines et par la hausse des prix du carburant.

Mais il ne faudra pas oublier que ces mêmes pêcheurs n'ont rien fait de probant pour n'être pas équipés de " godasses " flottantes aux qualités hydrodynamiques déplorables alors que les charpentiers de marine savent depuis fort longtemps concevoir des carènes fort bien profilées, alors que nous disposons depuis maintenant une trentaine d'années de logiciels capables d'optimiser encore plus ces carènes et les divers facteurs qui influencent le rendement des bateaux.

Ah ! Le charme d'un moteur " puissant ", éventuellement plus " puissant " que celui du voisin (et la " fierté " qu'on en tire alors !) !

On s'est bercé à son vacarme, on dormira à son silence forcé !

Il y a eu pourtant quelques " chocs pétroliers " qui auraient dû inciter à penser que le prestige de la puissance devrait un jour faire place à la satisfaction d'une plus grande efficacité, d'une meilleure optimisation...

Avons-nous pu compter sur les pouvoirs publics, sur les politiques, pour voir plus loin que le nez de nos pêcheurs ?

Assurément non : ils ont tenté de résoudre les crises successives en se gardant surtout du risque de perdre des électeurs, en ne cherchant jamais à optimiser quoi que ce fût, en évitant tout produit de quelque imagination, nous conduisant ainsi à la situation actuelle, désastreuse à de nombreux points de vue.

Car, prenant un peu de hauteur, la question du revenu des pêcheurs peut être considérée comme un épiphénomène dans une défaite globale, si l'on considère l'état déplorable des mers et océans, la déconfiture du vivant dans ces milieux.

Nous sommes dans le cours de la toute première extinction majeure d'espèces provoquée par l'homme et qui affecte autant les milieux marins que terrestres.

Batterie au plomb abandonnée en mer



Les pêcheurs ont été parmi les premiers à constater que le volume de leurs captures s'amenuisait, en dépit d'équipements de plus en plus performants, les scientifiques n'étaient pas loin, les politiques non plus pour partager ce constat.

Qu'a-t-il été fait ?

On a élaboré des réglementations diverses, imposé des contraintes et des limitations sans jamais songer un instant infléchir cette attitude de cueilleur effréné, en feignant d'ignorer des champs de possible dont de nombreux exemples bien connus auraient pu nous mener à un présent bien différent.

On sait que l'humanité est passée de la cueillette à l'agriculture, que cette transition a profondément modifié, il y a fort longtemps, ses horizons alimentaires et ses perspectives d'avenir.

On sait également que, depuis des temps anciens, de nombreuses sociétés ont pratiqué l'élevage, ici extensif, ailleurs plutôt intensif, de poissons d'eau douce.

Favoriser la croissance et la prolifération des espèces aquatiques n'était donc pas hors du registre de nos connaissances, hors de portée de notre intelligence.

Ah, objecterez-vous, un étang d'eau douce n'est pas la mer : j'en suis informé, merci, tout comme j'étais informé il y a bien une trentaine d'années au moins, par des articles de je ne sais plus quelles revues (" Pour la Science ", " La Recherche ", " Science et Vie " ou autres...? je ne saurais plus dire, m'étant débarrassé de mes collections...) que le Japon obtenait des résultats intéressants en terme d'amélioration de la production des mers par l'utilisation de récifs artificiels, une pratique qui remonterait au moyen-âge.

Si " moi ", petit français moyen, je disposais de cette information il faut en déduire que toute autre personne pouvait en avoir facilement connaissance et en tirer certaines déductions !!!

Comment comprendre que nous ayons persisté à cueillir sur un arbre aux fruits de plus en plus rachitiques une récolte s'amaigrissant d'année en année sans songer un seul instant à lui apporter quelques soins afin qu'il produise plus et mieux ???

Que faire maintenant ?

Il est probablement encore temps de s'engager dans une politique de préservation / restauration des ressources marines, de mettre en oeuvre une politique très volontariste faisant largement appel à ces récifs artificiels qui ont sans conteste prouvé leur efficacité.

Pour donner rapidement des fruits l'opération devra être menée sans tarder, en faisant appel aux meilleurs spécialistes de la question (probablement donc des japonais), en lui allouant des moyens financiers, matériels et humains importants.

Tâche difficile pour un pays comme la France dont les caisses sont désormais connues pour être vides...

La France ?

Mais n'oublions pas que nos pêcheurs ne sont pas les seuls à écumer nos côtes et qu'ils ne se contentent pas de nos eaux territoriales.

L'extension à l'ensemble de l'Europe des revendications parties il y a quelques jours de France est là pour nous rappeler que la raréfaction des espèces marines et l'expansion mondiale conjointe des méduses est un problème typiquement international.

De ce point de vue " nos " pêcheurs sont les pêcheurs d'Europe, les pêcheurs du Monde.

Un élément significatif de solution doit donc faire intervenir plus que la France : l'Europe, dans une politique coordonnée et concertée.

Il convient donc d'engager des investissements importants dont la rentabilité ne sera pas immédiate, de raisonner à tous points de vue en termes d'efficacité maximale, d'optimiser autant que faire se peut ces investissements tout en garantissant aux professionnels de la pêche des revenus immédiats – et des perspectives de revenus à long terme – qui assureront correctement leur survie.

Un tel plan pourra donc exiger une reconversion profonde des mécanismes de la profession, une reconversion au moins temporaire d'une part de ses effectifs dans l'équipement des fonds en structures récifales artificielles.


Différer un tel plan, à une époque où nous pouvons supposer que matières premières et énergies risquent peu de voir leur coût baisser, risque d'en rendre la réalisation de plus en plus coûteuse et nous privera de ses bénéfices à concurrence du retard que nous prendrions : on peut considérer que l'urgence est extrême.

Lorsqu'il s'agira d'optimiser chacun des paramètres nous devrons nous poser la question des synergies qu'il serait possible d'imaginer afin de mieux en amortir les coûts.

Nous voudrons implanter sur des fonds marins qui s'y prêteront des structures correctement ancrées, d'importances diverses, qui représenteront un investissement en quelques matières premières, en une variété de types de travaux, ce qui rendra certaines zones marines impropres à des techniques de pêche comme le chalutage.

Les récifs artificiels partagent-ils ces caractéristiques avec un autre domaine d'activité ?

Assurément oui : les fermes éoliennes offshore monopolisent des zones marines de même typologie.

A moins qu'il ne s'agisse d'éoliennes sur corps flottants (il existe de tels projets, et il faudrait vérifier s'ils seraient incompatibles avec le concept de récif artificiel) les éoliennes offshore doivent être posées sur un socle rigide solidaire du plancher océanique.

Y aurait-il un inconvénient majeur à ce que ces socles soient équipés des systèmes d'alvéoles appropriés à une bonne colonisation par une grande variété d'espèces ?

Je n'en vois pas, et un secteur marin dédié à la production d'énergie éolienne (électricité directe ou indirecte par vecteur d'air comprimé) pourrait également être un site parsemé de récifs artificiels, optimisant ainsi l'utilisation à la fois des espaces marins, des matériaux qu'il faudra mettre en oeuvre, des financements...

On m'objectera que l'énergie éolienne est intermittente : nous sommes aujourd'hui contraints de mettre au point des solutions énergétiques mixtes, faisant appel à une grande variété de sources, ne considérons donc pas ce que produira une seule éolienne ou une seule ferme.

La restauration des ressources océaniques impose des actions bien au delà du seul littoral national.

Raisonnons donc dans un ensemble d'un niveau de grandeur à l'échelle de l'enjeu, englobant au minimum les côtes atlantiques et méditerranéennes de l'Afrique, de l'Europe et du Moyen Orient.

La multiplication des fermes éoliennes offshore sur de telles extensions littorales garantira un fond de production électrique régulier, les crêtes trouveront leur utilité dans une intégration avec des sources non éoliennes au sein de vastes réseaux inter connectés (courant continu à haute tension par exemple).

Un tel programme constituerait un complément très opportun au projet TREC, qui vise à la production conjointe d'électricité et d'eau douce par la technique du solaire thermique par concentration.

Ohhhhh... je vous vois venir : combien de milliards ?

Il y aura effectivement un coût, élevé bien entendu.

A combien estimez-vous le prix d'une mer saine et productive par rapport à celui d'une mer essentiellement peuplée de méduses ?

A combien, le prix de ces " oméga 3 " si indispensables à votre santé et bien meilleurs sous forme de poisson qu'en pilules ?

Mais à combien aussi le prix d'une société dans laquelle chacun, et n'oublions pas les pêcheurs, trouverait sa place et vivrait correctement ?

Souvenons-nous par ailleurs que, de toutes façons, nos sociétés sont contraintes d'investir dans des systèmes de production d'énergie, et notamment d'électricité.

Des choix sont inévitables et nous pouvons les poser dans différents termes, les baser sur différents critères.

Nous pouvons par exemple nous demander si nous voulons produire de l'électricité et des déchets toxiques sous différentes formes pour des durées plus ou moins longues avec des conséquences plus ou moins coûteuses (charbon, nucléaire...) ou si nous voulons mettre en place des synergies pour produire de l'électricité, de l'eau et obtenir des surfaces cultivables nouvelles (solaire thermique par concentration) et / ou si nous voulons produire de l'électricité et " du poisson " avec une régénération des milieux marins...

Chaque solution aura des impacts géopolitiques, politiques, financiers, environnementaux, sociaux... fort différents et nous pouvons encore effectuer des choix.

Produire en co-génération de l'eau douce là où elle fait cruellement défaut, régénérer les milieux marins, cultiver des zones arides ou désertiques à l'ombre des miroirs procurera des avantages aux multiples facettes, aux conséquences assurément positives dont il est à peu près impossible de traduire les bénéfices en chiffres : ils sont de toutes façon énormes.

Evaluons et choisissons !

A propos des récifs artificiels :

"Gîte et couvert à la japonaise" : reportage de Thalassa sur les récifs artificiels au Japon

"Les Récifs Artificiels" : un article qui présente de nombreux aspects de ces structures

"Les récifs artificiels : un terrain de jeu à aménager" : un point de vue de l'Ifremer

"Un aménagement possible du milieu côtier : récifs artificiels et repeuplement" : quelques autres lignes de l'Ifremer...

Sur l'interconnexion des réseaux Afrique / Europe / Moyen Orient et le solaire thermique par concentration : TREC-France