Quand la décroissance fait un bide... et un tabac avec Al Gore et ailleurs
Par jcm, jeudi 12 octobre 2006 à 15:01 :: Croissance :: #31 :: rss
Après la projection aux élus français de "An inconvenient truth", le fameux film d'Al Gore sur les changements climatiques, la première question posée à l'ex vice président US porta sur la relation entre la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre et la croissance économique.
C'est ce que nous relate José, auteur de cette question, dans son compte rendu de cette soirée : In bide with Al Gore.
Il écrit "Al Gore... botte longuement en touche sur la croissance. Il fait une réponse sur les actions individuelles et le militantisme qui me semble totalement à côté du sujet...".
Eh oui, l'un des principaux indices de la "bonne santé" de nos économies est ce fameux taux de croissance, qui doit toujours s'inscrire à une hausse assez soutenue.
C'est également l'indice de l'accroissement de la mauvaise santé de notre planète jusqu'à maintenant, puisque l'essentiel de notre croissance depuis longtemps repose sur la consommation de carbone fossile, avec dissémination de ce carbone dans l'atmosphère.
Si le taux moyen de transformation de ce carbone en services ou produits s'est notablement accru au fil du temps il reste vrai que nous consommons, nous tous terriens réunis, de plus en plus de ressources énergétiques fossiles et qu'un taux annuel de croissance de cette consommation de 2% au moins est souvent retenu pour les décennies à venir.
Or il serait impératif pour la survie de nombreuses espèces, la nôtre comprise à terme peut-être, pour éviter des phénomènes climatiques violents, mais aussi pour assurer la stabilité de nos climats dans une fourchette de conditions qui permettent à une agriculture absolument indispensable à notre survie de se maintenir, que nous divisions nos émissions de gaz à effet de serre par 4 en assez peu de temps.
Cette division est donc une décroissance forte de nos émissions, ce qui correspond probablement à une décroissance tout aussi forte des industries qui nous procurent ces énergies fossiles, à moins que nous devenions capables de les utiliser sans relâcher le carbone dans l'atmosphère : on nous promet que ce sera possible, peut-être, dans certaines conditions, un jour...
Mais vue l'urgence d'agir sur la réduction de nos émissions nous ne pouvons nous permettre d'attendre que sciences et techniques aient tenu leurs "promesses", qui ne sont que des voeux pieux (nous disposons avec la fusion nucléaire d'un excellent exemple de ces "promesses" perpétuellement reconduites : Non à Iter).
Il faut donc commencer à organiser très sérieusement la décroissance de notre demande en énergie, ceci dans la mesure où nous savons que même un recours massif à la biomasse ne saurait couvrir notre consommation actuelle ou future.
On le voit le terme "décroissance" peut-être uilisé de multiples façons selon le contexte, on voir aussi dans l'évitement pratiqué par Al Gore que la notion de "décroissance" est mal perçue, mal ressentie, mal comprise peut-être.
A ce que j'en sais pourtant Al Gore aurait lui-même été l'artisan d'une figure de la décroissance lorsqu'il a interrompu les activités liées au tabac de son exploitation familiale suite au décès de sa soeur d'un cancer du poumon.
Une décroissance totale de l'activité liée au tabac à l'échelon de cette exploitation, une décroissance dont je ne saurais chiffrer le taux (qui dépend des volumes d'affaires respectifs) pour la région, peut-être comblée par une production accrue par d'autres et ailleurs mais néanmoins une décroissance réelle à un certain échelon.
Une décroissance motivée par la raison et qui a probablement nécessité une certaine imagination afin de mettre en place une solution de reconversion, garante de la probabilité d'un revenu satisfaisant et pérenne.
Restons un instant dans le tabac : le projet d'une interdiction de fumer dans les lieux publics s'inscrit dans le projet de réduire la consommation générale de tabac, ce qui correspond "mécaniquement" à un objectif de faire décroître toutes les activités liées au tabac.
Nous sommes donc au coeur d'une initiative de décroissance dans un domaine bien déterminé, initiative qui n'est pourtant jamais désignée de cette façon, peut-être parce-que l'objectif initial porte sur la santé, la décroissance des industries du tabac étant seulement une conséquence.
Et gageons que si tous les partisans de l'abstention tabagique apprenaient que, de par le monde, le nombre de fumeurs décroissait de 10 ou 20% par an ils s'en montreraient très satisfaits : ce serait une décroissance très significative des industries du tabac.
Il existe donc dans notre monde ordinaire et chez nos élus des partisans qui s'ignorent de certaines formes de décroissance et ils s'appuient sur la raison pour les justifier.
Au rythme où nous l'utilisons, les réserves mondiales de platine nous laisseraient une soixantaine d'années avant épuisement : nous serons confrontés un jour à certaines décroissances forcées, qui n'émaneront pas de notre raison mais de l'épuisement de certaines ressources.
Certaines figures de "la décroissance" nous seront donc imposées.
Pouvons-nous imaginer une décroissance brute, concernant tout ce qui nous est utile ou indispensable ?
Il ne le semble pas : cela signifierait par exemple, en cas d'augmentation de la population d'un pays, de se contenter d'une masse toujours plus faible d'aliments et du même nombre de logements (détruirait-on des logements pour coller au sain dogme d'une décroissance forcée, continue, perpétuelle ?) quelle que puisse être cette augmentation : on subodore donc que la notion de "décroissance" doit donc être examinée de près, et que l'hypothèse d'une croissance nulle (la fameuse "Croissance 0" d'Alfred Sauvy) mérite la même prudence.
Pas de dogme donc mais de la mesure à tous points de vue, mesure qui ne pourra émerger que d'évaluations besoins / possibilités / nuisances toujours renouvelées.
Il faut donc que nous sachions adapter nos productions à la réalité de nos besoins, et la division par 4 de nos émissions de gaz à effet de serre devra probablement nous conduire à une caractérisation de nos besoins selon le dégré de leur nécessité et le volume d'émissions de GES qu'ils engendrent.
Avons-nous "besoin" que des yachts qui consomment quelques centaines de litres de fuel à l'heure soient construits et sillonnent nos mers, avons-nous "besoin" que des pelouses soient tondues alors qu'elles n'ont pas même poussé de 2 cm (Les tondeuses à gazon sont 100 fois plus polluantes que les voitures), avons-nous besoin d'acheter des produits en "dosettes" très consommatrices en emballage superflu alors qu'ils existent dans des conditionnements moins dommageables à notre environnement, avons-nous "besoin"... et l'on pourrait multiplier les exemples.
Nous avons, par contre, grand besoin de nous lancer dans des milliers d'actions qui nous permettront à plus ou moins brève échéance de consommer - et de rejeter - moins de carbone fossile dans l'atmosphère.
Dans "Codevi verdâtre, jeunes des banlieues et d'ailleurs, chômeurs..." j'évoque la transformation du bâti existant pour le rendre aussi indépendant que possible des énergies fossiles.
Et termes de "croissance / décroissance" cela revient à faire décroître de façon massive l'utilisation des énergies fossiles (et donc le chiffre d'affaire des industries liées à ces énergies) pour faire croître l'utilisation d'énergies renouvelables.
A ce schéma ne correspond pas, au moins pour quelques dizaines d'années, une décroissance de l'activité globale du pays et du PIB, bien au contraire, du fait que cette conversion nécessitera la création de très nombreux emplois, la conduite de nombreux travaux de modernisation, d'adaptation, l'investissement en masse dans des matériaux, du matériel...
C'est donc un schéma de "croissance / décroissance" très sélectif, qui devra répondre aux choix que nous aurons établis par raison, de la même façon que cela se fait en réalité pour le tabac.
J'en déduirai donc que certaines formes de décroissance sont très souhaitables, car elles nous serons bénéfiques d'un point de vue environnemental, et que par surcroît elles pourront devenir la source d'une croissance économique qui serait très favorable à un rééquilibrage social de notre pays.
Le débat "croissance / décroissance" mérite donc d'être examiné de très près !
C'est ce que nous relate José, auteur de cette question, dans son compte rendu de cette soirée : In bide with Al Gore.
Il écrit "Al Gore... botte longuement en touche sur la croissance. Il fait une réponse sur les actions individuelles et le militantisme qui me semble totalement à côté du sujet...".
Eh oui, l'un des principaux indices de la "bonne santé" de nos économies est ce fameux taux de croissance, qui doit toujours s'inscrire à une hausse assez soutenue.
C'est également l'indice de l'accroissement de la mauvaise santé de notre planète jusqu'à maintenant, puisque l'essentiel de notre croissance depuis longtemps repose sur la consommation de carbone fossile, avec dissémination de ce carbone dans l'atmosphère.
Si le taux moyen de transformation de ce carbone en services ou produits s'est notablement accru au fil du temps il reste vrai que nous consommons, nous tous terriens réunis, de plus en plus de ressources énergétiques fossiles et qu'un taux annuel de croissance de cette consommation de 2% au moins est souvent retenu pour les décennies à venir.
Or il serait impératif pour la survie de nombreuses espèces, la nôtre comprise à terme peut-être, pour éviter des phénomènes climatiques violents, mais aussi pour assurer la stabilité de nos climats dans une fourchette de conditions qui permettent à une agriculture absolument indispensable à notre survie de se maintenir, que nous divisions nos émissions de gaz à effet de serre par 4 en assez peu de temps.
Cette division est donc une décroissance forte de nos émissions, ce qui correspond probablement à une décroissance tout aussi forte des industries qui nous procurent ces énergies fossiles, à moins que nous devenions capables de les utiliser sans relâcher le carbone dans l'atmosphère : on nous promet que ce sera possible, peut-être, dans certaines conditions, un jour...
Mais vue l'urgence d'agir sur la réduction de nos émissions nous ne pouvons nous permettre d'attendre que sciences et techniques aient tenu leurs "promesses", qui ne sont que des voeux pieux (nous disposons avec la fusion nucléaire d'un excellent exemple de ces "promesses" perpétuellement reconduites : Non à Iter).
Il faut donc commencer à organiser très sérieusement la décroissance de notre demande en énergie, ceci dans la mesure où nous savons que même un recours massif à la biomasse ne saurait couvrir notre consommation actuelle ou future.
On le voit le terme "décroissance" peut-être uilisé de multiples façons selon le contexte, on voir aussi dans l'évitement pratiqué par Al Gore que la notion de "décroissance" est mal perçue, mal ressentie, mal comprise peut-être.
A ce que j'en sais pourtant Al Gore aurait lui-même été l'artisan d'une figure de la décroissance lorsqu'il a interrompu les activités liées au tabac de son exploitation familiale suite au décès de sa soeur d'un cancer du poumon.
Une décroissance totale de l'activité liée au tabac à l'échelon de cette exploitation, une décroissance dont je ne saurais chiffrer le taux (qui dépend des volumes d'affaires respectifs) pour la région, peut-être comblée par une production accrue par d'autres et ailleurs mais néanmoins une décroissance réelle à un certain échelon.
Une décroissance motivée par la raison et qui a probablement nécessité une certaine imagination afin de mettre en place une solution de reconversion, garante de la probabilité d'un revenu satisfaisant et pérenne.
Restons un instant dans le tabac : le projet d'une interdiction de fumer dans les lieux publics s'inscrit dans le projet de réduire la consommation générale de tabac, ce qui correspond "mécaniquement" à un objectif de faire décroître toutes les activités liées au tabac.
Nous sommes donc au coeur d'une initiative de décroissance dans un domaine bien déterminé, initiative qui n'est pourtant jamais désignée de cette façon, peut-être parce-que l'objectif initial porte sur la santé, la décroissance des industries du tabac étant seulement une conséquence.
Et gageons que si tous les partisans de l'abstention tabagique apprenaient que, de par le monde, le nombre de fumeurs décroissait de 10 ou 20% par an ils s'en montreraient très satisfaits : ce serait une décroissance très significative des industries du tabac.
Il existe donc dans notre monde ordinaire et chez nos élus des partisans qui s'ignorent de certaines formes de décroissance et ils s'appuient sur la raison pour les justifier.
Au rythme où nous l'utilisons, les réserves mondiales de platine nous laisseraient une soixantaine d'années avant épuisement : nous serons confrontés un jour à certaines décroissances forcées, qui n'émaneront pas de notre raison mais de l'épuisement de certaines ressources.
Certaines figures de "la décroissance" nous seront donc imposées.
Pouvons-nous imaginer une décroissance brute, concernant tout ce qui nous est utile ou indispensable ?
Il ne le semble pas : cela signifierait par exemple, en cas d'augmentation de la population d'un pays, de se contenter d'une masse toujours plus faible d'aliments et du même nombre de logements (détruirait-on des logements pour coller au sain dogme d'une décroissance forcée, continue, perpétuelle ?) quelle que puisse être cette augmentation : on subodore donc que la notion de "décroissance" doit donc être examinée de près, et que l'hypothèse d'une croissance nulle (la fameuse "Croissance 0" d'Alfred Sauvy) mérite la même prudence.
Pas de dogme donc mais de la mesure à tous points de vue, mesure qui ne pourra émerger que d'évaluations besoins / possibilités / nuisances toujours renouvelées.
Il faut donc que nous sachions adapter nos productions à la réalité de nos besoins, et la division par 4 de nos émissions de gaz à effet de serre devra probablement nous conduire à une caractérisation de nos besoins selon le dégré de leur nécessité et le volume d'émissions de GES qu'ils engendrent.
Avons-nous "besoin" que des yachts qui consomment quelques centaines de litres de fuel à l'heure soient construits et sillonnent nos mers, avons-nous "besoin" que des pelouses soient tondues alors qu'elles n'ont pas même poussé de 2 cm (Les tondeuses à gazon sont 100 fois plus polluantes que les voitures), avons-nous besoin d'acheter des produits en "dosettes" très consommatrices en emballage superflu alors qu'ils existent dans des conditionnements moins dommageables à notre environnement, avons-nous "besoin"... et l'on pourrait multiplier les exemples.
Nous avons, par contre, grand besoin de nous lancer dans des milliers d'actions qui nous permettront à plus ou moins brève échéance de consommer - et de rejeter - moins de carbone fossile dans l'atmosphère.
Dans "Codevi verdâtre, jeunes des banlieues et d'ailleurs, chômeurs..." j'évoque la transformation du bâti existant pour le rendre aussi indépendant que possible des énergies fossiles.
Et termes de "croissance / décroissance" cela revient à faire décroître de façon massive l'utilisation des énergies fossiles (et donc le chiffre d'affaire des industries liées à ces énergies) pour faire croître l'utilisation d'énergies renouvelables.
A ce schéma ne correspond pas, au moins pour quelques dizaines d'années, une décroissance de l'activité globale du pays et du PIB, bien au contraire, du fait que cette conversion nécessitera la création de très nombreux emplois, la conduite de nombreux travaux de modernisation, d'adaptation, l'investissement en masse dans des matériaux, du matériel...
C'est donc un schéma de "croissance / décroissance" très sélectif, qui devra répondre aux choix que nous aurons établis par raison, de la même façon que cela se fait en réalité pour le tabac.
J'en déduirai donc que certaines formes de décroissance sont très souhaitables, car elles nous serons bénéfiques d'un point de vue environnemental, et que par surcroît elles pourront devenir la source d'une croissance économique qui serait très favorable à un rééquilibrage social de notre pays.
Le débat "croissance / décroissance" mérite donc d'être examiné de très près !




Commentaires
1. Le mardi 17 octobre 2006 à 23:13, par isabelle
2. Le lundi 25 décembre 2006 à 17:46, par bug-in
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