Nous avons longtemps vécu dans un monde que nous prétendions soumettre à nos besoins d'abord, puis à nos envies sans qu'il soit vraiment possible de tracer une frontière nette entre les premiers et les secondes.

Nous ne sommes pas toujours parvenus à nos fins, n'avons pas réalisé tous nos rêves mais dans bien des cas nous avons "soumis" le monde qui a subi les conséquences de nos actions.

Et nous avons petit à petit découvert que l'influence de cette soumission n'était pas systématiquement positive à tous points de vue, nous avons pris conscience que la satisfaction de besoins et envies avait des conséquences néfastes, puis dangereuses.

Aujourd'hui, presque chaque jour, nous recevons une mauvaise nouvelle de plus : l'Arctique fond beaucoup plus vite que ce que nous supposions il y a seulement 3 ans, la couche d'ozone de l'Antarctique (qui lui même se met à fondre à un rythme soutenu et insoupçonné il y a 2 ans...) n'a pas comblé son trou, il ne cesse même de se creuser aujourd'hui malgré l'abandon des CFC dans les pays les plus développés (leur utilisation demeure autorisée jusqu'en 2040 pour les pays "en développement" qui ne s'en privent pas, et la Chine comme l'Inde "climatise" à tour de bras ses immeubles...).

Nous venons de voter pour un nouveau président de la république.

Il tentera de recueillir l'ensemble des leviers du pouvoir.

Bien qu'il ait annoncé dès la publication des résultats du scrutin qu'il déploierait des efforts particuliers dans le domaine de l'environnement il veut entraîner notre pays vers plus de croissance, plus de développement et nous devons nous demander par quels moyens il y parviendra.

Il semble que ce vote ait exprimé un souci d'ordre et d'autorité : on peut comprendre que nos compatriotes souhaitent vivre dans un pays stable et aussi peu "désordonné" que possible si ce manque d'ordre se traduit par un faible niveau de "sécurité", c'est à dire une forte incertitude face au présent et à l'avenir.

L'autorité ne se conçoit que dans la mesure où elle garantirait réellement cette sécurité, et si elle la garantissait à tous points de vue.

Mais est-il possible de garantir un niveau élevé de sécurité dans le monde actuel, tel que nous le connaissons, en continuant à vivre sur les mêmes bases qu'hier, ces bases qui ont conduit à ces fontes de l'Arctique et de l'Antarctique évoquées pus haut ainsi qu'à de très nombreux autres désordres ?

Comment nommer ces bases ?

D'une façon générale c'est notre "modèle de société" qui constitue ces bases, la façon que nous avons d'assigner des priorités à ceci plutôt qu'à cela, la façon que nous avons de vouloir ceci ou cela en plus ou moins grande quantité, la façon aussi que nous avons de déployer nos efforts pour y parvenir.

De ce point de vue des efforts déployés par chacun nous aurons tous remarqué qu'ils portent plus ou moins de fruits et permettent à certains d'accéder à un excellent niveau de confort tandis que d'autres demeurent dans des situations peu enviables (travailleurs pauvres par exemple) : ce n'est donc pas "le développement" qu'il faut remettre en cause sans discernement et de façon globale mais il faudrait parvenir à un équilibre plus net du développement, entre les individus, entre les peuples, dans chaque pays, ici et ailleurs.

Ceci dans un contexte de pénurie annoncée : nous consommons en moyenne l'équivalent des ressources de 3 ou 4 planètes.

Cela signale des épuisements à venir et nous avons été alertés sur ce point à de multiples reprises, pour un grand nombre de ressources.

Notre modèle de société, tel que nous le vivons aujourd'hui, implique que nous projetons à l'autre bout de la planète des produits toxiques en grandes quantités : la chair des ours, des phoques et de nombreux organismes de l'Arctique contient des doses élevées de produits toxiques venus d'ailleurs, les anguilles de l'Est de la France également (n'en consommez qu'avec modération : pesticides, perturbateurs endocriniens etc... renseignez-vous un peu !!!) et l'on constate des anomalies sexuelles chez les poissons de nos rivières, entre autres phénomènes...

Même si nous sommes réticents à renoncer à certains de nos plaisirs, nous y serons probablement contraints et il est des signes qui ne doivent pas tromper : le Conseil de Sécurité de l'ONU commence à s'inquiéter des conséquences du réchauffement climatique.

Cela signifie que l'alerte a été reconnue comme très sérieuse et que nous devons nous attendre à des mesures contraignantes à plus ou moins brève échéance, venues d'instances internationales existantes ou à venir, afin de "remettre de l'ordre" là où nous n'aurons pas su l'instituer.

Autrement dit il faut que se mette en place un mouvement mondial qui serait issu de tous et vaudrait pour tous afin que cessent les dégradations dangereuses que nous faisons subir à la planète.

Plus ces dégradations seront ressenties, mais surtout évaluées, comme profondes, plus ce mouvement se montrera contraignant.

Sur quelles bases de pensée pourra-t-il s'instituer ?

Sur un renversement du paradigme qui nous a porté jusqu'à maintenant, qui plaçait en tête besoins et envies, et au second plan nos soucis vis à vis de notre environnement.

Parions que le nouveau paradigme sera tôt ou tard : environnement, besoins, puis s'il reste un peu de place, envies.

Et parions que le chapitre "environnement" ne se déclinera plus sous sa forme "protection" mais deviendra "restauration de l'environnement".

Je vois loin, penserez-vous ?

Pas tant que cela peut-être !

En Beauce cette année des centaines d'hectares de semis n'ont pas levé pour cause de sécheresse, et il était impossible d'arroser en raison du faible niveau des nappes phréatiques.

Cela parce-que les sols épuisés par les méthodes de l'agriculture "intensive" ne disposent plus d'une fraction humique suffisante pour retenir des quantités significatives d'eau.

Que le climat de ce printemps devienne une habitude, et nous verrons probablement se développer des stratégies de réhabilitation des sols aujourd'hui peu pratiquées (bois raméal fragmenté par exemple) : ce sera une forme peut-être indispensable de restauration d'un certain type d'environnement.

Et puisqu'il est question plus haut d'ordre et d'autorité, le climat de ce printemps a mis une belle pagaille dans le secteur agricole en avançant les dates de maturité d'un grand nombre d'espèces : ainsi se bousculent sur le marché des fraises de différentes régions d'Europe, qui avaient pour habitude de se succéder.

Il en résulte une baisse significative des cours pour les producteurs, ce qui ne met pas nécessairement en ordre leurs finances.

Là, aucune autorité ne peut jouer sur le climat : nous le subissons et devons nous y adapter sans nécessairement savoir le prévoir avec suffisamment d'avance.

Nous voyons bien à l'oeuvre la multiplication d'un certain nombre de désordres qui affectent directement notre modèle de société et son équilibre, par petites touches pour l'instant, et d'une façon encore modeste qui pourrait bien ne pas le rester.

S'il devient vrai que la suite logique sur laquelle devront bientôt reposer nos actions devient "environnement, besoins, puis s'il reste un peu de place, envies", ne tardons pas à la mettre en oeuvre, à l'instituer comme une nécessité pressante car plus nous aurons attendu plus nous aurons augmenté les dégâts qu'il nous faudra réparer.

Certains évoquent aujourd'hui la nécessité d'un "plan Marshall pour la planète", vous avez probablement lu cela dernièrement, tellement les dégradations de l'environnement sont préoccupantes.

Ce sujet a été largement absent d'une bonne partie de la campagne électorale, surtout sur sa fin.

Et notre nouveau président, à ce que nous pouvons en savoir, nous orientera vers un cycle de croissance très traditionnel dont une des principales caractéristiques est qu'il n'est pas marqué par des soucis environnementaux de haut niveau.

Nous devons donc craindre que se juxtaposent dans l'action gouvernementale à venir des réflexes anciens mâtinés de mesures propres à rassurer plus ou moins ceux qui suivent quelque peu l'évolution de l'état de la planète.

En conséquence nous ne devrons accepter une autorité, une gouvernance marquée par certaines intransigeances, que si cette autorité et cette intransigeance s'inscrivent dans une direction qui nous sera effectivement profitable.

Et aucun repli, identitaire ou autre, ne sera acceptable : il nous faut une ouverture très large sur un monde à réparer, à réconcilier avec lui-même.

La croissance, dans tout cela ?

Elle ne pourra s'obtenir de façon "raisonnable" en fonction des enjeux environnementaux évoqués ci-dessus que dans le cadre d'efforts intenses menés pour faire évoluer notre modèle de société vers moins de gourmandise énergétique, moins de luxe probablement, plus d'équité...

Elle ne pourra probablement s'obtenir que par des politiques de grands travaux initiés par le gouvernement pour modifier en profondeur l'habitat existant (évoluer vite et massivement vers la très haute qualité environnementale, ou THQE), en travaillant en parallèle l'urbanisme et la politique des transports (plus de transports en commun, partout), en révisant profondément la politique des transports routiers et maritimes (mise en place de normes contraignantes sur les émissions de CO2 des navires gros transporteurs, très fortement polluants), en instituant des politiques fortes d'économies d'énergie dans tous les secteurs...

Car l'un des enjeux mondiaux, dans lesquels la France doit absolument tenir sa place, sera de désamorcer le discours des pays les moins développés sur le droit qu'ils revendiquent à se développer avec les mêmes moyens et sur les mêmes paradigmes qui ont permis notre propre développement.

S'ils appliquent nos vieilles méthodes - les plus polluantes - notre avenir ne sera pas réjouissant : autant abandonner immédiatement tout souci vis à vis de l'environnement et le protocole de Kyoto !

Il ne s'agit bien évidemment pas d'empêcher ces pays de se développer mais il est absolument indispensable qu'ils se développent sans causer des dommages aussi importants que ceux dont nous avons été les auteurs depuis le début de l'ère industrielle.

Nous devons donc les aider, éventuellement les guider, vers une autre forme de développement : il n'est pas envisageable que l'ensemble de l'humanité soit un jour pourvue d'autant de véhicules individuels que nous le sommes actuellement, nous le savons bien.

C'est donc un nouveau modèle de société qu'il nous faut inventer, cela afin qu'il prenne place à la fois chez nous et ailleurs.

On voit que la solution qui consiste à instituer un poste de vice premier ministre dédié à l'environnement ne constitue aucune garantie que nous ferons réellement ce qu'il nous faudrait faire, dans un contexte de reprise d'une croissance traditionnelle.

Il est donc important que le pouvoir qui se mettra bientôt en place en France soit contre balancé par des forces qui seraient susceptibles de l'orienter ou le maintenir dans une voie qui nous garantirait à tous un avenir dans lequel les graves inquiétudes actuelles cesseraient de croître.

Il serait donc prudent d'élire une assemblée nationale qui ne serait pas, comme nous venons de la connaître, entièrement contrôlée par l'UMP.

Faut-il qu'elle soit la source d'une nouvelle cohabitation entre 2 blocs très majoritaires ?

Je ne le souhaite pas et j'espère qu'elle sera constituée d'un patchwork suffisamment représentatif de diverses tendances avec une représentation suffisante des Verts et des "altermondialistes" comme du nouveau parti de F. Bayrou, en espérant que nous saurions entrer dans un cycle de politique "intelligente" pour laquelle n'importe quelle proposition de loi pourrait être adoptée dès lors qu'elle apporterait des améliorations largement reconnues comme bénéfiques, au delà des partis et tendances.

Il faudrait pour cela que nous sortions plus ou moins de la logique traditionnelle des partis et des blocs figés, ce qui demande probablement un certain effort.

Mais de nombreux avis de scientifiques s'entendent pour nous dire que nous n'avons que jusqu'à 2020 pour réagir à certaines dégradations de la planète, soit 13 petites années...

Cela nous demandera un style d'effort inédit dans son intensité et dans son caractère général au niveau de la planète.

Il faut donc nous entraîner à déployer des efforts intenses et nouveaux, les sphères de la politique et des gouvernements sont en première ligne pour nous y entraîner !

Et, pas le vote, c'est à nous de les emmener dans cette voie !

Ce qui importe pour se conduire de manière intelligente, ce n'est pas tant la force des facultés que la manière dont on s'en sert, c'est-à-dire l'art de l'intelligence, et cet art s'affine avec l'exercice.
Alfred Binet

Une "politique intelligente" pourrait donc se concevoir, par analogie, comme l'alliance momentanée de diverses "facultés" ou tendances capables de trouver un accord sur une question donnée, quitte à connaître des désaccords sur d'autres problèmes.