
| | Le retard des entreprises biotechnologiques européennes
La résistance des opinions publiques à la généralisation des OGM défavorise les entreprises européennes par rapport à leurs concurrentes.
 Il semblerait que le retard soit effectif et aille croissant, mais je n'ai pas encore vérifié cet aspect des choses ni l'ampleur qu'il peut connaître.
L'argument est sérieux car la non compétitivité des entreprises européennes dans ce domaine peut avoir de très graves conséquences sur les équilibres économiques, l'Europe pouvant devenir entièrement dépendante de technologies dont elle n'aura pas la maîtrise.
Le même risque de domination existe pour l'agriculture européenne.
Ce thème de la domination est un des arguments avancés par des scientifiques impliqués dans la recherche en génie génétique autant que par des agronomes ou des économistes, par exemple :
Enjeux pour l’agriculture _ LES OGM : http://www.ingenieursdelagro.org/evenement/les_ogm.htm
Un paradoxe de l'attitude européenne est souligné dans cette page, je le cite : "A titre d'exemple presque caricatural, l'Europe importe pourtant actuellement 80 % de ses protéines végétales dont une grande partie est d’origine OGM , au plus grand profit des exportateurs, et pourtant interdit la culture de ces mêmes OGM sur son territoire ce qui pénalise ses propres producteurs !".
Il y a plusieurs réponses susceptibles de résoudre cette question.
S'agit-il strictement de se doter des mêmes avantages compétitifs que la concurrence ?
Alors la première réponse consisterait à convaincre les opinions publiques réticentes de la nécessité de consacrer immédiatement d'importants efforts de recherche et d'autoriser immédiatement les cultures OGM à très grande échelle en adoptant les mêmes procédures que des pays concurrents, ce qui reviendrait à agir avec aussi peu de précautions qu'ils en prennent.
Ne reculant devant rien on pourrait également, cyniquement, accorder à nos entreprises les mêmes degrés de libertés que l'on constate ailleurs (liberté dans le droit ou dans le fait de pouvoir contrevenir au droit au moindre prix, dans l'impunité...), sous le seul motif que nos entreprises n'aient pas à subir de contraintes capables d'amoindrir leur compétitivité.
Cela correspondrait à une dérégulation totale telle que la souhaitent les ultralibéraux, à la réduction des droits sociaux à ceux du moins disant, ou simplement à certains "laisser faire" assez exemplaires, criminels :
L'UITA appelle Delta & Pine à réparer les dégâts d'un déversement de produits toxiques au Paraguay : http://www.iuf.org/french/ua/_old/0622.htm
S'agit-il d'agir avec toute la prudence que semblent demander les opinions publiques ?
Alors la seconde réponse consisterait à obtenir très vite des certitudes très fortes sur l'absence de dangers "des OGM" afin d'en autoriser la culture immédiate, mais comme l'on a vu dans les pages précédentes de nombreuses suspicions de dangerosité existent ....
En voici une autre :
Apiculture - Le problème du colza O.G.M. (Organisme Génétiquement Modifié) : http://www.apiservices.com/abeille-de-france/articles/colza.htm
Il faudrait également parvenir à contraindre les entreprises semencières à se conduire d'une façon qui ne privilégie pas leur seul intérêt au détriment de l'intérêt général (on craindra qu'elles manquent vraiment de compétences en ce domaine...) :
Maïs BT 176 de Syngeta : http://www.ogmdangers.org/docs/maisBt176.htm
Mais cette seconde réponse ne résoud rien : on voit bien qu'il faudra autant de temps pour obtenir des certitudes qu'il en faudra pour imposer aux entreprises d'inverser la priorité des intérêts aux ordres desquels elles se mettent.
Afin de parvenir à ce tout dernier résultat le temps à lui seul ne suffira pas.
Il sera même impératif pour y parvenir que cesse l'évolution actuellement constatée vers l'ultralibéralisme, qui n'a guère d'autres raisons objectives de s'instaurer que d'offrir aux entreprises un maximum de libertés : ces libertés in fine s'exerceront au détriment de tous.
Cela s'illustre par le document sur l'apiculture référencé plus haut : l'intérêt d'un entreprise a été de vendre aussitôt que possible un OGM contenant comme marqueur un antibiotique (pratique fréquente) sans avoir démontré que cela ne pouvait avoir aucun inconvénient significatif.
D'autres chercheurs s'aperçoivent qu'il peut y avoir transfert horizontal de gènes entre le colza et l'abeille, et que ce transfert pourrait se poursuivre vers des bactéries pathogènes, l'antibiotique en question devenant inefficace envers ces bactéries.
Belle avancée sur le plan médical !
Dans ce cas l'intérêt général a bel et bien été sacrifié au bénéfice de l'entreprise, même si cette dernière ne savait pas que ce transfert horizontal était possible.
Et c'est bien un des problèmes majeurs que posent les OGM : savoir jusqu'où l'on doit poursuivre les investigations.
Il y a les possibilités répertoriées, que l'on sait possibles, il y a ce que l'on considérera comme improbable, et il y a enfin ce que l'on pense impossible.
Dans cette catégorie se trouvent de réelles impossibilités mêlées à toutes les erreurs d'appréciation imaginables car nous nous trouvons dans le domaine du vivant, et nous sommes apparemment fort ignorants de la quantité de surprises qu'il peut nous réserver.
Je me souviens d'un documentaire sur Arte portant sur la conception du World Trade Center.
Personne n'avait prévu que la chûte d'un plancher pourrait advenir. Personne n'avait donc envisagé que cette chûte pourrait provoquer celle du plancher immédiatement inférieur, le processus se répétant jusqu'au niveau zéro du bâtiment....
On peut cependant considérer que ce problème d'architecture est d'une terrible simplicité par rapport à la moindre question que l'on se pose sur les OGM.
J'ai tenté dans ces pages d'en aborder quelques unes, il en est d'autres, par exemple celles que posaient des scientifiques en 1999 et qui me semblent toujours actuelles :
Appel à moratoire 1999 OGM dangers : http://www.ogmdangers.org/docs/twn.petition.html
A certaines questions se donnent des réponses, l'une des plus sournoises, des plus hypocrites, s'habille d'humanitarisme.
OGM "humanitaires" ?
Les OGM pour que les plus pauvres ne connaîssent plus la faim (je devrais écrire la famine) ?
Il est intéressant de se référer à des études sur les causes de ces malnutritions qui tuent à très grande échelle.
Il apparaît que la conséquence d'un certain nombre de comportements des sociétés les plus riches, et des "élites" gouvernant les pays dans lesquels sévit la faim, a pour conséquence une paupérisation constamment croissante de ces pays allant jusqu'à la destruction de l'environnement.
On trouvera des informations à ce sujet sur le site de la Cnuced :
Les pays les moins avancés - Rapport 2002 : http://www.unctad.org/Templates/Webflyer.asp?docid=2026&intItemID=1397&lang=2
Il est signalé dans ce rapport le retard considérable pris par ces pays dans l'utilisation des engrais, de l'irrigation et dans l'emploi des tracteurs.
Il en résulte un "très bas niveau de valeur ajoutée par hectare de terre arables", en d'autres termes le rapport du travail fourni est extrêmement faible.
La faiblesse du rendement n'est donc pas imputable à une faible qualité des semences mais seulement à la faiblesse du capital mis en jeu dans ces cultures (engrais, irrigation, mécanisation).
Si, travaillant au bâton à fouir pour effectuer les semis, l'on ne récolte que ce qui ne satisfera que 20% des besoins, je souhaite que l'on m'explique par quel mystère on parviendra à couvrir les 80% des besoins restants avec des semences OGM à haut rendement, qui produiront au mieux 20% de plus que les semences traditionnelles (et je crois que "20% de plus" est assez généreux).
Serions-nous confrontés à des "experts" un peu .... minces en arithmétique ?
J'ai besoin de 100. Avec ma graine habituelle, de rendement 1, je récolte 20. Avec l'OGM de rendement 1,2 je récolte 24.
Qu'il me manque 76 ou 80 ne fera pas une grosse différence à mes yeux.
Dans l'actuelle bulle du "tout génétique", car nous sommes bel et bien aveuglés par un phénomène de bulle spéculative tant sur le plan financier que sur le plan intellectuel, je ne vois pas que soient conduits des efforts massifs pour aider à l'utilisation des engrais, aider à résoudre les questions d'eau et d'irrigation ni promouvoir la mécanisation de l'agriculture des pays les plus pauvres.
L'OGM humanitaire m'apparaît comme une pure et simple escroquerie intellectuelle, extrêmement bien organisée (au point que des personnes telles que M. Kouchner s'y laissent piéger .....!) et supportée par de gros capitaux contre laquelle il faudrait que nous soyons nombreux à lutter.
Le principal avantage actuel et incontestable des cultures OGM à grande échelle.
La réduction des quantités de pesticides et d'herbicides par les cultures OGM est affirmée comme certaine ici, ce que l'on contredit ailleurs.
Si cette réduction est avérée (ce qui serait en effet un énorme avantage) de quel prix faudra-t-il peut-être la payer ?
En fait on l'ignore.
Incontestablement les OGM enrichissent notablement les firmes qui les conçoivent et les commercialisent, accessoirement ils procurent un supplément de profit à ceux qui les cultivent, bien que cela soit controversé (Soil Association).
Les principaux bénéficiaires sont donc de très puissantes entreprises, et les entreprises françaises et européennes craignent terriblement de se voir reléguer au second rang.
En fait j'ai bien l'impression qu'il s'agit ici beaucoup plus d'une lutte entre des entreprises qui se battent pour se hisser à une bonne place sur le podium de la rentabilité que de "faire le bien de l'humanité" par le "progrès".
Comment calmer le jeu ?
Si le développement des OGM (création de nouvelles variantes, agriculture OGM à grande échelle, développement d'espèces OGM non végétales ...) constitue une inévitable et urgente nécessité pour la survie de la biosphère et de l'humanité, survies qui n'auront à nos yeux ni l'une ni l'autre de prix, qu'il soit fait en sorte qu'au niveau mondial il n'y ait plus aucun moyen de s'enrichir, de spéculer sur les OGM : on ne spécule pas sur une bouée de sauvetage lorsqu'on est naufragé, on s'y accroche.
Qu'une recherche intense soit alors organisée par des instances internationales ad hoc pour le plus grand bien commun.
Si l'on n'accorde pas un tel degré d'urgence et de nécessité au développement des OGM la seule position qui me semble aujourd'hui tenable est de décider un moratoire mondial d'une durée significative sur l'utilisation des OGM dans les cycles de production.
Cette "durée significative" devra être mise à profit pour envisager tous les problèmes relatifs à l'utilisation future des OGM et leur apporter des réponses dans les domaines :- juridiques
- biologiques
- agronomiques
- économiques
- sociaux
- politiques
- d'équilibres mondiaux ....
Comme il ne semble pas qu'un seul de nos "décideurs" soit sur le point d'envisager un tel moratoire, il faudra qu'il émane des "d'en bas".
Sur les espèces transgéniques non végétales voir :
POISSONS TRANSGENIQUES : est-ce bien raisonnable ? : http://www.infogm.org/article.php3?id_article=209
LA RECHERCHE - AFP _ Un saumon transgénique ouvre l'ère des "AGM", animaux génétiquement modifiés :
Exemple d'une approche prudente ? Encore 7 ans de tests :
AUSTRALIE - Invasion de carpes : http://www.infogm.org/article.php3?id_article=550 New Scientist : http://www.newscientist.com/news/news.jsp?id=ns99992255
Applications médicales des OGM :
Libération : Un champignon treize fois transgénique :

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