J'apprends ce matin par la radio que l'équipe de France n'a pas remporté la coupe, que cela s'est joué sur un coup de pied, un seul.

Un seul coup de pied sur combien au total dans cette suite de matchs ?

5000, 20 000 ou plus ?

Combien au cours de ce dernier match ?

500, 1000 ?

Rien de significatif d'un point de vue statistique, rien de significatif à aucun point de vue d'ailleurs sauf qu'il faut absolument que l'on puisse déclarer un vainqueur.

Et cette pratique du tir au but me laisse perplexe : en quoi pourrait-elle fournir un résultat qui nous délivrerait un quelconque rapport de valeur entre une équipe et une autre, puisqu'il entre une très grande part de hasard dans le fait que le gardien intercepte ou non le ballon et puisque seuls 2 personnes se trouvent face à face après 90 minutes de jeu qui, elles, ont permis que les équipes au complet s'affrontent ?

Pour ce qui est du hasard du tir au but rappelons qu'il est à peu près impossible de déduire de la position du tireur ce que sera la trajectoire exacte de la balle et que la durée du parcours de la balle est inférieur à la durée du réflexe humain (entre la détection d'un stimulus et la réaction qu'il provoque) : même si le gardien pouvait déduire du premier mètre de cette trajectoire quel serait le point d'aboutissement sa constitution musculaire et nerveuse ne disposerait pas du temps nécessaire à une réaction qui permettrait l'interception.

Revenons à cet affrontement qui n'a pas permis de déterminer quelle serait "la meilleure" équipe et qui signifie qu'elles se situent au même niveau de compétence, que rien ne les départage.

Mais telles sont les règles du foot : insignifiantes.

Nous voici donc avec un vainqueur en très grande partie issu des lois du hasard et l'un des petits rameaux de l'histoire de l'humanité retiendra que l'Italie emporta "le" titre en 2006.

La radio m'informe donc de cette "grande victoire" et une revue de la presse italienne égrène les commentaires de quelques personnages politiques : on hésite entre l'hilarité et l'affliction et je regrette de ne pas avoir pris note.

Une récupération en règle qui assimile étroitement le pays à son équipe, toute distinction tombe, le pays EST l'équipe, soudainement, chacun devient presque l'auteur de ce tir au but, chacun et le pays tout entier devient "le meilleur".

Je comprends que l'enthousiasme puisse enflammer les foules et puisse faire, pour un temps, triompher la joie sur toute réflexion mais ne pourrions-nous pas souhaiter, de la part de politiques, un peu plus de recul ?

Des politiques, à quelques exceptions près peut-être, qui seraient tous atteints d'une irrésistible et dévorante passion pour le foot ?

Je doute que cette passion soit toujours aussi intense que ce que l'on veut faire croire...

Voici donc ce que nous, en France, avons gagné à perdre : il n'y aura pas de récupération politique de la victoire de l'équipe nationale car elle n'a pas obtenu cette victoire.

Que cette récupération ne puisse avoir lieu me réjouit car pour combien de semaines aurions-nous eu droit à des discours façon "la France qui gagne" à tous propos ?

Alors qu'il n'existe aucun lien, aucun parallèle pertinent, à établir entre une victoire sur un terrain de foot, fût-elle obtenue dans le cours du match et non dans ce jeu de hasard du tir au but, fût-elle ravie dans une compétition internationale, et l'ensemble de ce qui fait un pays, ses qualités, ses défauts, ses succès ou ses déboires.

J'espère de cette défaite que ses commentaires seront plus brefs que ceux qui auraient suivi une victoire, commentaires qui auraient monopolisé beaucoup de temps de parole et de minutes d'antenne, au détriment de véritables informations qui, elles, méritent véritablement qu'on s'y attarde.

Ainsi ces 15 derniers jours, de 15 à 20 minutes des JT du soir ont été consacrés au foot et à ce qui gravitait autour.

Souvent tout ce qu'il y avait de plus intéressant, avec des images de foules dans des situations variées, des interviews passionnants de passionnés ("nous on est venus pour faire la fête, alors on fait la fête...")...

Voilà donc ce qui importait, et il se passait suffisamment de choses nettement plus insignifiantes dans notre monde pour que l'on accorde un tel temps d'antenne au foot, probablement.

La question de l'audience explique probablement ce choix des chaînes d'accorder une telle place au foot au détriment de véritables informations.

Une audience qui influe directement sur les recettes publicitaires probablement, mais alors qu'en est-il de l'indépendance de la rédaction face à la publicité ?

Espérons-donc que cette défaite nous permettra un retour à des faits plus essentiels et saluons le fait qu'elle ne permettra pas à un certain nombre de politiques de "cocoricoter" stupidement (mais là je me livre au pléonasme) et interminablement sur "notre supériorité" de l'instant.