Grenelle de l'environnement et agrocarburants, une opportunité d'exemplarité manquée
Par jcm, samedi 27 octobre 2007 à 10:01 :: General :: #63 :: rss
Nicolas Sarkozy a refusé de remettre en cause la stratégie développée par la France en matière de biocarburants.
On le sait elle est basée sur l'éthanol (véhicules à allumage) et les esters d'huiles végétales (moteurs diesel).
La production d'éthanol fait appel au blé, à la betterave, au maïs..., celle d'esters utilise des plantes oléagineuses comme le colza et le tournesol, pour ce qui est des espèces végétales métropolitaines.
Dans d'autres contrées on cultive la canne à sucre, des palmiers... par centaines de milliers d'hectares très fréquemment "gagnés" sur des forêts dont on dit par ailleurs qu'elles sont le "poumon" de la Terre.
Un poumon qui s'épuise, car différentes études peuvent laisser penser que l'accroissement de la teneur en gaz carbonique de l'atmosphère diminue le pouvoir des plantes de stocker le gaz carbonique, leur croissance se faisant plus lente.
Or cet accroissement de la teneur en C02 ne cesse de grimper au fil des ans et cette augmentation risque de s'emballer, une étude récente montrant que l'océan Atlantique absorbe de moins en moins de ce gaz...
C'est un bon point pour l'océan, dans le fait que cette moindre absorption ne le rendra pas aussi acide qu'on pouvait le craindre, sans pour autant que l'on sache vraiment à quel point son acidification ne sera pas suffisante pour affecter gravement la croissance d'un certain nombre d'organismes absolument indispensables à la vie marine et dont le "squelette" est une coquille en aragonite (carbonate de calcium, de formule CaCO3) incapable de se former en milieu trop acide...
Mais l'océan est bien connu comme système de régulation d'un certain nombre des gaz présents dans l'atmosphère : nous en somme au point où il ne joue probablement plus son rôle de régulateur, et s'il le jouait ce serait au prix d'une diminution de la vie en son sein.
La déforestation organisée pour récupérer des surfaces qui seront consacrées aux agrocarburants est une source de réintroduction dans l'atmosphère de très grandes quantités de gaz carbonique, et un certain nombre des cultures qui seront consacrées à ces productions deviendront également des sources annexes, mais pour des quantités très importantes, de retour à l'atmosphère de C02, celui qui était stocké dans les sols sous forme d'un humus garant de la pérennité des forêts.
Un humus dont on sait que les méthodes d'agriculture intensives parviennent à le dégrader en quelques années.
On voit que tout ceci est une vaste affaire de vases communicants à grande échelle et entre différents domaines en interaction constante.
Des agrocarburants, mais pourquoi ?
Probablement à l'origine a-t-on réellement voulu alimenter nos véhicules avec un type de carburant dont le cycle carboné serait fermé au sein de la biosphère : pendant que l'on brûle un agrocarburant, et que l'on rejette dans l'atmosphère le carbone qu'il contient sous forme de C02, on cultive une plante qui absorbe une quantité équivalente de carbone.
Il n'y a donc pas cet enrichissement de l'atmosphère (de la biosphère) en carbone que produit l'utilisation d'énergies fossiles puisées dans la lithosphère et qui y demeurait figé, stocké depuis très longtemps.
Mais déforestation, agriculture intensive, processus d'élaboration des carburants issus de l'agriculture et différents phénomènes font que de la théorie d'un carbone utilisé en cycle fermé dans la seule biosphère nous conduit à des pratiques qui n'offrent pas les avantages escomptés, très loin de là !
Des études de plus en plus nombreuses semblent montrer qu'en général les bénéfices attendus en terme de réduction d'émission de gaz à effet de serre ne sont vraiment pas au rendez-vous et que ces bénéfices ne peuvent être obtenus que dans un nombre de cas assez réduit (avec des plantes comme le Jatropha, qui ne poussent qu'en milieux arides qu'elles sont à peu près les seules à pouvoir coloniser : The Jatropha System, Jatropha : l'or vert du désert ).
Pour qualifier l'intérêt des agrocarburants en termes d'avantages environnementaux on parlera de "rendement énergétique du champ à la roue" et l'on tiendra compte dans le calcul de ce rendement de l'ensemble des produits et procédés mis à contribution, de leur impact environnemental...
Ce rendement est généralement faible et peut être négatif dans un certain nombre de cas : pourquoi alors persister dans ces voies ?
Un phénomène spéculatif mondial
Un autre intérêt des agrocarburants est qu'ils sont une source d'enrichissement pour ceux qui les produisent, cet intérêt peut être gravement préjudiciable à cet environnement qu'il s'agissait, à la base, de préserver.
Il s'est très vite mis en place un système spéculatif mondial sur les agrocarburants qui ne tient plus aucun compte de l'aspect environnemental et de "développement durable" mais qui a provoqué une hausse du prix des matières premières agricoles et une diminution des stocks mondiaux de nourriture.
Maintenant au niveau mondial les agrocarburants sont d'abord et avant tout une affaire de finances qui pèse lourd à la fois sur l'environnement et sur l'alimentation de l'humanité.
La faim, la bagnole, le blé et nous est un livre de Fabrice Nicolino récemment paru, qui fait un tour complet de la question des agrocarburants.
Leur développement présente à ce point de dangers que
Jean Ziegler demande un moratoire sur les biocarburants
Un Grenelle exemplaire aurait conduit à un moratoire pour la France !
On sait que l'étude qui a permis de justifier le développement des agrocarburants en France est très critiquable à différents points de vue (voir le site et le livre de Fabrice Nicolino à ce sujet), et nos gouvernants devraient être les premiers à le savoir.
On sait aussi que le rendement des agrocarburants "du champ à la roue" est pour le moins très médiocre, mais que l'hectare consacré à ces cultures est subventionné à hauteur de 45 euros : sans cet apport ces agrocarburants seraient peu ou non rentables, une rentabilité qui dépend évidemment du prix du baril de pétrole !
Mais si ce prix du pétrole, dont on sait qu'il augmente nettement ces jours-ci, fait que ces agrocarburants deviendraient une bonne affaire pour les agriculteurs même sans cette subvention, cela justifierait-il pour autant de persévérer dans une voie qui a au moins deux conséquences néfastes ?
La première est de ne pas présenter d'avantages du point de vue de la préservation de l'environnement si l'on tient compte de la balance des avantages et des inconvénients de ces filières en incluant tous ses aspects (surpollutions agricoles engendrées par exemple).
La seconde est de participer très efficacement à la hausse des prix agricoles au niveau mondial.
Or différentes études effectuées dans plusieurs pays, tout à fait sérieuses, ont mis en évidence les caractères néfastes des agrocarburants et nous ne les utiliserons pas : la France produira la sienne, qui donnera des conclusions dans un avenir indéfini.
Pendant ce temps nous continuerons à construire de coûteuses usines de production d'agrocarburants et il se produira l'an prochain maïs, colza, blé, betterave pour cet usage.
Le Grenelle de l'environnement offrait une bonne occasion de donner un signal fort au niveau mondial par la décision d'un moratoire national, c'est raté, la France a loupé une marche...
Un appel à un moratoire sur les agrocarburants a été lancé, chacun peut le signer : UN MORATOIRE POUR QUOI FAIRE?
On le sait elle est basée sur l'éthanol (véhicules à allumage) et les esters d'huiles végétales (moteurs diesel).
La production d'éthanol fait appel au blé, à la betterave, au maïs..., celle d'esters utilise des plantes oléagineuses comme le colza et le tournesol, pour ce qui est des espèces végétales métropolitaines.

Dans d'autres contrées on cultive la canne à sucre, des palmiers... par centaines de milliers d'hectares très fréquemment "gagnés" sur des forêts dont on dit par ailleurs qu'elles sont le "poumon" de la Terre.
Un poumon qui s'épuise, car différentes études peuvent laisser penser que l'accroissement de la teneur en gaz carbonique de l'atmosphère diminue le pouvoir des plantes de stocker le gaz carbonique, leur croissance se faisant plus lente.
Or cet accroissement de la teneur en C02 ne cesse de grimper au fil des ans et cette augmentation risque de s'emballer, une étude récente montrant que l'océan Atlantique absorbe de moins en moins de ce gaz...
C'est un bon point pour l'océan, dans le fait que cette moindre absorption ne le rendra pas aussi acide qu'on pouvait le craindre, sans pour autant que l'on sache vraiment à quel point son acidification ne sera pas suffisante pour affecter gravement la croissance d'un certain nombre d'organismes absolument indispensables à la vie marine et dont le "squelette" est une coquille en aragonite (carbonate de calcium, de formule CaCO3) incapable de se former en milieu trop acide...
Mais l'océan est bien connu comme système de régulation d'un certain nombre des gaz présents dans l'atmosphère : nous en somme au point où il ne joue probablement plus son rôle de régulateur, et s'il le jouait ce serait au prix d'une diminution de la vie en son sein.
La déforestation organisée pour récupérer des surfaces qui seront consacrées aux agrocarburants est une source de réintroduction dans l'atmosphère de très grandes quantités de gaz carbonique, et un certain nombre des cultures qui seront consacrées à ces productions deviendront également des sources annexes, mais pour des quantités très importantes, de retour à l'atmosphère de C02, celui qui était stocké dans les sols sous forme d'un humus garant de la pérennité des forêts.
Un humus dont on sait que les méthodes d'agriculture intensives parviennent à le dégrader en quelques années.
On voit que tout ceci est une vaste affaire de vases communicants à grande échelle et entre différents domaines en interaction constante.
Des agrocarburants, mais pourquoi ?
Probablement à l'origine a-t-on réellement voulu alimenter nos véhicules avec un type de carburant dont le cycle carboné serait fermé au sein de la biosphère : pendant que l'on brûle un agrocarburant, et que l'on rejette dans l'atmosphère le carbone qu'il contient sous forme de C02, on cultive une plante qui absorbe une quantité équivalente de carbone.
Il n'y a donc pas cet enrichissement de l'atmosphère (de la biosphère) en carbone que produit l'utilisation d'énergies fossiles puisées dans la lithosphère et qui y demeurait figé, stocké depuis très longtemps.
Mais déforestation, agriculture intensive, processus d'élaboration des carburants issus de l'agriculture et différents phénomènes font que de la théorie d'un carbone utilisé en cycle fermé dans la seule biosphère nous conduit à des pratiques qui n'offrent pas les avantages escomptés, très loin de là !
Des études de plus en plus nombreuses semblent montrer qu'en général les bénéfices attendus en terme de réduction d'émission de gaz à effet de serre ne sont vraiment pas au rendez-vous et que ces bénéfices ne peuvent être obtenus que dans un nombre de cas assez réduit (avec des plantes comme le Jatropha, qui ne poussent qu'en milieux arides qu'elles sont à peu près les seules à pouvoir coloniser : The Jatropha System, Jatropha : l'or vert du désert ).
Pour qualifier l'intérêt des agrocarburants en termes d'avantages environnementaux on parlera de "rendement énergétique du champ à la roue" et l'on tiendra compte dans le calcul de ce rendement de l'ensemble des produits et procédés mis à contribution, de leur impact environnemental...
Ce rendement est généralement faible et peut être négatif dans un certain nombre de cas : pourquoi alors persister dans ces voies ?
Un phénomène spéculatif mondial
Un autre intérêt des agrocarburants est qu'ils sont une source d'enrichissement pour ceux qui les produisent, cet intérêt peut être gravement préjudiciable à cet environnement qu'il s'agissait, à la base, de préserver.
Il s'est très vite mis en place un système spéculatif mondial sur les agrocarburants qui ne tient plus aucun compte de l'aspect environnemental et de "développement durable" mais qui a provoqué une hausse du prix des matières premières agricoles et une diminution des stocks mondiaux de nourriture.
Maintenant au niveau mondial les agrocarburants sont d'abord et avant tout une affaire de finances qui pèse lourd à la fois sur l'environnement et sur l'alimentation de l'humanité.
La faim, la bagnole, le blé et nous est un livre de Fabrice Nicolino récemment paru, qui fait un tour complet de la question des agrocarburants.

Leur développement présente à ce point de dangers que
"Craignant une «hécatombe», le rapporteur de l'ONU pour le droit à l'alimentation demande un moratoire de cinq ans sur la production des biocarburants à partir de plantes vivrières."
Jean Ziegler demande un moratoire sur les biocarburants
Un Grenelle exemplaire aurait conduit à un moratoire pour la France !
On sait que l'étude qui a permis de justifier le développement des agrocarburants en France est très critiquable à différents points de vue (voir le site et le livre de Fabrice Nicolino à ce sujet), et nos gouvernants devraient être les premiers à le savoir.
On sait aussi que le rendement des agrocarburants "du champ à la roue" est pour le moins très médiocre, mais que l'hectare consacré à ces cultures est subventionné à hauteur de 45 euros : sans cet apport ces agrocarburants seraient peu ou non rentables, une rentabilité qui dépend évidemment du prix du baril de pétrole !
Mais si ce prix du pétrole, dont on sait qu'il augmente nettement ces jours-ci, fait que ces agrocarburants deviendraient une bonne affaire pour les agriculteurs même sans cette subvention, cela justifierait-il pour autant de persévérer dans une voie qui a au moins deux conséquences néfastes ?
La première est de ne pas présenter d'avantages du point de vue de la préservation de l'environnement si l'on tient compte de la balance des avantages et des inconvénients de ces filières en incluant tous ses aspects (surpollutions agricoles engendrées par exemple).
La seconde est de participer très efficacement à la hausse des prix agricoles au niveau mondial.
Or différentes études effectuées dans plusieurs pays, tout à fait sérieuses, ont mis en évidence les caractères néfastes des agrocarburants et nous ne les utiliserons pas : la France produira la sienne, qui donnera des conclusions dans un avenir indéfini.
Pendant ce temps nous continuerons à construire de coûteuses usines de production d'agrocarburants et il se produira l'an prochain maïs, colza, blé, betterave pour cet usage.
Le Grenelle de l'environnement offrait une bonne occasion de donner un signal fort au niveau mondial par la décision d'un moratoire national, c'est raté, la France a loupé une marche...
Un appel à un moratoire sur les agrocarburants a été lancé, chacun peut le signer : UN MORATOIRE POUR QUOI FAIRE?









Commentaires
1. Le dimanche 28 octobre 2007 à 22:56, par skalpa
2. Le vendredi 4 avril 2008 à 22:38, par lacandon
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