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dimanche 8 août 2010

Gibier idéal ?

« Les juifs ont toujours été le gibier idéal » dit un assistant de Heidrich au début du film « Holocauste ».

On sait ce que de tels mots pouvaient signifier pour les nazis.

Très récemment en France un triste fait divers, mais rien de plus qu'un fait divers, a été à l'origine de la stigmatisation d'une partie de la population désignée sous divers vocables, « gens du voyage », « roms »...

Une méthode que les nazis connaissaient bien, il suffit de se plonger dans cette tranche d'histoire pour le vérifier.

Une méthode parfaitement indigne du point de vue intellectuel (une méthode de gens qui ne peuvent ou ne savent réfléchir, faire la part de l'imaginaire, du supposé, et du réel, de ... crétins, en d'autres termes) et du point de vue humain, qui consiste à généraliser un phénomène très ponctuel à l'ensemble d'une population afin de faire croire que ce phénomène est la réalité de cette population.

Toute généralisation est une outrance, il en est d'anodines.

Prétendre que tous les lapins mangent du serpolet parce-que l'on a vu un lapin en manger est une généralisation sans grande gravité.

La focalisation actuelle sur « les gens du voyage » est au contraire inadmissible car de fait elle tend à couper notre société d'une frontière nette avec d'un côté des gens aux comportements « normaux » et de l'autre des gens qui, du fait qu'ils seraient itinérants ou auraient une origine supposée dans un pays ou un groupe donné, devraient systématiquement être suspectés de se comporter de façon « anormale » et répréhensible.

Pourquoi cette focalisation ?

Parce-que le phénomène à l'origine de cette stigmatisation est un trouble de l'ordre public et il est donc une manifestation de ce que nous nommons « insécurité ».

Insécurité : un terme générique capable de couvrir une grande variété de réalités différentes et bien pratique d'un point de vue politique car chacun aspire à sa propre sécurité, si ce n'est à un niveau de sécurité largement partagé par l'ensemble de la société (mais là on peut douter que chacun veuille véritablement la sécurité de tous, voir les divers niveaux de sécurité dont « bénéficient » une partie de ces « gens du voyage » entre autres fractions « défavorisées » de la population, dont peu s'accommoderaient vraiment et qui ne suscitent pas de protestations générales...).

Politiquement affirmer « lutter contre l'insécurité » est donc une proposition contre laquelle nul ne peut s'élever, par principe.

Tout gouvernement doit bien évidemment travailler quotidiennement à ce que la meilleure sécurité de chacun et de tous soit aussi bien assurée que possible : dans les grandes lignes c'est pour que nos vies aient les meilleures chances possibles de se dérouler dans des conditions convenables que nous nous dotons de gouvernements qui, si tout allait de soi sans eux, seraient parfaitement superflus.

Lorsqu'un niveau satisfaisant de sécurité est assuré dans la durée aucun gouvernement n'est légitime à se vanter qu'il en soit ainsi : il n'a fait que son travail, il a atteint l'objectif que nous, électeurs, lui avions fixé.

Lorsqu'un gouvernement hausse le ton sur le thème de la sécurité c'est qu'il se produit des phénomènes tels que l'on peut penser que le niveau satisfaisant de sécurité pour tous n'a pas été atteint : cela signifie que ce gouvernement n'a pas – encore – rempli son contrat.

Mais hausser le ton est-il plus nécessaire que le fait d'agir avec une réelle efficacité ?

Que constatons-nous aujourd'hui ?

Effectivement le niveau global moyen de sécurité que nous souhaitons tous n'est pas au rendez-vous, ceci à des points de vue très variés : santé, pollutions diverses, habitat, cohabitation paisible de diverses classes sociales en certains endroits... : cette constatation n'a donc aucun rapport avec le fait divers évoqué plus haut.

Et tour à tour se produisent des haussements de tons, sont prononcées des paroles « fermes » avec à chaque fois la désignation de telle ou telle partie de la population qui serait la source des « insécurités » constatées : « jeunes des banlieues sensibles », groupuscules plus ou moins « terroristes », « gens du voyage »....

A chaque fois une mise en accusation, un « gibier » qu'il faut traquer, réduire, maîtriser...

Au cours de notre histoire les « gens du voyage », les « roms » ont souvent également été le « gibier » ici et ailleurs : une nouvelle fois les voici portés au devant d'une scène tout à fait indigne de cette France de la Déclaration des Droits de l'Homme.

Et nous voici plongés dans cette pièce puérile et nauséabonde dans laquelle les « bons », « purs et durs » (le gouvernement) va donner la chasse à ce bloc indivisible de « mauvais » (ou « méchants » ?) qui rendent aux autres la vie plus dangereuse.

Comment des personnes que l'on suppose a priori au moins aussi intelligentes et cultivées, sinon plus tant qu'à faire, que la moyenne du peuple qu'ils gouvernent peuvent-ils encore tirer d'aussi grosses, d'aussi puantes ficelles ?

Et pourquoi le font-ils ?

Ils le font parce-qu'ils savent qu'une partie significative de la population applaudira des deux mains à cette scène pourtant lamentable (ce qu'indique, d'après leurs auteurs, un récent sondage d'un certain quotidien...), humainement et intellectuellement inacceptable parce-que profondément injuste.

Intellectuellement inacceptable pour peu que l'on réfléchisse en s'appuyant sur ce que peut nous apprendre l'histoire de nos civilisations autant que sur les apports de la philosophie.

On en déduit que cette partie significative de la population a un horizon de réflexion extrêmement limité et qu'elle fait volontiers partie de ce jeu qui, sans sa collaboration, ne pourrait exister.

En fait ces dirigeants dont on suppose généralement qu'ils appartiennent à « l'élite » de notre pays produisent un discours, induisent des dynamiques, qui devraient aux yeux de tous apparaître comme le symptôme d'une inculture assez profonde et d'une absence de scrupules tout à fait indigne des fonctions occupées.

Scrupules car ces gens ne sont pas le citoyen lambda, leur voix porte beaucoup plus loin que celle du citoyen lambda et laisse plus de traces, dans l'immédiat et dans l'histoire.

Lorsqu'on bénéficie d'une très large audience et de pouvoirs particuliers, c'est leur cas, il me semble que l'on se doit de parler avec précaution, d'agir avec circonspection car on laisse des traces importantes dans la société : il faut que dans le présent ces traces soient largement bénéfiques à tous, sans exceptions, et que le souvenir qu'en portera l'histoire soit tout sauf lamentable.

Depuis quelques temps nous assistons à la chasse, au moins verbale et généralement dépourvue de tout succès pratique, à divers boucs émissaires sur le motif de l'insécurité.

C'est la preuve d'une inefficacité récurrente qui me fait redouter que ce mouvement s'accentue, que les « paroles fortes » deviennent des vociférations de plus en plus vindicatives : une escalade aussi dangereuse que nauséabonde qui ne mènerait personne sur la voie d'une meilleure sécurité...

De grâce ne nous laissons pas rabaisser par des « élites » visiblement inconscientes et dépassées par les tâches que nous leurs avons confiées...

dimanche 8 novembre 2009

Contestation individuelle du GIEC : l'inaccessible seuil de compétence...

Est-il possible à un individu isolé, ou à un groupe d'individus, de formuler une contestation des conclusions du GIEC (ou IPCC) qui aurait une valeur d'un niveau comparable à ces conclusions et pourrait donc les remettre en question ?

La question mérite d'être posée et examinée de près car les contestations fleurissent, elles alimentent un peu partout dans le monde les blogs, les chroniques internet, sur journaux papier ou les émissions TV....

Il y a là un véritable problème pour notre société, celui que chacun puisse déterminer parmi toutes les propositions disponibles sur un sujet donné celles auxquelles il doit se référer afin de pouvoir exercer en connaissance de cause sa citoyenneté.

Que les travaux des scientifiques du GIEC soient généralement disponibles à tous (pour peu que l'on se donne la peine de les chercher et éventuellement de payer pour y accéder) est une bonne chose mais cela ne signifie en rien que nous serons tous capables de les comprendre, et encore moins d'en reproduire les mécanismes pour finalement en contester les résultats en présentant des contre conclusions d'un même niveau de solidité.

Si chacun, ou des comités restreints, avait la capacité de produire des résultats de haut niveau en climatologie et dans les diverses disciplines réunies par le GIEC, pourquoi aurait-on pris la peine de créer cet instance et d'y faire collaborer des milliers de scientifiques reconnus ?

La réponse pourrait être : les phénomènes à prendre en compte, à disséquer, à mettre en interaction dans des modélisations complexes sont à ce point nombreux, difficiles à identifier, à quantifier, à comprendre... qu'il est indispensable d'avoir recours à de nombreuses disciplines réunissant chacune de nombreux spécialistes.

Ce qui d'emblée serait susceptible de disqualifier toute approche tentée par un individu ou un petit groupe.

Et cela même si cet individu ou si les participants à ce petit groupe répondaient aux caractéristiques de « scientifiques reconnus » : l'ampleur et la difficulté de la tâche implique la grande taille de l'effectif, la variété des qualifications et leur très haut niveau.

Même avec ses milliers de participants de très haut niveau le GIEC ne nous fournit pas de certitudes absolues (qui, quelles qu'elles puissent être, nous seraient d'un grand secours) pourtant des individus ou petits groupes d'individus avancent sans broncher des conclusions inverses à celles du GIEC comme représentant « la » vérité, celle qu'ils défendent et qui, éventuellement, serait susceptible de recueillir une majorité de voix dans un débat démocratique.

Nous sommes là confrontés au danger de passer à l'écart de ce qui devrait nous guider, au danger de nous lancer dans des directions où nous mettrions notre avenir en péril.

Il existe par exemple un débat sur les neiges du Kilimandjaro : elles fondent depuis longtemps et l'on peut penser qu'elles disparaîtront à relativement brève échéance.

« Le glacier du Kilimandjaro a perdu 85% de sa surface en un siècle et aura disparu d’ici 20 ans »

Si certains avancent que cette fusion des glaces est imputable au réchauffement global d'autres mettent en accusation la déforestation, très importante, dans les zone voisines de ce sommet, qui aurait profondément modifié le régime des pluies dans cette région.

Le Kilimandjaro recevrait trop peu de précipitations pour que ses « neiges éternelles » le demeurent longtemps, tandis que les températures au sommet n'auraient jamais dépassé 0°C.

« Kilimanjaro's snows have been vanishing for a very long time »

Mais ne faut-il pas relier ce manque de précipitations aux sécheresses intenses répertoriées dans divers pays d'Afrique (la déforestation locale perdrait alors son rôle prépondérant dans la fonte) et au « reverdissement » de certaines zones sahéliennes, le tout pouvant constituer diverses manifestations du réchauffement global agissant en interaction pour causer un remaniement des flux d'air qui apportent – ou non – des précipitations ?

Cette fonte n'est-elle pas prise dans un réseau d'interactions beaucoup plus complexe ?

Je crains qu'il ne soit pas à la portée d'un individu d'apporter – même en quelques mois de travail – une réponse crédible à une telle interrogation.

A défaut de cette réponse il sera pour le moins extrêmement hasardeux de déduire de la fonte des glaces du Kilimandjaro une conclusion sur le réchauffement global.

On voit qu'il n'est pas possible – et qu'il serait irresponsable – de tirer une conclusion générale d'un seul phénomène sur l'étude duquel persisteraient des zones d'ombre, des questions sans réponses.

Mais tirer des conclusions définitives, absolues, à partit d'un matériel minimaliste semble être l'apanage des « anti réchauffistes » de tous poils et plus largement d'un certain nombre de ceux qui désirent formuler, à quelque titre que ce soit, des reproches à l'encontre du GIEC : tous cherchent fébrilement l'argument, souvent « la » courbe, qui sera susceptible de discréditer en bloc l'ensemble des travaux du GIEC.

Il s'en trouve pour adhérer à ce type d'argument, lorsqu'il est présenté (ce dont certains personnages dotés de quelque renom ne se privent pas) et qui ne sera pas scrupuleusement évalué avant d'être relayé par la presse ou quelques blogs.

Ainsi se construisent des bruits qui pourront courir un certain temps, avoir un impact dans le public sans correspondre à aucune réalité du point de vue de l'évolution du climat ni à aucune caractéristique de ce que doit être la science.

Cette démarche s'appelle « examiner la réalité par le petit bout de la lorgnette », elle ne mène nulle part d'un point de vue scientifique tout en bénéficiant d'une couverture médiatique souvent importante.

Il est certes tentant de penser que l'on parvient à comprendre un phénomène, et que par conséquent l'on peut extrapoler ce que l'on croit comprendre pour en déduire une perspective sur l'avenir : l'examen d'un graphique peut illusionner, ce qui se produit souvent.

Prenons un exemple sur une courbe fictive.

Courbe de tendance



La courbe verte représente un phénomène (P1) que l'on aurait mesuré, la courbe bleue est la tendance calculée à partir de cette courbe verte (droite de régression).

Si l'on avait calculé cette tendance à la date du plus haut sommet de la courbe verte (point H) sa pente aurait été plus forte, et l'on aurait pu en déduire une hausse plus importante que celle constatée après coup pour les années ultérieures au point H.

Or cette courbe verte est la moyenne des courbes en pointillé, qui représentent des phénomènes sous-jacents, connus ou non, qui conditionnent l'état du phénomène P1 : c'est bien une situation qui se rencontre dans les études sur l'évolution du climat.

On peut imaginer un cas où l'on connaît seulement certains des phénomènes sous-jacents (qui eux-mêmes peuvent être la résultante d'autres phénomènes...) : que se passe-t-il si l'on connaît ceux représentés par la courbe bleue et la blanche représentées en pointillés, mais pas le bleu clair et le violet ?

Il faudra calculer une fonction, à partir des tracés pointillés bleu et blanc, qui puisse produire comme résultante la courbe verte.

Cette fonction sera, au moment du calcul, le meilleur de ce que l'on puisse faire et servira à calculer une projection dans l'avenir afin de déterminer l'évolution de la courbe verte et sa tendance.

Mais cette fonction n'aura jamais la qualité des courbes réelles des phénomènes inconnus qu'elle représente : la périodicité et l'amplitude de chacun demeure inconnue.

La prévision que l'on obtient n'est pas d'une très grande qualité : il faut le savoir et en tenir compte.

Si les scientifiques livrent au public sans plus d'explication un graphique où sont présentes les courbes en traits pleins (verte et bleue, mesure et tendance) l'extrapolation semblera évidente et personne ne se privera de la faire, de prolonger la courbe de tendance afin d'en tirer une conclusion... qui aura à peu près autant de chance d'être vérifiée ou invalidée dans l'avenir : elle n'aura aucune valeur.

Avançons maintenant de quelques années :

courbe de tendances, années suivantes



L'évolution de certains phénomènes à conduit à ce que le phénomène P1 résultant perde de l'amplitude, et la nouvelle courbe de tendance représentée en noir a une pente très sensiblement plus faible que la courbe bleue calculée quelques années avant.

Les extrapolations effectuées par tout un chacun à partir des courbes diffusées au public auraient-elles permis de déterminer cette tendance en noir ?

Par contre les modélisations effectuées par des scientifiques à partir des données disponibles et de la fonction calculée auraient eu beaucoup plus de chances d'approcher cette courbe noire.

Avançons encore de quelques années :

tendances à long terme



La courbe rose représente la tendance sur le phénomène P1 (courbe verte), et l'on constate que sa pente est intermédiaire entre la bleue et la noire.


Cette représentation simpliste des problématiques que l'on peut rencontrer dans l'étude du climat incite à penser qu'il est réellement impossible de tirer des conclusions valables sur un coin de table à partir d'une courbe trouvée dans un article de vulgarisation : s'abstenir de ce genre d'exercice pourrait même constituer un gage de sérieux.

Pour se tirer honnêtement de ce genre de problématique il faut disposer d'un ensemble de données de base que l'on saura interpréter et éventuellement corriger des biais que l'on aura identifiés.

Puis il faudra ensuite disposer d'un système de modélisation performant, savoir y introduire de façon correcte les données significatives, les ajuster à l'aide des paramètres appropriés et lancer les calculs.

Lorsqu'ils seront faits il faudra savoir les interpréter, éventuellement les corriger, si possible recommencer la modélisation avec un autre système ou d'autres paramètres...

Inutile de rappeler que la plupart des modélisations effectuées pour tenter de connaître notre avenir climatique sont hors de portée d'un ordinateur de bureau, même « turbo boosté à donf » : ces calculs se font sur des machines qui figurent parmi les plus puissantes du monde et peuvent durer quelques mois !!!

Le « simple » problème que représente la qualification des données s'avère déjà difficile à traiter, et parfois la controverse porte sur les données retenues pour effectuer certains calculs : c'était récemment le cas pour la série dendrochronologique de Yamal par exemple.

On trouvera trace de cette controverse sur le blog « Real Climate » (« Real science from climate scientists ») par ailleurs largement relayée sur des blogs francophones (je ne fournis que ce lien car il s'y trouve une clarification de la critique soulevée, dont on s'aperçoit qu'elle n'avait pas lieu d'être – désolé : c'est en anglais...).

On s'aperçoit donc que le fait de disposer de données, aussi excellentes soient-elles, ou de quelques graphiques ne suffira jamais à établir des constats fiables et encore moins des prévisions : tout un matériel de connaissances et de machines, inaccessible au « commun des mortels » (individus, groupes informels, « think tanks » de tous acabits...), est indispensable pour traiter des questions à ce point complexes.

Cela n'empêche pourtant pas certaines personnes de persister à diffuser des critiques des conclusions du GIEC sur la base de données qu'elles savent fausses et avec des raisonnements d'interprétation dont elles connaissent la faiblesse extrême, le manque de rigueur et d'exactitude.

C'est notamment le cas d'une personne abondamment citée, comme une "référence", par les "anti-réchauffistes" : Vincent Courtillot.

Dans un article intitulé "Claude Allègre insulte à nouveau les climatologues" (désormais bien connu pour, lui aussi, réitérer ses erreurs : "L'Organisation Météorologique Mondiale dément Claude Allègre") Sylvestre Huet nous rappelle la "série d'erreurs monumentales" que Courtillot ne cesse de diffuser et explique la raison de cette persistance dans l'erreur...

Le "manque abyssal de sérieux et de compétences sur ce sujet" (en reprenant les termes de Sylvestre Huet) de Courtillot étant connu et expliqué, le fait que certains puissent encore le prendre pour référence signe aussi l'incompétence de ces derniers...

Est-ce pour autant que personne ne pourrait critiquer les conclusions du GIEC ?

Il n'est, fort heureusement, effectivement pas interdit par la loi d'émettre des critiques mais avant de les prendre pour argent comptant il faut être capable d'en évaluer la qualité par rapport aux conclusions qu'elles prétendent mettre en défaut.

Mais qui dispose, à ce jour, des capacités (intellectuelles, matérielles, financières et du temps) indispensables pour analyser en profondeur les travaux des scientifiques du GIEC afin de pouvoir émettre une opinion fiable, digne de foi, sur ces travaux et les conclusions qui en émanent ?

Probablement absolument personne : face à cette affirmation certains seront peut-être tentés de crier au scandale...

Eh quoi ? Un organisme dont il ne serait pas possible de critiquer les conclusions est-il envisageable dans un système qui se voudrait démocratique ?

Posée de cette façon, évidemment, la question... interroge !

Mais je crains que la question ne puisse être posée en ces termes, du simple fait de la structure du GIEC et de son mode de fonctionnement.

Car le GIEC n'est pas un monolithe au sein duquel on marcherait droit, à la baguette, en « suivant la consigne » mais il rassemble des gens entre lesquels de très nombreuses controverses fleurissent : il y a, de façon très systématique et dans bien des cas en temps réel, examen par les collègues des résultats de chacun, ce qui permet une progression parallèle et conduit à un meilleur « progrès de la science ».

C'est dire que la critique (et la démocratie) a pu s'exercer, et a eu lieu, avant même que n'importe quelle conclusion ait franchi le seuil de la publication (et qu'elle se poursuit après cette publication), mais que cette critique s'est faite entre personnes capables de maîtriser les mêmes niveaux de difficultés, le plus souvent hors de portée de chacun d'entre nous car chacun d'entre nous ne dispose pas de l'ensemble des connaissances très spécialisées pour traiter correctement certains problèmes.

En lisant "Muddying the peer-reviewed literature" on trouvera un exemple de ces échanges qui ont lieu entre scientifiques, desquels la contestation n'est pas absente, et qui constituent un mécanisme susceptible de traquer les erreurs commises par les uns (depuis que l'on sait que les cochons, les pies, les éléphants... peuvent se reconnaître dans un miroir et que certaines corneilles savent fabriquer des outils, la capacité à commettre des erreurs est probablement une excellente façon de différencier l'humain de l'animal !) afin que tous puissent profiter de références plus fiables.

En fin de compte : non, on ne peut pas s'improviser « critique des conclusions du GIEC », même si on en a la possibilité légale, et prétendre être crédible.

Lors d'une analyse sanguine, qui va s'acharner à trouver une faille dans l'ensemble des processus mis en oeuvre pour obtenir des résultats fiables et susceptibles de constituer une image correcte de notre état de santé ou de nos pathologies ?

Personne : c'est une affaire de spécialistes dira-t-on !

Soumet-on au vote démocratique le choix des matériaux dans lesquels on réalisera des prothèses de la hanche ?

Eh bien la climatologie est également une affaire de spécialistes, il faut en avoir conscience !

mercredi 4 novembre 2009

Les « anti réchauffistes » en naufrageurs de l'humanité

Les polémiques à propos du « réchauffement climatique » demeurent vives, on le constatera sur les plateaux de télévision comme sur Internet, elles opposent des personnes qui considèrent les rapports du GIEC et les travaux d'un grand nombre de scientifiques comme étant « le meilleur état de la science » à ce jour à des personnes qui refusent, à divers prétextes, les conclusions qu'ils présentent.

Ces rapports affirment que l'accroissement de l'effet de serre causé par notre consommation d'énergies fossiles provoquera un réchauffement global dangereux pour l'humanité et l'ensemble de la vie sur terre telle que nous la connaissons aujourd'hui : ils nous invitent donc à modifier nos sociétés et leurs méthodes de façon substantielle, profonde, afin de tenter de limiter à un strict minimum nos émissions de gaz à effet de serre.

Les opposants à ce point de vue peuvent être classés en deux catégories, celle où l'on trouve une négation formelle de ce réchauffement et celle où l'on reconnaît son existence mais où on l'attribue à diverses causes dans lesquelles les comportements humains ne sont pas impliqués.

Dans les deux cas ces opposants tenteront d'utiliser des données collectées et interprétées par des scientifiques spécialistes de leur discipline, personnes qui disposent des divers moyens et connaissances indispensables à des interprétations correctes, afin d'en déduire des conclusions différentes.

Ces opposants pourront dans certains cas être eux-mêmes des scientifiques, théoriquement correctement formés, mais qui dans un grand nombre de cas interviendront hors du champ de leur discipline d'origine.

Qu'il existe des controverses entre climatologues sur cette question du réchauffement est une bonne chose : ce sont le doute et la recherche constante de résultats plus fiables et plus probants qui feront avancer la science et notre connaissance des choses.

Mais que des non climatologues, et pire des non scientifiques, viennent critiquer avec en général un matériel restreint et des approches hâtives et puissent, éventuellement, tenir le premier rang de la scène et recueillir un large soutien populaire pourrait s'avérer finalement assez dangereux pour tous.

Pensez donc, nous avons même un courageux géologue intoxiqué par excès de mammouth quittant courageusement son monde souterrain pour venir expliquer le ciel aux ignorants que nous sommes...!

Il n'est aucunement question dans mon propos de songer à priver ces personnes de tribune ou de parole : je suis profondément favorable à toutes les libertés d'expression.

Mais face à toute expression libre que l'on juge erronée il faut savoir opposer une réponse susceptible de relever les erreurs et les corriger autant que possible.

Ma première critique à l'encontre des opposants à la théorie du réchauffement global par renforcement de l'effet de serre concernera la faiblesse de leur matériel scientifique et jusqu'au ridicule de leur argumentation, dans bien des cas, et si ces personnes détenaient, par le plus grand des hasards, les preuves que les travaux qui soutiennent cette théorie sont erronés il leur resterait à présenter une contre théorie correctement étayée et formulée.

Un tel travail serait probablement largement publié dans les meilleures revues scientifiques à comité de lecture mais j'avoue ne pas en avoir vu la trace dans « Nature » ou autres revues de haut niveau...

Je peux illustrer cette première critique en me basant sur la dernière « trouvaille » des « anti réchauffistes », en substance la déclaration faite récemment par M. Mojib Latif, éminent scientifique participant au GIEC rapportée notamment par le « Newscientist ».

« Latif predicted that in the next few years a natural cooling trend would dominate over warming caused by humans. The cooling would be down to cyclical changes to ocean currents and temperatures in the North Atlantic, a feature known as the North Atlantic Oscillation (NAO). »

En français : « Latif prévoit qu'une tendance naturelle au refroidissement devrait prendre le dessus sur le réchauffement causé par les humains dans les prochaines années. Ce refroidissement serait imputable au changement cyclique des courants et des températures dans l'Atlantique Nord, un phénomène connu sous le nom d' Oscillation Atlantique Nord. ».

Faut-il en déduire que notre « bon vieux réchauffement » peut être mis aux oubliettes ?

Pas le moins du monde car M Latif ajoutait : « The oceans are key to decadal natural variability...» (les océans sont la clef des variabilités décennales naturelles), et il n'a jamais dit que ce réchauffement devenait de l'histoire ancienne, seulement que ses effets pourraient être pour un temps masqués par des phénomènes variables connus.

En image cela donne ceci, que n'importe quelle personne sachant plus ou moins lire un graphique sera capable de comprendre.

Représentation des interférences de deux courbes de fréquences différentes


J'ai tracé la courbe rouge, linéaire, qui représente une tendance globale (assimilable au réchauffement actuel).

J'ai appliqué à cette courbe des additions / soustractions qui m'ont permis d'obtenir la courbe verte et la courbe noire, aux périodicités et amplitudes différentes.

La courbe bleue est la moyenne de la verte et de la noire.

La courbe verte pourrait représenter l' Oscillation Atlantique Nord, la noire étant par exemple une image de l'oscillation NiNo / Nina (ou inversement au choix de chacun, ceci étant sans importance dans cette démonstration), chacune de ces oscillations provoquant des variations de température.

On constate sur la courbe bleue que nous pourrions connaître une baisse temporaire des températures moyennes, du fait de la conjonction des effets des deux oscillations représentées, sans que cela remette en cause la tendance globale (rouge).

En conséquence les « anti réchauffistes » se trompent profondément en déduisant des propos de M Latif que le réchauffement global est remis en question ou n'est qu'une vieille histoire, et il n'est pas nécessaire d'avoir le certificat d'étude pour le comprendre !

Mais il y a pire que ces arguties du niveau de l'école primaire...

Ce que les « anti réchauffistes » prétendent apporter au débat, ce sont des preuves et ils vont parfois les chercher très loin, ou poussent très loin l'élucubration (à se demander si les mots « preuve » et « élucubration » n'ont pas le même sens à leurs oreilles)...

A en croire les accusations de certains on déduirait qu'il y a eu, dans les années 70 du siècle dernier, un complot échafaudé par Al Gore, Nicolas Hulot, Y Arthus Bertrand (pour la France et pas mal d'autre probablement si l'on fait le tour des pays du monde !) plus on ne sait combien d'étudiants rêvant de devenir climatologues afin d'initier la création du GIEC avec l'objectif très clair de drainer des capitaux publics et d'asseoir un confort personnel... la théorie du complot fonctionne à plein !

Ce que n'ont pas vu ces chercheurs d'aiguille dans un botte de foin c'est que la botte de foin est une chausse-trappe dans laquelle nous risquons fort de tomber tous ensemble, pour notre plus grand inconfort.

Le phénomène « effet de serre » existe, il est incontestable et conditionne les températures terrestres.

Son intensité dépend de divers facteurs, l'un d'entre eux est la présence de CO2, de méthane, d'oxyde d'azote et de bien d'autres gaz dans l'atmosphère, l'ensemble agissant avec plus ou moins d'efficacité selon la concentration, ou la teneur.

Le fait est avéré la concentration atmosphérique de ces gaz a augmenté et l'on peut en déduire que l'effet de serre s'en trouve accru, dès lors la température moyenne risque de s'accroître.

Les relevés de température moyenne montrent une élévation de la température en corrélation étroite avec cette augmentation en teneur.

Dans un état actuel des choses qui pourrait perdurer il nous est impossible de réaliser une étude expérimentale sur une autre planète afin d'obtenir une démonstration parfaitement incontestable que cette teneur a ou non un effet, lequel et dans quelles proportions.

Nous devons donc nous en tenir à ce qui représente « le meilleur état de la science à ce jour » et considérer que ces gaz à effet de serre pourraient ben être la source d'une élévation des températures moyennes plus ou moins grande, provoquant ce « réchauffement global » si contesté.

Il est probablement fort raisonnable de considérer que 2°C serait une valeur maximale au delà de laquelle nous, espèce vivante ayant besoin de ressources fournies par la planète ainsi que toutes les autres espèces vivantes répondant à ce critère, serions confrontés à des problèmes que, peut-être, nous aurions d'extrêmes difficultés à résoudre.

Quelle serait l'allure du monde, de nos agricultures, de nos sociétés avec une augmentation de 4°C, de 6°C ?

Pas celle que nous connaissons actuellement, et de nombreux équilibres étroitement sensibles au couple température / hygrométrie seraient profondément bouleversés ou détruits.

Ces même équilibres aujourd'hui garants des ressources qui nous sont indispensables.

Ce que la raison nous dit en fait est que nous avons le choix de tenter de nous mettre (nous, nos descendants) à l'écart de dangers graves ou bien de décider de continuer nos vies en acceptant d'être confrontés... à la mort pour un certain nombre d'entre nous, bien plus tôt que nous ne le souhaiterions.

Albatros mort d'avoir avalé nos déchets


Albatros à l'estomac débordant de plastique, photo de Chris Jordan

Car il ne faut pas mésestimer les diverses sortes de dangers qui apparaîtraient si des effets climatiques, évitables mais non évités, bouleversaient nos sociétés : conflits armés de toutes natures (les humains ont démontré qu'ils savaient se battre pour moins que cela), terrorisme, rupture d'approvisionnements, chaos sanitaire, énergétique, incertitudes sur les disponibilités en eau...

Le pari que nous pouvons faire sur l'aspect « réchauffement climatique » en agissant ou non sur nos émissions de gaz à effet de serre est lourd de conséquences mais un autre effet, pourtant d'une importance capitale, de l'augmentation de la concentration atmosphérique en CO2 est systématiquement absent de ce débat.

Ma seconde critique portera sur le manque de clairvoyance de ces « anti réchauffistes » qui ne tiennent compte que de l'un des effets du CO2 sur l'environnement, comme si leur obsession du réchauffement les rendait aveugles à toute autre conséquence possible.

Le CO2 atmosphérique est en partie capté par les plantes mais aussi par les eaux : les océans absorbent une fraction importante de cet oxyde de carbone et leur pH, autrement dit leur acidité, dépend directement de la concentration atmosphérique.

Les océans s'acidifient (Projet Epoca), de façon plus intense aux hautes latitudes car les eaux froides absorbent mieux le CO2, et cette acidification se répercute très directement sur la vie océanique au travers de la capacité d'une eau plus acide à dissoudre les parties carbonatées des organismes vivants : coquilles, exosquelettes, coraux...

En d'autres termes un grand nombre d'espèces sont menacées de disparition du fait de cette acidification et ces espèces sont une des bases de la productivité des océans, la première brique de la chaîne alimentaire.

10% de l’océan Arctique sera corrosif pour la vie marine avant dix ans

On constatera sur certaines cartes la variation de pH océanique entre 1700 et 1990

Nous devons donc être bien conscients du fait que ne pas réduire nos émissions de C02 et les laisser augmenter (voir les prévisions de consommation énergétiques mondiales, à la hausse pour toutes les sources d'énergies, dont les ressources fossiles) revient à stériliser des océans déjà très gravement malmenés par la sur pêche et une grande variété de pollutions.

Nous allons donc droit vers des océans dépourvus de vie, essentiellement peuplés de déchets de toutes sortes et peut-être de méduses.

En fin de compte les contempteur de l'effet de serre ou de son origine anthropique sont en retard d'un constat et agissent comme de potentiels naufrageurs de l'humanité (ils le seraient s'ils faisaient largement école) car la mort océanique pourrait signer celle, à plus ou moins long terme, de l'humanité.

Pour finir demandons-nous ce qui pousse les "anti réchauffistes" à réfuter à tout prix ce réchauffement global.

"L’enquête du Pew Institute montre que les personnes de plus de 65 ans sont beaucoup plus susceptibles que le reste de la population de nier qu’il existe des preuves solides que la terre se réchauffe, que ceci est causé par l’homme ou qu’il s’agisse d’un problème grave." (Changement climatique et armure psychologique).

Les "anti réchauffistes" seraient-ils, quel que soit leur âge, "des vieux" ?
Le blug de l'encéphalugomme molle n'est pas un blog vitaminé : ce n'est qu'un blug, un blog des bugs, des bugs de l'intelligence. Vous savez cette merveilleuse chose indéfinissable qui a permis à l'homme de devenir le maître incontesté de la nature... Ici vous trouverez peut-être de gentilles horreurs et des raisonnements tordus : prudence...
Il est encore temps de fuir !
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