Le 4 Septembre 2006 je reçois la newsletter de "Univers-nature" et j'y découvre cet article : "Après la vente de purin d’ortie, c’est l’information qui est interdite".

A lire également l'interview de Bernard Bertrand : Interdiction d'informer sur les phytosanitaires naturels non-homologués.

Sur " eco-echos" Isabelle Delannoy venait de publier "La maison, plus polluée que la rue", texte auquel j'ajoute un commentaire plutôt porté sur l'agriculture (qui pourrait nourrir tous les humains sans dégrader l'environnement : voir le lien dans le commentaire en référence) et lui transmets la nouvelle concernant le purin d'ortie.

Isabelle réagit aussitôt en publiant "Les préparations maison pour la protection des plantes, désormais interdites".

Je n'avais pas eu le temps d'approfondir cette question et ce texte d'Isabelle, reprenant le contenu de la loi, nous donne un éclairage très intéressant sur la direction que prend peut-être notre société.

Isabelle écrit "C'est à dire que tout produit fait à la maison à partir de macérations végétales ou de composés minéraux afin de protéger les végétaux est interdit : vous n'avez pas le droit d'en avoir une goutte chez vous, et évidemment de le promouvoir.", parce-que la loi stipule : "Sont interdites la mise sur le marché, l'utilisation et la détention par l'utilisateur final des produits phytopharmaceutiques s'ils ne bénéficient pas d'une autorisation.".

Avant d'appliquer quelque traitement que ce soit sur une plante il faut donc que chacun d'entre nous dispose de la liste officielle des produits phytopharmaceutiques, ou que l'on considère tout produit appliqué sur une plante comme étant par définition un produit phytopharmaceutique, ceci sous peine d'être passible d'amende et d'emprisonnement.

Il y aurait peut-être beaucoup de monde à encager...

Plus grave, c'est notre liberté d'expression qui est en cause puisqu'il est interdit de "recommander" des produits ne disposant pas d'une autorisation de mise sur le marché : en d'autres termes il nous est interdit d'affirmer que le purin d'ortie, par exemple, a des qualités sur le plan horticole dès lors qu'un tribunal pourrait estimer que cette affirmation s'apparenterait à une "recommandation".

Précisons que l'autorisation de mise sur le marché (AMM) de produits phytosanitaires ne retient pas comme une condition déterminante la non dangerosité de ces produits (sinon de très nombreux produits phytosanitaires seraient interdits) ...

INRA : "L'évaluation des produits phytopharmaceutiques : autorisation de mise sur le marché".

Cette AMM a un coût (à titre indicatif, en 2002 : "L’AUTORISATION DE MISE SUR LE MARCHE DE PRODUITS PHYTOPHARMACEUTIQUES EN FRANCE (.pdf)"), ce qui explique qu'aucun acteur économique n'investira pour l'homologation d'une substance que chacun peut fabriquer chez soi : la procédure d'homologation est donc inadaptée à tout produit dont la formulation serait laissée à la liberté de chacun.

Il est donc interdit de formuler des produits, de les détenir et d'en parler : aucune place n'est donc laissée pour des traitements qui ne seraient pas disponibles dans le commerce (sous AMM) et aucune recherche ou expérimentation personnelle n'est possible sans transgresser cette loi.

Si demain quelqu'un découvre qu'une préparation de 10% de jus de tomate dans de l'eau procure des bienfaits à certaines plantes, il faudra le taire car l'auteur de cette expérimentation, même s'il est prêt à payer le prix de l'AMM, pourra être poursuivi pour avoir effectué cette expérimentation puisqu'il aura fait usage d'une substance non homologuée...

Mais qui, dans ces conditions, dispose du droit à effectuer des expériences en France ?

Les laboratoires qui formulent de nouveaux produits phytopharmaceutiques ne pourraient-ils pas être poursuivis pour utilisation de substances non homologuées lors des tests préalables à la demande d'AMM ?

Ainsi des savoirs accumulés depuis longtemps, qui ont permis de vérifier l'efficacité et l'absence de toxicité, de dangers, d'un certain nombre de préparations doivent être oubliées, puisqu'il n'est même plus admis par cette loi qu'on puisse les relater !!!

Plus grave encore cette loi permet l'utilisation, la promotion, la recommandation... de produits notoirement dangereux pour l'environnement et pour notre santé !!!

Elle interdit certaines pratiques de l'agriculture biologique dont on a vu que des études comparatives au niveau mondial (voir lien "L’agriculture biologique peut-elle nous nourrir tous ?" dans le commentaire du premier texte d'Isabelle) montrent que ce serait une solution à adopter en urgence tout autour du globe...

Cette loi favorise donc des pratiques dangereuses pour l'environnement et par conséquent pour nos santés (Plans anti-cancer : le tabac en rideau de fumée...).

On le voit cette loi pose des questions graves, qui engagent notre avenir, nos santés, notre environnement, notre liberté d'expression (la limiter à ce point sur un tel sujet ouvre la voie à ce qu'on puisse la contraindre à n'importe quel prétexte sur tout autre sujet).

N'oublions pas que la France est l'un des plus grands utilisateurs de produits phytosanitaires au monde, que nos eaux de surface et nos eaux souterraines sont très gravement polluées et que la situation ne s'améliore pas.

En cause ? Phytosanitaites, phytopharmaceutiques, pesticides de tous poils...

Voir à ce sujet le "DOSSIER PESTICIDES" du MDRGF, qui annonce dans sa dernière newsletter (6 Septembre 2006) : "Le MDRGF va maintenant se battre pour que soit reconnu le droit a utiliser et à promouvoir les préparations phytosanitaires d'origines naturelles dans l'intérêt de notre environnement et de notre santé » Declare Francois Veillerette Président du MDRGF."

Bien que l'idée d'une réflexion politique – et même philosophique – sur le purin d'ortie puisse prêter à sourire la question n'est en rien anodine.

Et il serait important pour notre avenir que chacun des candidats à la présidence de la république en 2007 se prononce clairement sur l'ensemble des problématiques liées à cette question.

Et heureusement pour Montréal, elle n'est pas en France : Recettes maison pour des alternatives aux insecticides et aux fongicides !